Démographie : un enseignement supérieur français en lente décroissance

by Olivier Rollot

Après avoir franchi le seuil symbolique des 3 millions d’étudiants en 2024, l’enseignement supérieur français va continuer à gagner des étudiants à court terme, avant de voir sa croissance ralentir nettement. Selon les projections que vient de publier le Système d’information et études statistiques (SIES) du MESRE, les effectifs atteindraient environ 3,16 millions d’inscrits au début des années 2030, puis commenceraient à reculer à partir de 2033, sous l’effet différé de la baisse des naissances observée depuis le milieu des années 2010.

Une croissance encore visible en 2025. À la rentrée 2024, l’enseignement supérieur comptait 3,018 millions d’étudiants. La progression se poursuivrait en 2025, avec 54 300 inscrits supplémentaires, soit une hausse de 1,8 %. Cette dynamique serait particulièrement portée par l’université, qui accueillerait 41 400 étudiants de plus en un an.

L’étude souligne que cette progression résulte de plusieurs facteurs combinés : « la hausse du nombre de bacheliers durant deux années consécutives en 2023 et 2024 », le redressement du taux de poursuite d’études après le baccalauréat et l’allongement de certains parcours, notamment avec la troisième année de bachelor universitaire de technologie en IUT.

Mais cette croissance changerait progressivement de nature. Après 2025, l’augmentation des effectifs deviendrait « de plus en plus modérée », jusqu’à atteindre un plafond autour de 3,15 millions d’étudiants au début des années 2030.

Alors que l’enseignement secondaire a déjà amorcé une phase de baisse, « la baisse de l’effectif général dans l’enseignement supérieur ne serait amorcée qu’à partir de 2033 ». Le nombre total d’étudiants reculerait alors légèrement : -0,2 % en 2033 puis -0,4 % en 2034.

Ce repli resterait toutefois limité par deux tendances de fond : une poursuite d’études plus fréquente après le baccalauréat et des parcours plus longs dans certaines filières. L’hypothèse retenue est que moins de jeunes arriveraient progressivement à l’âge du bac, mais une part légèrement plus élevée d’entre eux continuerait vers le supérieur.

Moins de bacheliers généraux et technologiques. Le nombre de bacheliers joue un rôle décisif dans les projections. En 2025, 682 001 candidats ont obtenu le baccalauréat, soit 4 951 de moins qu’en 2024. La baisse concerne surtout les voies générale et technologique, tandis que la voie professionnelle progresse.

À plus long terme, les trajectoires divergeraient. Le nombre de bacheliers généraux diminuerait presque chaque année jusqu’en 2034, avec une perte estimée à 10 000 lauréats entre 2024 et 2029, puis 23 000 supplémentaires entre 2029 et 2034. Les bacheliers technologiques suivraient une tendance comparable. À l’inverse, les bacheliers professionnels augmenteraient d’abord jusqu’en 2029 avant de reculer ensuite.

Cette évolution modifierait la structure des entrants dans l’enseignement supérieur. La note rappelle que les bacheliers généraux poursuivent beaucoup plus souvent leurs études que les bacheliers professionnels : 90,4 % contre 42,7 % en 2024. Une baisse relative du poids des bacheliers généraux pèserait donc fortement sur les flux d’entrée dans l’enseignement supérieur.

Quatre bacheliers sur cinq poursuivent leurs études. En 2024, 80,5 % des néo-bacheliers se sont inscrits dans l’enseignement supérieur à la rentrée suivant leur bac. Ce taux progresserait légèrement pour atteindre 81,4 % en 2034.

La hausse serait particulièrement visible chez les bacheliers technologiques, dont le taux de poursuite passerait de 73,4 % en 2025 à 75 % en 2034. Chez les bacheliers généraux, la progression serait plus modérée, tandis que le taux des bacheliers professionnels resterait proche de 43 %.

L’université conserverait une place centrale : près de 40 % des bacheliers s’y inscrivent, une proportion qui resterait relativement stable à moyen terme. Les autres formations, dont les écoles de commerce et d’ingénieurs, contribueraient aussi à la progression du taux global de poursuite.

L’université, moteur puis frein de l’évolution globale. Avec 54 % des étudiants inscrits en université en 2024, l’évolution de ce secteur pèse fortement sur la dynamique d’ensemble. En 2025, les universités atteindraient 1,673 million d’étudiants, IUT compris, soit une hausse de 2,5 %.

L’effet du BUT reste important. La création d’une troisième année en IUT a mécaniquement accru les effectifs, avec 36 000 étudiants supplémentaires en 2023. Elle a aussi alimenté les candidatures en master, notamment via les diplômés de BUT.

Après cette phase de croissance, les universités entreraient dans une période de stabilisation puis de légère baisse. Le nombre d’étudiants inscrits en université commencerait à diminuer à partir de 2031, avec une perte moyenne de 5 000 étudiants par an jusqu’en 2034. Le master résisterait plus longtemps, tandis que la licence serait touchée plus tôt par la baisse du nombre de nouveaux bacheliers.

Les filières privées continueraient de croître, mais moins vite. Toutes les filières ne suivraient pas la même trajectoire. Les écoles de commerce, de gestion et de vente continueraient de gagner des étudiants entre 2024 et 2034, avec 30 000 inscrits supplémentaires en dix ans. Leur croissance resterait positive, mais ralentirait progressivement.

Les écoles d’ingénieurs connaîtraient également une hausse plus modérée, avec environ 171 000 étudiants attendus en 2034, soit 9 000 de plus qu’en 2024. Cette progression dépendrait notamment de la stabilité des classes préparatoires scientifiques.

Les STS, de leur côté, atteindraient un pic autour de 410 000 inscrits en 2029 avant de repasser sous les 400 000 en 2034. La dynamique serait contrastée entre les STS sous statut scolaire, en légère hausse, et les STS en apprentissage, affectées par une inversion de tendance depuis 2024.

Les « autres établissements », souvent privés, continueraient d’attirer davantage d’étudiants, avec 29 000 inscrits supplémentaires entre 2024 et 2034. Mais là encore, la note insiste sur un ralentissement : la croissance annuelle passerait de 2 % en 2023 à 0,6 % en 2029, puis à 0,2 % à partir de 2033.

Un système encore en expansion, mais entré dans une nouvelle phase. Au total, l’enseignement supérieur français gagnerait encore 122 100 étudiants entre 2024 et 2034, soit une hausse de 4 %. Mais cette progression se ferait essentiellement au début de la période. L’effectif total passerait de 3,018 millions en 2024 à 3,159 millions en 2032, avant de revenir à 3,140 millions en 2034 et d’amorcer une lente décroissance au-delà. La note estime en effet que le nombre d’élèves dans le premier degré devrait passait de 6,14 à 5,23 millions et, dans le second degré, de 5,62 millions en 2025 à 4,97 en 2034. Une baisse de plus de 11% qui devrait mathématiquement se reporter sur l’entrée dans les formations postbac puis, d’année en année, à tout l’enseignement supérieur. A suivre…

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