ECOLE D’INGÉNIEURS, ECOLES DE MANAGEMENT

2017 sera « l’année du bachelor »

On n’a parlé que de lui en 2016 et ce sera encore plus le cas en 2017. Lui le bachelor, ce diplôme « miracle » pour les grandes écoles de management en mal de relais de croissance dont s’emparent petit à petit les écoles d’ingénieurs et que voudraient bien voir réguler à leur profit les universités et leurs instituts universitaire de technologie (IUT). Sans parler d’une multitude de bachelors créés dans les écoles de communication ou de création. Diplôme à forte dimension internationale et à finalité professionnelle dès le bac tout en restant relativement généraliste, étape possible à bac+3 (ou bac+4) tout en permettant une poursuite d’études, le bachelor a su synthétiser les attentes des jeunes et de leurs familles.

Pourquoi faire un bachelor ?

C’est d’abord sa dimension internationale que viennent chercher les étudiants en bachelor. Rebaptisé « International BBA » cette année le BBA de KEDGE BS a ainsi tout de suite reçu 50 étudiants séduits par la possibilité de le suivre entièrement en anglais. « Pour les bacheliers, le bachelor est devenu une vraie alternative à la classe prépa. Ils y voient d’abord un diplôme ouvert sur le monde avec des séjours d’études à l’étranger qui leur ouvriront des carrières internationales et des expériences professionnelles à mettre sur leur CV », résume le délégué général du Concours Atout+3 et directeur délégué du programme bachelors à l’EM Strasbourg Business School, Didier Wehrli. Le cursus « Trois ans, trois pays » 100% en anglais du BSc in Managementd’ESCP Europe propose ainsi à ses étudiants de se rendre successivement sur trois des six campus européens de l’école : Londres, Paris, Berlin, Madrid et Turin (seul le campus Varsovie n’est pas ouvert aux étudiants du bachelor).

Les étudiants sont également souvent attirés par la possibilité de créer des projets humanitaires comme au sein des bachelors de l’EM Strasbourg, de La Rochelle BS ou encore du programme American BBA Inseec. L’Inseec Bachelor a ainsi organisé en octobre 2016 une journée où différentes ONG sont venues présenter leurs actions et leurs besoins. « Nous constatons chaque jour à quel point les étudiants d’aujourd’hui ressentent le besoin d’être utiles pour s’impliquer. C’est pour cela que nous avons mis en place des partenariats avec l’Unicef, Entrepreneurs du Monde, etc. », explique Claire Souvigné, directrice du Pôle Management Inseec Bachelor

D’où viennent les étudiants ?

Les profils recherchés varient très largement selon les bachelors. « Ce que nous cherchons ce sont des profils binationaux, trilingues, mais aussi bons en maths. Des personnalités qui ont vécu des expériences, vécu partout dans le monde et ne veulent surtout pas de cantonner à un seul pays dans le supérieur. Le tout sans nationalité dominante », explique Benjamin Voyer, le directeur académique du programme.

Hormis les candidats en réorientation, 60% des candidats du concours Atout+3 sont issus de terminale ES, 40% de S et quelques-uns de L et STMG. « Ils postulent à 70-80% dans des écoles proches de leur domicile, seules EM Normandie, Grenoble EM et La Rochelle business school attirant également un public parisien. Nous les sélectionnons dans beaucoup de lycées puisque 60% ne nous envoient qu’un seul candidat. Ils passent généralement deux oraux, parfois trois », confie Didier Wehrli.

Un niveau à développer

Aujourd’hui 70% des diplômes délivrés par la France le sont au niveau master et second cycle alors que les autres pays privilégient davantage le niveau bachelor (80% des diplômes en Allemagne par exemple). « Les branches professionnelles demandent qu’on forme des cadres intermédiaires. Le bachelor est aujourd’hui la norme à l’international pour former en 3 ou 4 ans après le bac des profils professionnalisés et adaptables. Or en France la pyramide des diplômes professionnalisants est inversée, avec plus de diplômes permettant une insertion professionnelle à bac +5 qu’à bac +3 », analyse la présidente de la Conférence des grandes écoles, Anne-Lucie Wack.

