Les premiers résultats de l’enquête Génération du Céreq éclairent l’entrée sur le marché du travail des jeunes sortis du système éducatif en 2021, dans un contexte marqué par les chocs économiques. Entrée sur le marché du travail en pleine sortie de crise sanitaire, la Génération 2021 a connu trois premières années d’activité paradoxales. L’accès à l’emploi s’est globalement amélioré et les premiers revenus ont progressé, mais la dégradation de la conjoncture a rapidement fragilisé la qualité des emplois occupés.
Une génération lancée dans un marché du travail sous tension. Les jeunes ayant quitté le système éducatif en 2021 ont connu une entrée dans la vie active hors norme. Leur dernière année de formation s’est déroulée dans un système éducatif perturbé par la crise sanitaire. Leur arrivée sur le marché du travail s’est ensuite inscrite dans une succession de chocs : rebond de l’activité après la pandémie, poussée inflationniste puis ralentissement économique amplifié par la guerre en Ukraine.
Les premiers indicateurs apparaissent pourtant favorables. Trois ans après leur sortie des études, 74 % des jeunes sont en emploi, soit six points de mieux que pour la Génération 2017. Le taux de chômage s’établit à 16 %, tandis que le revenu médian du premier emploi atteint 1 530 euros par mois, en hausse de 11 % en euros constants. Mais l’amélioration s’interrompt à partir de l’été 2023. Le taux d’emploi, après avoir culminé à 77 %, cesse de progresser puis recule, tandis que le chômage repart à la hausse. Les jeunes apparaissent ainsi particulièrement exposés aux retournements de conjoncture.
Des emplois plus nombreux, mais moins stables. Le principal signal d’alerte concerne la qualité des emplois. Après trois ans de vie active, 64 % seulement des jeunes en emploi occupent un emploi à durée indéterminée, soit neuf points de moins que pour la Génération 2017. Cette fragilisation touche presque tous les niveaux de qualification, mais elle ne remet pas en cause les écarts entre diplômés. Les jeunes sans diplôme restent de très loin les plus exposés : seuls 43 % sont en emploi après trois ans et leur taux de chômage atteint 40 %. À l’autre extrémité, les diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce affichent un taux d’emploi de 90 % et un taux de chômage de 7 %.
Massification de l’enseignement supérieur ou pas les diplômes protègent. Pour savoir si le diplôme conserve sa valeur, le Céreq compare six générations entrées sur le marché du travail entre 2004 et 2021. En vingt ans, le niveau de formation a fortement progressé. En 2021, 24% des jeunes quittent le système éducatif avec un diplôme du supérieur long, contre 11 % en 2004. Pourtant sur vingt ans la hiérarchie des rémunérations à l’entrée sur le marché du travail reste globalement stable : plus le nombre d’années d’études augmente, plus le revenu du premier emploi est élevé.
Le chômage confirme cette permanence. Pour les six générations étudiées, son taux est presque toujours resté inférieur à 15 % chez les diplômés du supérieur, alors qu’il dépasse systématiquement ce seuil chez les jeunes issus du secondaire, à de rares exceptions près.
Certaines formations se distinguent toutefois. Les diplômes de la santé et du social occupent une place particulière : ils ne sont pas nécessairement les plus prestigieux dans les représentations collectives, mais offrent des conditions d’insertion parmi les plus favorables. Pour la Génération 2021, leur taux d’emploi atteint 93 %, leur taux de chômage 3 % et 79 % des jeunes en emploi disposent d’un emploi à durée indéterminée.
À l’inverse, le doctorat ne garantit pas systématiquement un meilleur accès à l’emploi stable que certains diplômes de niveau bac+5. De même, tous les diplômes de même niveau ne produisent pas les mêmes résultats : les diplômés des écoles d’ingénieurs et de commerce restent particulièrement bien positionnés en matière de salaire et d’insertion.
Un déclassement en hausse, mais pas pour tous les diplômés. Le déclassement, défini comme l’occupation d’un emploi inférieur au niveau de qualification détenu, est passé de 26 % pour la Génération 2004 à 32 % pour la Génération 2021. Cette progression doit cependant être interprétée avec prudence : le niveau moyen de diplôme a fortement augmenté tandis que la définition statistique du déclassement, elle, est restée inchangée.
Surtout, les évolutions sont très contrastées. Le déclassement a progressé jusqu’à la Génération 2013, avant de ralentir. Il tend même à diminuer depuis une décennie chez les diplômés de niveau bac+5 et plus, précisément là où le nombre de diplômés a le plus augmenté. Pour le Céreq, « l’hypothèse d’une inflation des diplômes » n’est donc pas privilégiée pour ces niveaux.
La situation apparaît moins favorable pour les diplômés du supérieur court. Le déclassement progresse nettement chez les bac+2 et bac+3/4, hors filières de la santé et du social. Les masters universitaires restent également parfois moins bien positionnés que certains diplômes de niveau inférieur face à ce risque.