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Emploi des jeunes : les contrastes de 2012

Sans être euphorique, la première moitié de 2012 avait été porteuse pour l’emploi des jeunes. Et notamment des plus diplômés. Sans être encore catastrophique, la deuxième partie se traduit par une nette détérioration du climat, y compris pour les plus diplômés. Si le mois dernier, dans sa dernière enquête portant sur l’insertion des diplômés 2011 sur l’année 2012, l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) ne notait pas encore de dégradation elle rappelait que les jeunes diplômés sont « les premiers affectés par les retournements de la conjoncture ». « J’ai mis un an avant d’obtenir un poste en logistique à la hauteur de mon diplôme dans une grande entreprise international », raconte ainsi Virginie[1], diplômée d’une grande école d’ingénieurs. Comme elle ils étaient encore cette année plus de 39% de jeunes diplômés à trouver leur premier emploi plus de 10 mois après la fin de leur études, selon la dernière enquête de RégionsJob.

Des étudiants de l'EM Normandie (©Alexis Chezière)

Des diplômés pas tous égaux

La dernière enquête « emploi » de la Conférence des Grandes Ecoles a souligné une évolution paradoxale subite par le marché : amélioration pour les plus diplômés et dégradation pour les moins diplômés. Si la chance sourit à la plupart d’entre eux, comme par exemple, à Emilie qui, à 24 ans, vient de décrocher un CDI chez Snecma à la suite d’un stage effectué dans cette même entreprise, tous les « jeunes dip’ » ne sont pas dans le même cas. Ils sont peut-être nombreux à trouver leur job par le biais de leur stage (15% selon RégionsJob), mais nombreux, aussi, sont ceux qui attendent d’intégrer le monde de l’entreprise.

Selon un sondage mené par Rencontres Universités Entreprises (RUE), 53%  jugent ainsi difficile de trouver le premier emploi. « Je crois que la plus grosse difficulté est de se vendre avec le peu d’expérience que l’on a », explique Emilie au sujet des difficultés que ces jeunes diplômés peuvent rencontrer dans la recherche d’emploi. L’étude de la CGE confirme aussi une tendance, synonyme de difficulté pour nos jeunes diplômées, qui ne va pas en s’arrangeant : les inégalités hommes-femmes dans la recherche d’un emploi persistent. Selon leurs sondages, jamais les femmes n’ont d’avantages sur les hommes en termes d’activité professionnelle, de types de contrats (84,2% des hommes sont en CDI contre 71,9% des femmes), de salaires (la rémunération brute annuelle hors prime est de 33 925 € pour les hommes et de 32 239€ pour les femmes), et même de satisfaction de l’emploi. Le taux d’emploi des hommes de la promo 2011 atteint 87% soit 6 points de plus que celui des femmes. Malgré cela, pour nos deux jeunes diplômées, Emilie et Virginie, le fait d’être une femme ne s’est pas ressentie comme un désavantage, mais au contraire. «  Je pense que le fait d’être une femme dans un milieu ingénieurs peut même être un atout », déclare Virginie.

Et pour ceux qui ne trouvent pas d’emploi sur le marché français, il existe toujours une possibilité : aller s’exporter dans un autre pays. Cependant cette possibilité n’attire pas la majorité des étudiants. Si la majorité des jeunes dip’ des grandes écoles n’hésite pas à franchir les frontières (pour 50% d’entre eux selon l’enquête de RUE), les jeunes dip’ des universités sont moins attirés par cette alternative. En général, selon le sondage de RégionsJob, 71% des jeunes dip’ cherchent un emploi dans leur région d’origine (Lire l’article sur les VIE).

Se vendre sans se brader

Les trois critères de choix d’un emploi les plus utilisés sont, selon RégionsJob, l’intérêt de la mission, la localisation puis le salaire. Concernant les prétentions salariales, si certains osent taper haut, comme Emilie qui se justifie sur le fait d’avoir mis la barre haute (« Concernant mes prétentions salariales sans doute, mais c’est la loi de la négociation! ») d’autres sont moins téméraires et acceptent des jobs avec des salaires inférieurs. Un sondage effectué par RUE au sujet des jeunes diplômés universitaires, indique que ces derniers sont pessimistes sur leur salaire étant prêt à accepter du 1730€ brut par mois là où les jeunes diplômés de grandes écoles aspirent à un salaire moyen à l’embauche de 2170€ et 2600€.

De nombreuses études dénoncent une perte de confiance en eux de la part des jeunes dip’ suite à des recherches infructueuses ou à des diplômes bradés. Virginie s’explique : « J’ai eu beaucoup de déceptions pendant l’année à n’obtenir que des postes très limités et où je n’avais aucune liberté. J’étais frustrée de ne pas pouvoir montrer ce que je valais. Et de ne pas avoir un poste au niveau de mon diplôme. J’ai beaucoup perdu confiance en moi, ce qui a rendu la suite de mes recherches encore plus difficile. »

Marion Duclos-Grenet

 

  • Des jeunes diplômés trop exigeants ?
  • S’il est parfois reproché aux entreprises d’en demander encore plus, les jeunes diplômés ont aussi une idée bien définie de leur entreprise et leur emploi de rêve et placent parfois la barre un peu haute. C’est avec l’aide de 27 écoles de domaines divers, que le cabinet Deloitte, l’un des 4 grands cabinets d’audit et de conseil avec KPMG, PricewaterhouseCoopers et Ernst & Young, a réussi à établir le portrait-robot de l’entreprise idéal pour les jeunes dip’ : il s’agirait alors d’une entreprise dont l’organisation serait axée sur un management participatif centré sur les relations (pour 88% des sondés), avec une dimension internationale (pour 67% d’entre eux), dans le secteur de la finance (pour 14%) ou des médias (pour 9%), situé dans le centre-ville d’une grande métropole (pour 60%). Au sein de l’entreprise, il faut pour 97% des sondés une flexibilité entreprise domicile, pour 94% d’entre eux une polyvalence des tâches et pour 86% d’entre eux la souplesse des horaires.
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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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