ECOLES DE MANAGEMENT, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Comue : quelle place pour les grandes écoles ?

« Plus des trois-quarts des Écoles membres de la CGE souhaitent participer à ces regroupements mais plus de la moitié d’entre elles estime ne pas avoir été consultée », dénonce cette semaine Philippe Jamet, le président de la Conférence des Grandes écoles, dans une lettre ouverte à Geneviève Fioraso. A un peu plus d’un mois de la finalisation programmée des statuts des communautés d’universités et d’établissements, il demande que le ministère « desserre la contrainte temporelle qu’il a fixée pour la définition des projets de regroupements et rappelle les acteurs à l’exigence d’une véritable démarche collective de réflexion et d’élaboration de ces projets ».

Une grande disparité de statuts

La secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche l’a voulu, les universités l’ont entendue, les statuts des Comue laissent une large part à l’innovation juridique. Ce que Philippe Jamet regrette, estimant que « certaines des interprétations de la loi conduisent à ériger des structures peu propices à l’émergence de projets partagés et ambitieux associant le plus grand nombre d’établissements d’enseignement supérieur ». Il parle même de « régression » alors que « les PRES avaient permis à des établissements divers d’acquérir une culture de travail commune ». Le président de la CGE stigmatise notamment les statuts de la Comue Lille Nord de France qui prévoient qu’elle « s’organise autour des six universités [….] qui portent l’ensemble des missions de la communauté ». Selon lui « un tel principe n’est ni conforme à la loi, ni propice à l’intérêt général que celle-ci veut justement promouvoir ».

Si en région parisienne, les grandes écoles ont été, de l’avis général, entendues ce n’est souvent pas le cas en région. Mais évidemment on n’a pas le même poids quand on s’appelle Centrale Paris et Centrale Marseille… Quand on se définit comme l’un des « propriétaires » de Paris-Saclay et quand on peine à se rattacher à une association d’universités aux contours encore mal définis.

La question des écoles privées

Selon la CGE, un autre projet de statut prévoit ainsi que « seuls des établissements publics peuvent être membres » ce qui lui semble « contraire à l’esprit de la loi du 22 juillet 2013 qui instaure les Établissements d’enseignement supérieur privés d’intérêt général ». Président de l’université de La Rochelle, Grérard Blanchard envisageait ainsi dans un entretien de n’associer que les écoles d’ingénieurs publiques dans sa Comue : « Si d’autres veulent nous rejoindre plus tard, il faudra qu’ils aient les mêmes valeurs et rejoignent notre projet partagé ». Pas de porte totalement fermées donc mais la volonté de travailler d’abord entre établissements publics avant de s’ouvrir à l’enseignement privé.

Quelles ambitions ?

Très critique sur le fond comme sur la forme, Philippe Jamet estime que « le processus d’élaboration des statuts de COMUE a principalement consisté à échafauder des organisations complexes, dont la principale justification, selon nous discutable, réside dans l’espoir que taille et structure sont des conditions suffisantes de l’efficacité et de la visibilité ». La CGE s’inquiète surtout – et elle n’est pas la seule, nombreux sont ceux au sein de la CPU qui ont les mêmes doutes –  que les statuts ne permettent pas aux Comue d’être gérées (« les règles d’unanimité ou de veto parfois proposées pour les régir renforceront leur inertie ») et propose d’instaurer des modes d’organisation et de représentation garantissant réactivité, cohérence et pérennité des décisions (« des principes qui inspirent avec succès les gouvernances des écoles »).

Que craignent les universités ?

Si beaucoup d’universités sont réticentes à partager le pouvoir avec les grandes écoles, c’est d’abord parce qu’elles ne veulent pas partager avec elles la délivrance du doctorat. Alors que les PRES ne pouvaient pas délivrer de diplôme les Comue le pourront et les universités veulent absolument conserver leur quasi-monopole sur la délivrance du doctorat. Mais des questions financières sont également au cœur des négociations : certains présidents d’universités craignent de voir les grandes écoles venir siphonner leurs fonds. Beaucoup de débats donc dans cette dernière ligne droite qui pourrait bien se prolonger d’au moins six mois.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

Previous ArticleNext Article
Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Send this to a friend