ORIENTATION / CONCOURS

Nouveau bac : où en est-on ?

Groupes de travail, colloques, réformes l’enseignement supérieur se prépare avec passion et quelques craintes au passage au nouveau bac en 2021. Le 18 octobre un colloque a ainsi réuni près de participants issus d’écoles d’ingénieurs dans les locaux de Chimie ParisTech à l’initiative de la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieur (Cdefi). « Les écoles de management ou les IEP se sont logiquement plus largement emparés des différentes spécialités que les école d’ingénieurs ou les formations spécifiques pour lesquelles le spectre est moins large », y a confié Jean-Michel Blanquer venu expliquer une réforme pas encore tout à fait finalisée. Mais nous en sommes où au fait ?

Dans les lycées le nouveau bac exacerbe toujours les passions. Le nouveau bac est encore en chantier comme en témoigne la décision prise tout juste avant les vacances de Toussaint de repousser finalement au troisième trimestre les épreuves de spécialités de terminale. Il est vrai qu’on voyait mal comment les élèves allaient se passionner pour elles une fois l’examen passé…

Mais ce sont surtout les épreuves de contrôle continu qui exacerbent les passions entre les syndicats – et notamment le Snes FSU – et le MESRI les premiers demandant leur annulation pure et simple comme EducPros s’en fait l’écho. Rappelons que trois sessions doivent avoir lieu en janvier et juin de l’année de première puis une en fin de terminale. Les lycées devront pour cela piocher dans une base de données nationale, qui ouvrira le 1er décembre, puis anonymiser les copies pour qu’elles soient corrigées avant de les rapatrier. Co-pilote du comité de suivi du nouveau bac et président du comité qui a dessiné la réforme Pierre Mathiot se veut confiant cette semaine dans le JDD : « A chaque établissement d’arrêter la date précise des épreuves et le moment où elles se déroulent dans la semaine de cours. De décider si l’ensemble des classes composera sur un même sujet, à la même date et à la même heure. C’est l’option que privilégie le ministère, mais les proviseurs sont libres d’étaler les partiels sur plusieurs jours, en proposant des sujets différents selon les classes ».

Les proviseurs de grands lycées à classes préparatoires n’en vont pas moins organiser des examens pratiquement tout le premier semestre 2020 sans en avoir pour autant toujours les moyens. Le rapport Mathiot prévoyait d’ailleurs que le contrôle continu serait organisé directement par chaque lycée dans le cadre de leur scolarité normale. Ce sont les organisations syndicales qui ont exigé cette organisation très compliquée censée garantir au bac son caractère national.

Quoi qu’il en soit les tensions restent fortes entre le ministère et une partie de ses troupes depuis la tragi-comédie du refus de correction des copies. Les enseignants redoutent en effet toujours la concurrence entre les spécialités – et sans doute les professeurs – qui va encore être exacerbée par l’abandon d’une spécialité à l’entrée en terminale. Autre frustration celle de ne plus pouvoir interdire à un élève le choix d’une spécialité. Même s’il y est a priori fort médiocre la décision finale lui revient. Comme de préférer une première générale à une première technologique. On évoque ainsi une baisse de 20% des inscriptions en première STDI et de l’ordre de 8% en STMG. Avec les conséquences qu’on imagine pour les filières de l’enseignement supérieur qui leur sont largement ou complétement dédiées…

Quel est niveau d’exigence du nouveau bac ? « Le niveau d’exigence des nouvelles années lycée est plus important dans le tronc commun et donc encore plus dans les spécialités », explicite Jean-Charles Ringard Inspecteur général de l’éducation, du sport et de la recherche et chef de projet « baccalauréat et nouveau lycée » au ministère de l’Education lors du colloque de la Cdefi.