« Très peu de business schools dans le monde se consacrent uniquement au cycle undergraduate. Pour être reconnu comme un acteur à part entière dans le monde il faut démarrer dès le bachelor », confirme la directrice des cycles undergraduate d’ESCP Europe, Hélène Louit. Cette prééminence d’un format bachelor à l’international fait écho aux propositions de l’ancien directeur d’HEC, Bernard Ramanantsoa qui, dans son rapport L’enseignement supérieur français par-delà les frontières, propose qu’on reconsidère le seul format du master en deux ans pour créer des masters professionnels en 1 an qui soient plus « à même d’affronter une compétition internationale fondée sur un modèle bac+4 (bachelor) +1 (master) ».

Les écoles d’ingénieurs s’y mettent

Le bachelor est de moins en moins l’apanage des seules écoles de management depuis que, à la rentrée 2014, les Arts et Métiers ParisTech ont ainsi créé un bachelor en technologie ouvert aux bacheliers STI2D. « Notre marque de fabrique c’est de former des jeunes que demandent les entreprises et elles demandent ce profil qu’on peut appeler « assistant ingénieur » », expliquait le directeur des Arts et Métiers, Laurent Carraro, après son lancement. Toute autre est la démarche de l’Ecole polytechnique dont le  bachelor, qui ouvrira à la rentrée 2017, sera facturé 13 000€ par an. « L’objectif est d’attirer à l’X des étudiants internationaux de haut niveau qui ne seraient pas venus faire leurs études supérieures en France. D’ailleurs l’enseignement s’effectuera pour l’essentiel en anglais », remarque le président de l’école Jacques Biot, dont le bachelor sera lancé à la rentrée 2017.

Des formats hybrides peuvent également voir le jour quand une école d’ingénieurs, l’EPF, et une école d’ingénieurs, l’ICD, s’allient pour créer un bachelor Tech Sales Management qui forme des professionnels qui « sauront intégrer les sciences et techniques, le management et le marketing pour accompagner les entreprises dans la distribution de biens et services technologiques », comme l’assure le directeur de l’EPF, Jean-Michel Nicolle.

Bac+3 ou bac+4 ?

Le dossier du bachelor est d’autant plus complexe qu’on ne peut pas lui affecter un seul niveau de diplomation. A l’image ce qui se passe à l’international – le bachelor en 4 ans domine aux Etats-Unis quand c’est celui en trois ans qui est majoritaire au Royaume-Uni -, les écoles de management développent les deux durées, certaines proposant même les deux. Un casse-tête qui empêche depuis des années la Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) de délivrer un avis définitif sur la création d’un « grade de licence » qui serait accordé aux bachelors. « Le format bac+4 séduit de plus en plus largement des étudiants qui vont avoir une mention B ou TB au bac mais qui ne souhaitent pas faire une prépa pour sortir du système lycée. C’est vraiment le bachelor de l’excellence », assure la directrice générale du groupe Inseec Catherine Lespine, pour laquelle il se « différencie du bachelor en 3 ans qui est plus « professionnel » quand le BBA est international et généraliste ».

Du côté des ingénieurs le format en trois ans est le seul à être utilisé pour l’instant. « Nous avons choisi de nous placer dans le système européen du LMD avec également l’idée que notre bachelor débouche sur une poursuite d’études à la différence d’un bachelor en 4 ans qui serait plus professionnalisant », explique Frank Pacard, le directeur de l’enseignement et de la recherche de l’École polytechnique.

Poursuite d’études ou pas ?

Le bachelor a beau être le plus souvent considéré comme un diplôme professionnel, la grande majorité de ses diplômés poursuit ensuite ses études. En moyenne 75% pour les bachelors des grandes écoles dont les deux tiers suivent ensuite le programme grande école d’une école de management. « Ceux qui sont tout de suite en poste le sont généralement à l’étranger où il est plus courant de démarrer dans un poste à responsabilité dès le bachelor qu’en France », remarque Didier Wehrli. « Quand nous avons conçu le programme nous pensions que la quasi-totalité des diplômés poursuivrait par un autre diplôme mais nous nous rendons compte que le profil même des jeunes que nous avons recrutés, très ouverts, très dynamiques, fait que certains sont prêts à se lancer plus vite quitte à reprendre un MBA plus tard », confirme Benjamin Voyer.

