Comment les jeunes diplômés envisagent et jugent leurs débuts de carrières

Le point avec l'étude du G16 Carrière et le Baromètre Talents 2026 SKEMA et EY

by Olivier Rollot

« Ils n’ont aucune inquiétude sur ce que les IA remettent en cause leur travail. Ils sont certains que nous avons bien formés à évoluer dans leurs pratiques professionnelles. » Manuelle Malot, directrice du New Gen Centre de l’Edhec, présentait la semaine dernière sa deuxième étude réalisée avec vingt autres Grandes écoles réunies dans le G16 Carrière sur les Débuts de carrière des jeunes diplômés des Grandes écoles. Une étude réalisée auprès de jeunes diplômés en poste depuis trois à six ans dans des entreprises. Avec un autre panel – des étudiants et jeune diplômés de moins de trois ans – les résultats sont quelque peu différents dans le Baromètre Talents 2026 SKEMA x EY. 74 % des jeunes interrogés y considèrent que l’IA peut « constituer une menace pour les postes des primo-entrants ». Point commun entre les deux études : l’objectif d’obtenir un bon salaire est redevenu prioritaire.

L’IA, une révolution sans panique. Nouvelle venue dans les questions posées aux jeunes diplômés, l’intelligence artificielle s’impose comme un sujet structurant. Les jeunes interrogés par le G16 Carrière pensent qu’elle « permettra d’augmenter ma productivité » et qu’elle va « en profondeur ma façon de réaliser mon métier ». « Mais l’IA ne suscite pas de peur existentielle massive. Peu redoutent l’obsolescence pure et simple de leur poste. La conviction dominante est qu’ils sauront s’adapter, précisément parce qu’ils ont appris à apprendre », établit Manuelle Malot.

8 jeunes sur 10 interrogés par Skema et EY se projettent déjà dans l’utilisation de l’IA dans leur futur emploi pour automatiser des tâches répétitives, rédiger ou analyser des données. Mais 74 % considèrent que l’IA peut constituer une menace pour les postes des primo-entrants dans des entreprises auxquelles ils expriment une demande forte:

  • 79 % souhaitent être formés aux outils d’IA;
  • 40 % attendent une charte éthique claire;
  • 48 % insistent pour que l’IA reste un outil de soutien et non de contrôle.

Le salaire redevient prioritaire sans être antinomique avec la quête de sens. Le baromètre de Skema et EY met en lumière que 74 % des jeunes placent la rémunération en tête de leurs priorités professionnelles, en forte progression sur un an. Une évolution qui traduirait selon les auteurs de l’étude « moins un désengagement qu’un besoin de réassurance dans un contexte perçu comme plus incertain ».  Le constat n’est pas tout à fait le même de la part de Manuelle Malot pour l’Edhec qui n’en constate pas moins qu’« « avoir des revenus élevés” retrouve une place de premier plan. Mais l’opposition entre engagement et gain financier semble s’effacer. Sens et salaire sont compatibles, sens et salaire ne s’opposent plus ».

L’un des enseignements majeurs de l’étude du G16 Carrière est la solidité de la quête de sens chez les jeunes. La « contribution utile à la société » reste en deuxième position parmi les objectifs professionnels. Certes, l’indicateur recule en quatre ans, passant de 31 à 26%, mais il demeure central. Le message est net selon Manuelle Malot : « Nos jeunes continuent de vouloir contribuer utilement à la société ».

 

Premier moteur: se développer pour rester employable. Le résultat le plus stable de l’enquête du G16 Carrière l’tient en une formule « Acquérir des compétences et se développer personnellement » qui reste solidement installé en tête depuis une dizaine d’années. Derrière cette constance, une inquiétude lucide: même diplômés des meilleures écoles, les jeunes interrogés veulent « rester employables ». « L’idée domine que la carrière sera faite de transitions, de projets successifs et d’une remise à niveau permanente. Dans cette logique, chaque choix professionnel doit soutenir une double exigence: apprendre et continuer à se construire », analyse Manuelle Malot.

