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La Conférence des Grandes écoles crée son Prix de l’innovation pédagogique : l’analyse du président du jury, Jean-François Fiorina

Le campus numérique de Neoma, préfiguration des futurs « métavers » de l’enseignement ?

Afin de récompenser les écoles particulièrement impliquées dans l’innovation pédagogique, la Conférence des Grandes écoles (CGE) lance son premier Prix de l’innovation pédagogique. Ce nouveau prix vise à « distinguer un dispositif, une méthode, une action ponctuelle ou un événement mené au sein d’un ou plusieurs établissements ». « Nous y pensions depuis 2018 avec un colloque organisé à ESCP. Le Covid nous a retardé mais nous avions l’idée en tête », explique le président du jury et directeur général adjoint de Grenoble EM, Jean-François Fiorina.

Valoriser l’innovation pédagogique. Interrogés en 2021 dans le cadre de l’enquête de la CGE TeachIn203055% des sondés dans les Grandes écoles estimaient que leur école ne valorisait pas assez l’innovation pédagogique. Plus des deux tiers des répondants pensaient que l’innovation pédagogique n’était pas suffisamment prise en compte dans les classements et accréditations des Grandes écoles. « Alors que c’est compliqué de valoriser le temps de travail d’un professeur passé dans l’innovation, quoi de mieux pour valoriser l’innovation qu’un prix ? », répond justement Jean-François Fiorina.

Entouré par un jury comprenant tous les présidents des groupes de travail liés à l’innovation pédagogique de la CGE, de représentants étudiants du BNEM et du BNEI mais aussi de l’ex-présidente du jury des Idefi (Initiatives d’Excellence en Formations Innovantes sélectionnées par un jury international en 2012 dans le cadre du PIA), Claire Neville, Jean-François Fiorina entend également avec ce nouveau prix « encourager la coopération entre les écoles d’une même famille ou de plusieurs ». S’il constate le dynamisme de l’écosystème, il regrette en effet de voir que plusieurs « travaillent à la fois sur les mêmes sujets » alors que les « investissements peuvent être très lourds et pourraient être mutualisés ».

Innover pour répondre aux nouveaux enjeux. L’innovation pédagogique, Jean-François Fiorina est tombé dedans tout de suite comme en témoignent aujourd’hui les ambitieux GEM Labs qu’a créé GEM : « Nous sommes une école jeune et il fallait installer son positionnement au sein d’un écosystème grenoblois très innovant ». Pendant la crise du Covid les salles Hyflex que l’école a développées ont montré toute leur efficacité. Même si les étudiants plébiscitent plus que jamais le présentiel : « Aujourd’hui nous faisons des retours d’expérience pour optimiser leurs conditions d’utilisation. Il ne faut surtout pas repartir dans le monde d’avant. Une part de distanciel répond à nos challenges de diversité ou de transition écologique ».

Plus largement, nous entrons selon lui dans un changement de logique académique : « La notion de programmes est en train de changer avec le recours à la capitalisation et aux compétences plutôt qu’à des semestres académiques ».

L’enseignement supérieur va également devoir composer avec une hétérogénéité de plus en plus grande des profils sans « transiger sur le niveau de sortie ». D’où le recours à des processus d’individualisation des enseignements permettant de garantir la qualité de tous les diplômes.

De nouvelles compétences. Les entreprises attendent également de plus en plus des diplômés des Grandes écoles de management qu’ils aient une « culture générale de management international, du leadership et de l’éthique » tout autant qu’une « maitrise des data et de la géopolitique ».

La guerre en Ukraine est là pour nous le rappeler : les questions géopolitiques et économiques sont intimement liées. En plus de son Festival de géopolitique, annulé cette année pour cause de Covid, GEM organise depuis 14 ans des simulations de négociations à l’ONU. Et ceci dès le lycée : « Les élèves ou les étudiants représentent chacun un pays et comprennent ainsi les enjeux par un travail d’équipe ».

Dans un contexte toujours plus tendu, les étudiants doivent également rapidement être matures quant aux questions de cybersécurité : « Ils le sont à leur retour de stage chez Thalès ou Airbus mais il faut qu’ils le soient avant ».

Qui peut postuler ? Le dispositif pédagogique présenté au jury doit avoir été testé en conditions réelles et les innovations pédagogiques éligibles doivent avoir été mises en application au cours des cinq dernières années académiques. Un enseignant seul peut postuler aussi bien qu’une équipe pédagogique à condition qu’au moins l’un des participants soit rattaché à une école membre de la CGE. Tous les sujets sont les bienvenues « Nous nous intéressons à des innovations déjà réalisées. Nous n’avons pas créé de catégories pour ne pas diviser. Cela peut aussi bien être dans les cours que le suivi ou l’expérience étudiante », détaille Jean-François Fiorina.

Si l’innovation pédagogique inclut le numérique, elle ne s’y limite pas. Chacun des projets sera jugé « selon son originalité ; la réponse qu’il apporte à un problème concret ; la pertinence des objectifs pédagogiques poursuivis ; la cohérence de la méthode / des outils avec les objectifs affichés ; la mise en situation réelle ; son impact (quantitatif et qualitatif) ; son caractère reproductible et transférable… ». S’inscrire dans les priorités stratégiques de la CGE, à savoir transition écologique, numérique, inclusion, lien avec les territoires, sera considéré comme un plus. Il en va de même de toute dimension internationale donnée au projet : professeurs internationaux, campus à l’étranger, partenaires académiques, échelle de diffusion de l’innovation…

  • Les candidatures sont ouvertes dès maintenant et jusqu’au 30 avril 2022. Les modalités et le règlement de ce premier Prix sont disponibles sur le site Internet de la CGE. Deux catégories de Prix seront décernées : le Grand Prix du jury et le Coup de cœur du jury. L’annonce des lauréats aura lieu lors de l’Assemblée générale de la CGE du 21 juin 2022.
  • Autour de Jean-François Fiorina, le jury est composé de : Grace Neville, professeur émérite de Français, membre du conseil scientifique du Learning Planet Institute, ancienne présidente du jury des Idefi ; Laurent Champaney, président de la CGE, directeur général d’Arts et métiers ; Frank Bournois, président de la commission Formation de la CGE, directeur général de l’ESCP Business School ; Amandine Duffoux, pilote du groupe de travail Stratégies numériques et transformation digitale de la CGE, enseignante-chercheuse, directrice du Numérique et des Systèmes d’information au sein d’EIGSI La Rochelle & Casablanca ; Tatiana Defrance, co-pilote du groupe Formation professionnelle continue de la CGE, directrice de l’Executive education de l’Ecole polytechnique ; Nathalie Hector, directrice de l’innovation et de la learner experience au sein de SKEMA Business School ; des représentants du BNEM et du BNEI.
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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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