« Détendez-vous ! » : Geneviève Fioraso aux grandes écoles

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche s’est appliquée hier à calmer le jeu avec des grandes écoles très inquiètes de l’application de sa loi portant sur l’enseignement supérieur lors de son déplacement à Chimie ParisTech.

Entourée de Philippe Jamet et Christian Lerminiaux, Geneviève Fioraso à l'écoute des étudiants de Chimie ParisTech

CGE et Cdefi exposent leurs revendications

Si les discours ont d’abord paru bien compassés avec des étudiants, la directrice de l’école et le président de la Fédération Gay Lussac s’appliquant à présenter ce qui leur semblait devoir être les bonnes façons de former des ingénieurs à l’avenir – thème de la réunion – tout s’est soudainement emballé quand Philippe Jamet, président de la Conférence des Grandes écoles, a pris la parole. Son «votre présence ici montre que vous n’êtes pas la seule ministre des université» assorti d’une discrète remarque sur la sortie récente de son homologue de la CPU sur la qualité des cours dispensés dans les grandes écoles le démontrait tout de suite : les nombreux journalistes qui s’étaient déplacés n’étaient pas venus pour rien et l’expression amusée de la ministre n’y changeait rien. Quelques minutes plus tard c’est Christian Lerminiaux, le président de la Cdegi, qui en remettait une couche sur le thème « 30% des diplômés de master sortent des grandes écoles : comment pourrait-on les oublier? ».

La ministre les rassure

C’est dire si l’allocation de la ministre était dès lors attendue. Et ne déçut pas. Passée quelques minutes à lire son discours elle se lançait ainsi dans une de ses improvisations qui ont le don de paniquer des conseillers préférant simplement scruter sur leurs documents quelques changements dans le discours préparé mais, bien obligés là de constater que leur ministre avait décidé de répondre aux interrogations des deux présidents.

Son «détendez-vous», sa décontraction apparente, prirent alors tout le monde de cours. Non selon elle les grandes écoles ne doivent pas s’inquiéter de l’attitude des universités à leur égard. Non le gouvernement n’oubliera pas son rôle d’architecte de l’enseignement supérieur et saura imposer une organisation qui n’oublie personne. Oui l’opposition est parfois forte aujourd’hui entre universités et grandes écoles mais c’est bien normal dans un système en construction. Non les universités n’en sont pas les seules responsables et ce sont aussi parfois des grandes écoles qui refusent d’entrer dans les communautés. Enfin, sur un sujet qui fut particulièrement polémique ces deux dernières années, la ministre fait bien la différence entre les masters d’ingénierie et les diplômes d’ingénieur.

Et maintenant ?

Au total une opération « déminage » bienvenue tant les grandes écoles se sentent aujourd’hui peu considérées par les universités, parfois « vassalisées » selon Philippe Jamet, depuis l’adoption de la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur. Reste à savoir si, derrière les mots, il y aura maintenant des actes et si Geneviève Fioraso ira affronter des universités déjà bien remontées contre elle en raison de leurs difficultés financières.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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