ECOLES DE MANAGEMENT

L’ISIT à Paris : comment une école de langue est devenue aussi une école de management

Grande école de « management et communication interculturels», l’ISIT a longtemps formé principalement des interprètes et des traducteurs avant de s’ouvrir à d’autres professions. Sa directrice générale, Nathalie Gormezano, analyse avec nous la place que doivent avoir aujourd’hui les langues dans l’enseignement et nous explique comment ses propres élèves sont formés.

Olivier Rollot : On dit tout le temps que les Français sont nuls en langue. Est-ce vrai ?

Nathalie Gormezano : Mais pas du tout. Les Français sont aussi bons en langues que les autres. Nous recevons des jeunes qui ont un bon niveau, sans être exceptionnel, et en cinq ans, nous les amenons à s’exprimer dans deux autres langues que le français aussi bien qu’une personne née avec cette langue. L’apprentissage des langues, c’est comme la musique, c’est une passion, tout le monde peut y arriver en travaillant.

O. R : Vous le dites, il n’y a donc pas d’impossibilité culturelle. Pour autant le niveau en langue des jeunes Français reste faible. Comment l’expliquer ?

N. G : Tout simplement parce que la maîtrise des langues étrangères n’est pas encore considérée par tous comme un bagage obligatoire pour trouver un emploi. De ce fait, les langues ne sont pas encore assez valorisées..

O. R : Comme vos cousins de l’ESIT, vous étiez considéré comme une stricte école d’interprètes et de traducteurs et, en 2008, vous avez décidé d’élargir votre champ de compétences. Qu’êtes-vous aujourd’hui ? Une école de management avec des élèves particulièrement doués en langue ? Une école de communication ?

N. G : Nous sommes l’ISIT, c’est-à-dire une école à part, membre de la Conférence des Grandes écoles (CGE) et qui forme aux compétences multiculturelles. Ce tournant de 2008, nous l’avons pris en constatant que nos anciens travaillaient à 80% dans des postes autres que ceux pour lesquels on les avait formés. Leurs compétences linguistiques leur avaient en effet permis de progresser dans l’entreprise et d’y occuper des postes dans le marketing, la vente, etc. Aujourd’hui, dans le cadre d’un cursus en 5 ans qui mène au grade de master, nous formons toujours des traducteurs et des interprètes de très haut niveau pour les grandes organisations internationales et les institutions  françaises mais près de 80% de nos diplômés travaillent dans les différents services des entreprises internationales

O. R : Mais pourquoi a-t-on encore autant besoin de professionnels formés aux approches multiculturelles quand tout le monde semble maintenant parler l’anglais, du moins dans les postes de direction?

N. G : Effectivement tout le monde parle ce qu’on appelle à la Commission européenne la « lingua franca » qu’est aujourd’hui l’anglais. Mais quand il s’agit d’entrer dans de véritables négociations, les interprètes sont obligatoires. Aucun chef d’État ne se risquerait à entreprendre une négociation sans l’aide d’un interprète. Et à la Commission européenne, ce sont 23  langues qui sont traduites pour que tous les participants comprennent exactement de quoi onparle.

O. R : Pour cela l’anglais ne suffit donc pas ?

N. G : Non parce qu’une langue, c’est beaucoup plus qu’un simple moyen de communication, c’est toute une culture qu’il faut pouvoir appréhender. Ces dernières années, avec le développement des échanges et de la mondialisation, les entreprises ont cru pouvoir travailler uniquement en anglais et beaucoup d’incompréhensions en sont nées, parfois très coûteuses. Voilà pourquoi les entreprises ont besoin de diplômés comme les nôtres.

O. R : Justement, qu’ont-ils de si particulier ?

N. G : Nous leur apprenons non seulement à traduire un message, mais à le traduire de façon à ce qu’il soit parfaitement compris par celui auquel il s’adresse. On n’écrit pas, on ne parle pas à tous de la même façon. Il faut réfléchir à la façon dont l’autre va ressentir ce message. Cette approche est utile dans tous les métiers et découle de la mission initiale de notre école : après la Seconde Guerre mondiale, il fallait que les peuples apprennent à se comprendre et à se parler et c’est pour cela que nous avons été créés.

O. R : Comment recrutez-vous ? Avez-vous aujourd’hui suffisamment de bons candidats capables d’acquérir les compétences qu’attendent les entreprises ?

N. G : Nous recrutons principalement après le bac (une centaine de reçus sur examens chaque année) mais aussi largement dans les prépas (soixante à quatre-vingts). Après le bac, nous avons autant de bacheliers L que S et ES réunis. Après prépa, nous recrutons essentiellement des littéraires (nous sommes dans la banque d’épreuves BEL), mais aussi en économie. Le tout pour postuler chez nous est d’avoir d’abord un très bon niveau en français. Pas seulement en anglais (obligatoire) et chinois, allemand, italien ou espagnol, les quatre autres langues sur lesquelles nous travaillons. Le français, sa parfaite compréhension et expression, reste la compétence de base à maîtriser parfaitement.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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