ECOLE D’INGÉNIEURS, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Loi de programmation pluriannuelle de la recherche: la Cdefi prend position

La future loi de programmation pluriannuelle de la recherche – qui sera présentée au Parlement début 2020 et entrera en application en 2021 – est un sujet dont s’empare aujourd’hui la Cdefi.  « Ne dites pas que nous sommes plutôt axés sur les aspects formation. Le transfert et la recherche sont des caractéristiques intrinsèques du fonctionnement des école d’ingénieurs », insiste en introduction de sa conférence de presse le président de la Cdefi et directeur de Télécom Saint-Etienne, Jacques Fayolle, inquiet d’un certain « décrochement de la recherche en France mais aussi en Europe face à nos concurrents asiatiques et américain ».

Soutenir toutes les recherches. « Les structures françaises en ingénierie et technologie doivent être mises au même niveau que la recherche fondamentale », s’implique le président quand Christian Lerminiaux, vice-président de la Cdefi et directeur de Chimie ParisTech, ne peut que constater qu’il y a une « vallée de la mort entre ce que demande l’Etat et ce que font les alliances ou le Cnrs ». D’où l’idée d’une incitation financière plus explicite et notamment d’une Agence nationale de la recherche (ANR) qui « donne des moyens mais n’évalue jamais les résultats ».

Autres idées : confier à des personnes clairement identifiées les grands sujets de recherche, spécialiser les universités dans des axes de recherches précis « identifiés dans les classements » et surtout évaluer les établissements en fonction de leur stratégie par le HCERES (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) comme le fait la Commission des titres d’ingénieurs (CTI). « Le HCERES n’évalue que la capacité à faire de la recherche et de la formation sans lien avec une stratégie », soupire Christian Lerminiaux.

De nouvelles procédures. La Cdefi voudrait aussi simplifier les procédures d’attribution des financement compétitifs mais surtout « stabiliser le taux de réussite aux alentours des 25% quand on stage aujourd’hui à 10% ». Le tout alors que les établissements ne peuvent pas conserver les sommes éventuellement gagnées sur des projets de recherche au-delà de l’année en cours. Il faudrait également créer un espace dédié où tous les appels d’offre seraient concentrés alors qu’aujourd’hui ce sont surtout les appels de l’ANR qui sont connus quand par exemple ceux de l’Ademe sont relativement « ignorés ».

« L’enjeu est également de valoriser la recherche partenariale dans la carrière au même titre que la recherche fondamentale sans que cela obère leur carrière », demande l’autre vice-présidente de la Cdefi et directrice des Ponts ParisTech, Sophie Mougard, pour laquelle il faut « augmenter le volume de thèses Cifre et préserver le crédit impôt recherche ». « Il ne faut pas refuser que nos établissements facturent au coût complet leur recherche au motif que nos chercheurs seraient déjà payés », revendique la vice-présidente à un moment où les écoles recherchent des moyens propres. Mais tout est également une question de temps. « Les allers-retours entre l’enseignement public et le privé doivent être possibles », suggère la présidente de la commission Recherche et innovation de la Cdefi et directrice du Polytech Sorbonne, Myriam Comte.

Mais comment travailler dans le cadre des nouveaux regroupements expérimentaux ? « Ils n’ont pas de stratégie mais uniquement l’agrégation des axes de recherche de chaque établissement », stigmatise Christian Lerminiaux quand Jacques Fayolle insiste sur la nécessité de ne « pas tout décider du haut ».

 

La synthèse des principales propositions de la Cdefi :

  • Donner du temps et de l’espace aux enseignants-chercheurs pour la pratique effective de la recherche, en assouplissant certaines règles de gestion (service horaire fixe sur toute la carrière), en revalorisant les carrières, et en simplifiant des procédures administratives chronophages.
  • Simplifier les passages des enseignants-chercheurs entre entreprise et monde académique, et généraliser le parcours « compétences pour l’entreprise » dans les formations doctorales.
  • Rendre plus attractives les études doctorales pour les jeunes diplômés de niveau bac +5.
  • Diffuser les priorités stratégiques nationales retenues, notamment pour que les enseignants-chercheurs puissent en tenir compte dans leurs choix de carrière et de recherche.
  • Pour tendre vers un fonctionnement plus efficient de la multitude de structures de financement de la recherche partenariale (IRT, ITE, Instituts Carnot, Pôles de compétitivité, SATT, etc.), il faudrait clarifier et rationaliser leurs missions, composition et fonctionnement, et surtout mieux coordonner leurs stratégies au niveau régional.
  • Favoriser les outils permettant de mettre en place des cercles vertueux entre les établissements et les entreprises : relations bilatérales, avec appui de l’État au regard des efforts accomplis.
  • Valoriser les apports matériels et immatériels des établissements lors de la recherche partenariale avec les entreprises : introduire la possibilité de facturation en coût complet réel.
  • Améliorer les dispositifs d’incitation financière à la recherche partenariale, qui restent très contraignants : possibilités comptables et réglementaires de conserver des reliquats, de gestion de primes, etc.
  • Mettre en perspective l’appui pluriannuel de l’État avec une stratégie partagée entre les acteurs (refonder les alliances) et articulée avec l’Europe.
  • Faire évoluer les modalités d’attribution des financements compétitifs, pour introduire plus de souplesse, un appui plus important au récurrent, et des contrôles basés sur la confiance dans la subsidiarité.
  • Clarifier et mieux associer les acteurs au processus de définition des priorités stratégiques de recherche : réflexion en amont au sein des alliances, choix stratégiques par l’État, puis information de l’ensemble des acteurs de la recherche à travers une communication importante.

à Lire le dossier complet de présentation des propositions de la conférence

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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