Un niveau qui aurait notamment beaucoup cru dans une spécialité mathématiques pourtant ouverte à des profils très divers auquel il n’est pas facile d’enseigner dans la même classe de première. Ce sont en effet 67,7% des élèves de seconde, soit très précisément 195 349, qui ont choisi d’opter pour la spécialité mathématiques en première (on en était à 64% au dernier comptage mais des spécialités n’ayant pu ouvrir faute d’un nombre d’étudiants suffisant le pourcentage a cru et pourrait même monter à 70% selon les projections). En terminale les groupes seront plus homogènes puisqu’une option dite de « mathématiques complémentaire » sera proposée aux élèves qui abandonnent la spécialité. « Les trois heures de mathématiques complémentaire ont été conçues comme complémentaires aux autres spécialités scientifiques que conserverait un élève. Les SVT pour un élève qui vise la médecine et aura besoin des maths par exemple », explique Johann Yebbou, inspecteur général.

En tout le triptyque « ex-bac S » regroupant les spécialités mathématiques, physique-chimie et SVT a été pris par 28% des élèves à l’entrée en première soit 80 732. Très loin devant « maths – physique-chimie – sciences économiques et sociales (SES) » (8%) et « histoire-géographie–géopolitique et sciences politiques (HGGSP) – langues, littératures et cultures étrangères (LLCE) anglais – SES » (6,4%). En tout ce sont quatre élèves sur dix qui ont choisi des combinaisons scientifiques.

Environ 5% des candidats n’auraient pas eu accès à la spécialité qu’ils demandaient sachant qu’un peu plus de 82% des lycées ont pu proposer les sept spécialités les plus courantes alors qu’un peu moins de 81% proposaient jusqu’ici les trois séries du bac. Peu d’élèves suivent une spécialité dans un autre lycée que le leur.

Sinon ce sont environ 5% des candidats qui n’auraient pas eu accès à la spécialité qu’ils demandaient selon les chiffres disponibles alors que peu suivent encore une spécialité dans un autre lycée que le leur. Cela alors que le poids des spécialités sera déterminant dans le nouveau bac avec 47% du total répartis ainsi :

  • enseignement de spécialités de première (5)
  • enseignements de spécialité de terminale (16+16)
  • Grand oral (10).

A quoi vont servir les deux options de mathématiques de terminale ? En terminale les groupes de la spécialité mathématiques devraient être plus homogènes au vu des abandons attendus. Une option dite de « mathématiques complémentaire » sera donc proposée aux élèves qui abandonnent la spécialité. « Les trois heures de mathématiques complémentaire ont été conçues comme complémentaires aux autres spécialités scientifiques que conserverait un élève. Les SVT pour un élève qui vise la médecine et aura besoin des maths par exemple », explique Johann Yebbou, inspecteur général et doyen du groupe des mathématiques au ministère de l’Education. Des listes de thèmes d’études devraient être proposés aux professeurs et aux élèves pour qu’ils « s’en saisissent en fonction des spécialités ». Les textes ne précisent pas si l’option est réservée à ceux qui ont préalablement opté pour la spécialité mathématiques. Il se peut donc que des étudiants choisissent cette option en se rendant finalement compte que l’abandon complet des maths pendant deux ans pourrait leur être préjudiciable dans leur orientation future. Faudra-t-il alors prévoir des rattrapages en mathématiques pour ces élèves ? D’autant que l’enseignement de sciences du tronc commun semble très peu faire appel aux mathématiques.

Le but de l’autre options de mathématiques, dite « mathématiques expertes », est moins clair. « Elle n’était ni dans le rapport Mathiot ni dans les préconisations de l’inspection générale. Elle vient directement du cabinet du ministre et sera financée par l’établissement lui-même », nous apprend Johann Yebbou qui insiste : « Elle ne sera en aucun cas un prérequis à l’entrée en classes préparatoires scientifiques ». En fait elle devrait permettre aux meilleurs lycées, ceux qui commençaient déjà en terminale à enseigner le début du programme de classe préparatoire de continuer à le faire…

Photo : Puissance Alpha

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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