Dans son rapport d’évaluation publié en avril 2026, le Hcéres dresse le portrait contrasté de l’Université Picardie Jules Verne. L’établissement apparaît solidement implanté dans son territoire, dynamique sur le plan pédagogique et engagé dans la réussite étudiante. Mais il demeure confronté à des faiblesses structurelles majeures, notamment une organisation interne jugée trop éclatée et un pilotage encore insuffisamment outillé.
Une université au cœur de son territoire. Depuis sa création en 1971, l’Université Picardie Jules Verne (UPJV) s’est affirmée comme un acteur central du développement régional. Le comité d’évaluation souligne que l’établissement « joue un rôle-clé, en tant qu’université au service de son territoire », en multipliant les partenariats avec les collectivités locales, les entreprises et les institutions publiques.
Cette stratégie territoriale s’appuie notamment sur l’alliance A2U, qui regroupe les universités d’Artois et du Littoral Côte d’Opale. Cette coopération permet de mutualiser des projets, d’accéder à des financements nationaux et d’assurer un équilibre régional face aux grands pôles universitaires voisins.
L’université bénéficie également d’un partenariat renforcé avec le centre hospitalier universitaire d’Amiens. Ce rapprochement se traduit par des axes de recherche communs et des projets structurants, témoignant d’une « forte articulation entre les activités de recherche et les activités cliniques ».
Des réussites scientifiques et pédagogiques réelles. Sur le plan scientifique, l’établissement affiche des résultats encourageants. Le rapport souligne « de bons taux de réussite aux appels à projets », notamment dans le cadre des financements compétitifs nationaux et européens. Ces succès contribuent à renforcer la capacité d’innovation de l’université et à soutenir des domaines stratégiques comme l’énergie, la santé ou l’agro-industrie.
L’offre de formation constitue également un point fort. L’université propose une large palette de cursus et s’est fortement engagée dans l’alternance, dont les effectifs ont connu une progression spectaculaire, passant de 366 apprentis en 2018 à plus de 2 200 en 2023. Cette évolution illustre la volonté d’adapter l’offre aux besoins économiques locaux et d’améliorer l’employabilité des diplômés.
Parallèlement, les résultats en matière de réussite étudiante progressent sensiblement. Entre 2016 et 2022, les taux d’obtention des diplômes ont augmenté dans plusieurs filières, notamment en licence, en master et en doctorat. Le comité souligne ainsi « l’amélioration des taux de réussite comme d’insertion des étudiants », considérée comme l’un des atouts majeurs de l’établissement.
Cette dynamique repose sur un ensemble de dispositifs d’accompagnement : tutorat, remise à niveau, orientation personnalisée ou parcours spécifiques destinés aux étudiants fragiles. Elle s’inscrit dans un contexte régional marqué par des fragilités éducatives importantes.
Une organisation interne jugée trop éclatée. Malgré ces avancées, le rapport pointe une faiblesse structurelle persistante : la fragmentation de l’organisation interne. L’université compte un nombre élevé de composantes et d’unités de recherche, dont la coordination reste limitée.
Cette dispersion nuit à la lisibilité des actions et freine le déploiement d’une stratégie cohérente. Le comité insiste sur l’urgence d’une réforme, estimant que « l’existence d’un trop grand nombre de composantes fragmente les différentes activités et entrave l’efficacité du pilotage global ».
Cette problématique avait déjà été identifiée lors d’évaluations précédentes, sans qu’une transformation structurelle majeure n’ait été engagée depuis.
Un pilotage encore entravé par le manque de données fiables. Au-delà de la structure organisationnelle, le pilotage global de l’établissement reste fragile. Le rapport souligne un déficit important d’outils de suivi et d’indicateurs fiables, qui limite la capacité d’anticipation stratégique.
Comme le reconnaît l’établissement lui-même, « l’élaboration des tableaux de bord synthétiques […] n’est pas encore aboutie ». Cette insuffisance affecte plusieurs domaines, notamment la gestion des ressources humaines, le suivi financier et la planification immobilière.
Dans un contexte marqué par la hausse des coûts et l’incertitude budgétaire, cette faiblesse est considérée comme un risque majeur pour la trajectoire future de l’université.
Une stratégie internationale encore en construction. Autre point de vigilance : l’internationalisation. Malgré l’existence de nombreux partenariats à l’étranger, ceux-ci reposent souvent sur des initiatives individuelles et restent insuffisamment structurés à l’échelle institutionnelle.
Le comité estime que la stratégie internationale demeure « bien en deçà des capacités de l’établissement », et recommande d’identifier des partenariats prioritaires capables de renforcer la visibilité internationale de l’université.
Cette évolution est d’autant plus nécessaire que l’établissement cherche à accroître son attractivité et son rayonnement scientifique.
Une vie étudiante dynamique et un climat interne apaisé. Dans un contexte souvent contraint pour les universités françaises, l’UPJV se distingue par l’attention portée à la vie étudiante et au bien-être des personnels. Le rapport souligne « un engagement fort de l’université en faveur du développement de la vie étudiante et de campus ».
Les étudiants participent activement à la vie institutionnelle et bénéficient d’un environnement jugé favorable. Par ailleurs, le dialogue entre les équipes dirigeantes et la communauté universitaire est décrit comme fluide, contribuant à instaurer un climat interne qualifié d’apaisé.
Cette qualité des relations internes constitue un levier potentiel pour conduire les transformations structurelles jugées nécessaires par le comité d’évaluation.