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« Les universités ont de nouvelles possibilités de préparer leurs étudiants à relever les défis de la transition écologique »: Jason Blackstock, président-fondateur de How to Change the World

Entreprise sociale consacrée à la formation, How to Change the World donne aux jeunes les moyens de poursuivre une carrière en lien avec les questions de la transition écologique qui les passionnent. Pour impulser son développement à l’international, l’entreprise vient de signer un partenariat avec HEADway Advisory en France. Jason Blackstock, son président-fondateur, revient avec nous sur sa vision.

Comme l’indique le nom de votre organisation, vous ne manquez pas d’ambition ! Mais comment envisagez-vous concrètement de changer le monde ?

Tout le monde, mais surtout les étudiants qui font des études de commerce ou d’ingénierie, va changer le monde d’une certaine façon. Ils auront un impact grâce aux entreprises qu’ils créent ou dans lesquelles ils travaillent, grâce aux infrastructures qu’ils conçoivent et créent… Ils sont déjà en train de changer le monde.

Ce que nous faisons, et c’est pourquoi nous avons retenu un naming aussi audacieux, c’est que nous amenons les gens à réfléchir au changement qu’ils veulent opérer, à comment prendre le talent qu’ils ont en tant qu’étudiant et le canaliser en profit des personnes dont ils veulent changer la vie.

Pour faire court, nous changeons le monde grâce aux étudiants et jeunes diplômés qui suivent nos formations, en leur donnant les moyens d’avoir un impact positif grâce aux connaissances et aux compétences qu’ils possèdent déjà.

Vous avez travaillé au sein de prestigieux établissements (Harvard, Oxford, UCL). Dans quelle mesure ce parcours a-t-il été déterminant dans la création de How to Change the World ?

How to Change the World est le fruit d’un long voyage. J’ai commencé ma carrière dans la Silicon Valley et il m’a fallu une bonne dizaine d’années pour comprendre comment appliquer mes compétences et connaissances aux questions du développement durable qui me tenaient à cœur. A Harvard, j’ai fini par travailler sur le développement durable et avec le GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat].

En passant par toutes ces grandes institutions, j’ai constaté que les nouvelles générations étaient de plus en plus désireuses d’avoir un impact et ce dès le début de leur carrière, mais qu’il y avait très peu de cours ou de formations pour les aider à comprendre comment appliquer leurs compétences aux causes qui leur tiennent à cœur. Ainsi, lorsque j’ai rejoint l’UCL pour créer un nouveau département, c’était une occasion en or pour créer une nouvelle formation au carrefour de plusieurs disciplines.

Aujourd’hui, tous les ingénieurs et étudiants en commerce de l’UCL suivent le cours « How to Change the World », qui leur apprend à appliquer leurs connaissances et compétences aux défis de développement durable qui les passionnent. Les étudiants et partenaires extérieurs avaient tellement apprécié le cours que nous avons décidé d’en faire une spin-off et de l’offrir dans le monde entier grâce à nos partenaires.

La dimension RSE est de plus en plus présente dans les plans stratégiques des établissements d’ESR. Quels sont les freins qui les empêchent d’aller plus loin ? 

L’interdisciplinarité et une approche basée sur des cas concrets sont deux éléments vers lesquelles les établissements reconnaissent qu’ils doivent tendre, mais le cloisonnement disciplinaire des modèles traditionnels et les méthodes d’enseignement académiques nous posent un défi inhérent.

Dans le monde universitaire, nous sommes très doués pour comprendre un problème spécifique et générer des connaissances que nous pouvons ensuite partager aux étudiants en cours. Cependant, le développement durable n’est pas une discipline isolée. Prenons l’exemple du triple bilan (personnes, planète et profit) : cela recoupe nécessairement plusieurs domaines : le business pour le profit ; les sciences de la vie pour la planète ; les sciences sociales et l’économie pour les personnes. Sans parler de la technologie, qui est transverse aux trois volets.

Autrement dit, le développement durable est intrinsèquement interdisciplinaire et l’un des défis pour les facultés est qu’il n’y a pas assez d’opportunités de travailler de façon transversale, en particulier au niveau de la pédagogie. Cela nous mène à un autre défi : pour les problématiques du développement durable il n’y a pas de solutions toutes faites. Les microplastiques, la pollution de l’air, et le changement climatique sont autant de problèmes complexes qui impliquent les personnes, la planète et le profit. Nous devons donc faire évoluer nos approches pédagogiques pour offrir aux étudiants plus d’expériences pratiques leur permettant d’appliquer les fondamentaux qu’ils apprennent dans leurs cours traditionnels aux problématiques de développement durable.

Quelles sont les spécificités de votre approche pédagogique ?

Vous vous douterez que notre approche est très interdisciplinaire et basée sur des cas réels. Nous fournissons à des groupes d’étudiants de diverses filières des problèmes complexes issus du monde réel. Le défi lancé est de résoudre une problématique de la durabilité pour une communauté quelque part dans le monde. La première réaction des étudiants est souvent de dire « on ne sait pas comment faire ! ». Mais bien sûr qu’ils ne savent pas faire ; ils n’ont pas encore eu l’occasion de suivre un processus leur permettant de décomposer les situations du monde réel en problèmes plus cadrés et pour lesquels ils ont déjà les compétences.

Les étudiants échangent avec les parties prenantes et discutent de l’impact du problème sur la communauté, ce qui leur permet d’acquérir une compréhension des enjeux ainsi que des compétences et des connaissances qu’ils peuvent apporter pour développer des solutions. Autre point important : peu de temps est consacré aux cours magistraux. La quasi-totalité du cours est basée sur la pédagogie de projet et du coaching, et les étudiants doivent s’habituer au fait que les réponses ne se trouvent pas dans un manuel. C’est de l’apprentissage itératif, de la conception centrée sur l’humain, dont les cadres de réflexion sont transmis par le coaching et le mentorat, et non pas en cours magistral.

Vous venez de signer un partenariat avec HEADway Advisory. Quelles sont vos aspirations pour cette relation et pour le développement de How to Change the World en France ?

La pandémie nous a poussé a digitalisé notre offre de formation, et dans un premier temps nous nous sommes beaucoup développés au Canada où plus de 50% des grandes universités (celles avec plus de 10 000 étudiants) proposent notre programme au sein d’au moins une de leurs facultés. Il s’agit donc de l’apprentissage expérientiel en ligne à grande échelle, ce qui peut sembler paradoxal. Or, nous avons trouvé la recette et fait nos preuves en travaillant avec des universités de premier plan telles que McGill, l’Université de Toronto, Waterloo, Queens, etc.

L’un de nos objectifs est de favoriser la diversité dans nos programmes, en donnant aux étudiants l’occasion de collaborer au-delà des frontières. Avec HEADway Advisory, nous trouvons un partenaire parfait pour le monde francophone, notamment grâce aux relations qu’ils ont déjà établies avec des établissements d’ESR. En effet, nous cherchons à diversifier l’offre des langues dans lesquelles nous proposons nos programmes, et nous avons ici la possibilité de collaborer non seulement avec les universités françaises, mais aussi avec les universités francophones du monde entier.

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