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«Si la SDA Bocconi est avant tout une business school, elle est aujourd’hui beaucoup plus qu’une business school»: Francesco Billari, recteur de la SDA Bocconi

Fondée en 1902, la SDA Bocconi fait partie des meilleures business schools européennes et s’attache maintenant à intégrer le gratin mondial en se diversifiant. Invité avec un groupe de journalistes par Neoma à visiter ses institutions partenaires à Milan nous avons échangé avec de recteur de la SDA Bocconi, Francesco Billari.

Si vous pouviez nous résumer la stratégie de la SDA Bocconi ces dernières années que mettriez-vous particulièrement en avant ?

Depuis 25 ans nous nous sommes avant tout attachés à assurer le développement international de la Bocconi. Aujourd’hui nous sommes partenaires avec 280 institutions d’enseignement supérieur partenaires dans 50 pays et, depuis deux ans, plus d’étudiants internationaux qu’Italiens. La plupart de nos enseignements d’effectuent en anglais et nous recrutons de plus en plus de professeurs internationaux. Les professeurs français se situent d’ailleurs au deuxième ou troisième rang des nationalités au sein des « full professors ».

Nous avons également beaucoup développé la variété des disciplines que nous dispensons avec aujourd’hui le droit, les sciences politiques, les sciences de données, etc. et de partenariats avec des universités techniques en plus de l’économie et la gestion. Tous nos étudiants doivent suivre un cours d’informatique et d’IA, même s’ils suivent un cursus en droit. Notre plan stratégique entend ainsi apporter une approche scientifique dans tous les programmes. Si la Bocconi est avant tout une business school elle est aujourd’hui beaucoup plus qu’une business school.

L’impact qu’a la SDA Bocconi en Italie semble immense !

La SDA Bocconi est une université non gouvernementale, non profit, privée, la première université privée reconnue en Italie. Elle est triple accréditée AACSB, Amba et Equis. La SDA Bocconi est une université phare dans beaucoup de domaines au-delà de la gestion. Nous nous classons ainsi au premier rang des financements ERC (European Research Program) en Italie, devant des universités beaucoup plus importantes que nous en nombre d’étudiants comme La Sapienza qui en compte 150 000 soit dix fois plus que nous. Nous avons formé plusieurs premiers ministres italiens comme Mario Monti qui préside toujours notre université.

  • LA SDA BOCCONI EN 6 IMAGES : L’entrée du bâtiment historique de la SDA Bocconi (Photo 1) / « Chi passa tra i Leoni non si laurea alla Bocconi » : les portes centrales de l’atrium du plus ancien bâtiment de l’université sont flanquées de deux lions. Mais attention : les étudiants qui passent entre eux ne pourront pas obtenir leur diplôme ! (Photo 2) / L’entrée des bâtiments plus modernes de la SDA Bocconi qui reçoivent les activités postgraduate et formation continue (3) / Un amphithéâtre réservé aux étudiants de MBA (4) / Mais si la SDA Bocconi possède une piscine aux dimensions olympiques ! (5) / Faites vos dons : à l’entrée de l’école une machine permet de faire des dons (3) 

 

Comment la SDA Bocconi est-elle financée ?

A 80% par les frais de scolarité, à 6 ou 7% par des fonds publics avec des bourses, le reste par la recherche ou la fondation qui recueille chaque année 20 millions d’euros. En tout notre endowment atteint 600 à 700 millions d’euros.

Cela nous permet de soutenir financièrement un tiers de nos étudiants et même 12,5% qui sont totalement exonérés de frais de scolarité. Nous souhaiterions revenir aux 50% des boursiers que l’université recevait à sa création.

De quels pays sont issus vos étudiants internationaux ?

De de plus en plus de France (264 étudiants cette année contre 111 l’année dernière en bachelor), Allemagne, Turquie, de plus en plus des Etats-Unis en cycles undergraduate. Il n’y a pas de nationalité dominante si on excepte bien sur les Italiens.

Le tableau est idyllique. Mais qu’est-ce qui vous empêcherait de dormir aujourd’hui ?

Rien ne m’empêche de dormir mais je suis préoccupé. Préoccupé qu’en Europe les universités ne soient pas au centre des agendas politiques. Préoccupé par la direction que prennent les Etats-Unis. Préoccupé par la démographie italienne : songez qu’en 1964 nous avions deux millions de naissances par an quand elles sont descendues à 379 000 en 2023.

Combien avez-vous de professeurs. Quel est leur mode de recrutement?

Ils sont 600 aujourd’hui dont 400 en économie et management. Aujourd’hui nous recrutons de plus en plus en data science et IA. A tous nous proposons une « tenure track ». Ils peuvent devenir assistants professeurs après leur doctorat, suivent huit années et une évaluation pour devenir professeurs associés permanent ou professeur ordinaire. La tenure est autant basée sur la qualité de la recherche (l’impact de publications) que de l’enseignement avec également l’investissement dans le service.

Quelles relations entretenez-vous avec les business schools françaises ?

Nous avons derrière nous cinquante années de partenariat avec des écoles françaises comme Neoma qui sont des partenaires mais aussi des concurrentes. Avec HEC nous avons créé un bachelor qui lui permet d’attirer d’autres types d’étudiants dès le postbac. Les étudiants français sont d’ailleurs les deuxièmes plus nombreux, après les Italiens, dans nos bachelors.

  • PORTRAIT : Julien Barbotti : un étudiant de Neoma à la SDA Bocconi: Profitant des une ou deux places par an dont son Neoma peut bénéficier Julien Barbotti est venu étudier à la Bocconi en master 1. Il n’en est plus reparti : « Je veux me spécialiser dans la finance et c’était une formidable opportunité pour moi de venir l’étudier dans l’une des meilleures institutions européennes après mon année de préparation au CFA (Chartered Financial Analyst) ». Aujourd’hui il est à 100% un étudiant de la Bocconi en master 2 et doit pour cela débourser 18 000€ par an. S’y ajoute des frais de logement de 1000€ par mois pour 20 m2 dans une ville parmi les plus chères d’Italie mais « particulièrement pratique pour visiter tout le pays ». Son expérience de la Bocconi : une charge de travail très élevée avec 25 heures de cours par semaine auxquelles il faut bien ajouter 75 heures de travail personnel : « On se sent plus dans une université qu’à Neoma avec un environnement associatif beaucoup moins poussé ». Son environnement personnel : très international avec beaucoup d’étudiants allemands, des cours 100% en anglais mais un niveau en italien B2 obligatoire à acquérir pour être diplômé alors que les « étudiants italiens restent entre eux ».

 

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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