L’Ecole polytechnique n’imagine pas d’autre choix que la poursuite d’études après son bachelor. « Nous voulons recruter des étudiants de très haut niveau dès le bac pour les préparer à un diplôme de niveau bac+5 dans les meilleurs établissements mondiaux », explique Frank Pacard. Ces diplômés d’un bachelor de l’X pourront ensuite entrer dans le cycle ingénieur de l’école en passant par un concours qui existe déjà et est ouvert aux diplômés de l’université. Aux Arts et Métiers tout est possible selon Laurent Carraro : « Nous ne formons pas que des P-DG même si j’espère que certains de ces 48 premiers étudiants de notre bachelor en technologie le deviendront. Ils pourront d’ailleurs continuer leur cursus en cycle ingénieur et nous pensons ainsi découvrir des « pépites » ».

Bientôt des bachelors à l’université ?

En avril 2016 la Conférence des présidents d’université demandait au MENESR de « rappeler que le bachelor n’est que la traduction à l’international du terme de licence et qu’à ce titre il ne peut pas être utilisé pour qualifier des diplômes d’établissement qui créent la confusion avec les diplômes nationaux de niveau licence » (relire le communiqué). Beaucoup se demandaient alors si la CPU entendait préempter le terme de bachelor pour les seules universités comme cela avait été le cas pour le master. « Nous voulons mettre les choses au clair alors que certains bachelors demandent la reconnaissance de l’Etat et que l’Etat en finance, comme à l’Ecole polytechnique. Si certains veulent que leur diplôme obtienne le grade licence il faut aussi qu’ils aient les prérequis d’une licence. Nous voulons voir clair dans ce dossier et déterminer ceux qui ont ou non le droit de s’appeler bachelor », expliquait alors Jean-Loup Salzmann, le président de la CPU.

De leur côté, les IUT viennent de remettre au ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche leur projet de 3ème année de cours qui pourrait concurrencer les bachelors des grandes écoles sans pour autant forcément porter le même nom. « C’est le premier grade intéressant pour les entreprises, surtout depuis l’instauration du système LMD au niveau européen », assure le président de l’ADIUT, Bernard Lickel, qui ne souhaite pas pour autant la disparition du DUT et des licences professionnelles. Ce nouveau diplôme des IUT serait ainsi une sorte de licence professionnelle… pas professionnelle qui permettrait des poursuites d’études. Pas sûr que les universités apprécient la naissance de ce nouveau concurrent à leurs propres licences en leur sein.

Le tout juste ancien président de l’université Paris-Dauphine, Laurent Batsch, milite (relire sa tribune) d’ailleurs pour la création d’une « licence polytechnique » au sein des universités pour concurrencer les bachelors : « Nous avons aujourd’hui près de 500 000 étudiants dans des cycles de niveau bac+2 (BTS, DUT, CPGE) quand il faudrait depuis longtemps proposer d’aller à bac+3. Une licence professionnelle cela peut être un bon complément mais elles sont souvent trop spécialisées. Ce que nous proposons c’est de créer un système cohérent en 3 ans après le bac pour former des cadres intermédiaires. Il s’agit de créer une voie de réussite étudiante et d’ouverture sociale, dont l’accès ne serait pas plus sélectif que celui des IUT aujourd’hui ». Il y aurait alors deux types de licence complètes : l’une « polytechnique », l’autre « préparatoire » pour « donner aux universités les mêmes armes qu’aux grandes écoles ». On n’a pas fini de parler du bachelor…

Olivier Rollot (@ORollot)

 

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Olivier Rollot

Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives.
Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l’un des experts français de la Génération Y.
Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de « l’Essentiel du Sup » (newsletter hebdomadaire) et de « l’Essentiel Prépas » (webzine mensuel).
Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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