Autre évolution notable: les jeunes diplômés se projettent d’abord dans l’expertise. « Je suis principalement motivé par le développement d’une expertise dans ma carrière », disent-ils massivement. Pour autant, le management n’est pas rejeté. Au contraire, l’envie de « management d’une équipe » progresse. Mais une condition revient avec insistance: « Pour prendre un poste de management, moi je veux être formé ». « Le rejet n’est donc pas celui de la responsabilité, mais celui d’un management improvisé. »

L’intergénérationnel est justement perçu comme un levier d’apprentissage. Des collaborateurs plus expérimentés, les jeunes attendent des « savoirs techniques » (96%), des « récits et retours d’expérience » (86%), un réseau de contacts professionnels (71%), une culture de l’entreprise (61%), mais aussi des compétences plus relationnelles: prise de parole, écoute, posture (83%). « Ce qu’ils recherchent n’est pas seulement un supérieur hiérarchique, mais un environnement qui aide à grandir. »

Un regard plus positif qu’attendu sur le management. À rebours de certains discours alarmistes, les répondants disent majoritairement bien vivre leur management. « 89 % nous disent qu’ils font confiance et donnent de l’autonomie. Ils valorisent aussi un manager qui « reconnaît les performances », « protège les membres de l’équipe », « se remet en cause” et donne des feedbacks. Le tableau n’est pas idyllique, mais il témoigne d’une amélioration réelle par rapport aux premières enquêtes menées depuis 2014 », commente Manuelle Malot.

Les répondants n’en portent pas moins un regard nuancé sur les entreprises et sont même 90% à dire qu’elles doivent se transformer (43% « beaucoup » et 47% « assez »). D’un côté, ils ont une « vision positive de leur job et de leur entreprise »; de l’autre, ils considèrent que « l’entreprise est complexe et verticale ». Ils la trouvent innovante dans ses produits et services, moins dans son organisation. Elle « reste le reflet d’un monde ancien », disent-ils, et manque encore de « diversité », de « simplicité », de « réactivité » et d’« agilité ».

La raison d’être demeure un repère important. Beaucoup déclarent connaître celle de leur entreprise et y voir un moteur d’engagement. L’enjeu environnemental, l’impact social, l’éthique de gouvernance ou encore la diversité demeurent des critères d’attention forts.

Télétravail: une question de confiance Le télétravail reste un marqueur important, moins pour le confort qu’il procure que pour ce qu’il symbolise. Une entreprise qui le refuse envoie, aux yeux de nombreux jeunes diplômés, un signal de défiance. Le message est limpide: le télétravail, « c’est le signe de la confiance” ». 54% des jeunes interrogés par U16 disent d’ailleurs qu’ils refuseraient un poste ne laissant aucune possibilité de travail à distance.

Une jeunesse moins désenchantée mais aussi plus inquiète. L’étude de Skema et EY révèle que l’incertitude gagne du terrain : les répondants se révèlent plus anxieux, désorientés et pessimistes qu’en 2025.

Pourtant l’image qui ressort de l’étude d’U16 est loin du portrait d’une génération en rupture. 85 % disent que leur emploi leur permet de « s’accomplir professionnellement », 75 % de « s’épanouir personnellement » et une large majorité estime avoir été « bien préparée par son cursus » note Manuelle Malot qui en conclut que « loin du cliché d’une jeunesse désabusée, l’enquête dessine une génération exigeante, adaptable, critique, mais globalement confiante: décidée à apprendre, à peser, et à ne plus choisir entre utilité, autonomie et réussite »,

Méthodologies :

  • Le baromètre Talent 2026 SKEMA x EY réalisé par Ipsos-BVArepose sur un échantillon de 1609 étudiants et jeunes diplômés (moins de trois ans d’expérience) de l’enseignement supérieur (écoles de commerce : 44% ; écoles d’ingénieurs : 26% ; universités : 14% et autres établissements : 16%) interrogés via un questionnaire en ligne administré du 3 au 22 février 2026.
  • L’enquête a été réalisée entre août et novembre 2025 par le NewGen Talent Centre auprès de 2100 diplômés des grandes écoles membres de moins de 6 ans d’expérience professionnelle. Profil des répondants : 38% de femmes et 62% d’hommes ; 81% de Français et 19% d’internationaux (simple et double nationalité) ; 62% d’alumni Ingénieurs, 29% d’alumni Business Schools, 8% proviennent d’un cursus hybride (au moins 2 types d’établissements différents fréquentés) et 1% d’un autre type de cursus (ENS, Sciences Po, IAE Paris, ENA-INSP).

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