ECOLES DE MANAGEMENT, PORTRAIT / ENTRETIENS

Comment se forge un destin ? : Thomas Froehlicher, directeur général de Rennes SB

De l’ICN à Rennes SB en passant par HEC Liège et Kedge, Thomas Froehlicher a enchainé les postes de doyen et de directeur d’école depuis plus de vingt ans. Une longévité exceptionnelle qui démarre en 2001 quand il fait partie des 17 « survivants » du concours de l’agrégation. Après une thèse en sciences de gestion soutenue en 1996 sur « Éléments sur le management des coopérations interentreprises, une contribution à l’analyse : en termes de configurations relationnelles », le voilà nommé professeur à Mines Nancy où il prend rapidement la direction de la formation de l’ingénieur civil.

C’est aussi le moment où l’alliance Artem entre Mines Nancy, l’École nationale supérieure d’art de Nancy et l’ICN, créée en 1999, cherche un pilote « J’ai tout de suite été très intéressé par Artem car j’ai la conviction chevillée au corps des mérites de l’hybridation. Notamment après avoir visité la D School de Stanford ou encore Aalto Université à Helsinki qui est au croisement du management, de l’ingénierie et des sciences, des Arts et du Design», se souvient Thomas Froehlicher auquel les trois directeurs demandent de concevoir la première offre pédagogique. En 2001 naissent les Ateliers Artem, première illustration de ce travail hybride au cœur du projet Artem.

Quand l’ICN a pris son indépendance

L’année 2001 est également marquée par l’entrée de l’ICN dans le système d’affectation des candidats issus de classes préparatoires dans les écoles de management, le Sigem. « Il faut alors se rendre à l’évidence. L’attractivité de l’ICN est obérée. » Thomas Froehlicher est alors nommé directeur général adjoint de l’ICN avec notamment le défi de faire sortir l’ICN du giron de l’université de Nancy 2 et de créer de nouveaux statuts. Ce sera fait dès 2002 et c’est fort logiquement qu’il prend alors la direction générale de l’école : « Je n’avais que 35 ans et j’étais passé en deux ans du statut de professeur qui ne pensait qu’à la recherche à directeur au cœur du projet Artem ».

Après un mandat de quatre ans à la tête de l’ICN, Thomas Froehlicher ne souhaite pas être renouvelé et préfère devenir délégué général d’Artem. Un poste qu’il occupera deux ans et lui permettra de travail de travailler avec Louis Schweitzer. De 2006 à 2008, l’ex-patron de Renault occupe en effet la présidence du conseil d’administration des Mines de Nancy et se consacre largement au développement d’Artem.

De l’école de commerce au doctorat

Pour se lancer dans l’aventure Artem, Thomas Froehlicher a quitté un petit village à côté de Saverne, où il s’était « réfugié » pour écrire une thèse et « méditer dans la forêt ». Une passion pour les arbres qui ne l’a jamais quitté et trouve ses ferments dans son enfance par très loin d’Annecy, à Haguenau, puis ses années lycée à Metz suivant un père, directeur à la BNP, germanophone, souvent muté de part et d’autre du Rhin. Après un bac C – scientifique, il entre à l’IECS (l’actuelle EM Strasbourg) et une licence de sociologie au s<ein de ce qui deviendra l’Unive<rsité de Strasbourg : « Je m’y suis beaucoup amusé pendant deux ans. Notamment en tant que président de la junior entreprise à laquelle je consacrais tout mon temps. A tel point que je suis resté une année de plus pour obtenir mon diplôme. Je n’avais pratiquement par ouvert un livre pendant un an ! »

S’il est passionné par la vie des entreprises c’est dans les études qu’il va s’épanouir : « J’avais entendu parler de la possibilité de devenir enseignant-chercheur en management ou en sciences de gestion et je m’y suis consacré ». Il enchaine donc après son diplôme de l’IECS, qui donnait à l’époque un titre d’ingénieur commercial de l’université de droit de Strasbourg, par un DEA (diplôme d’études approfondies) en sciences de gestion à Louis-Pasteur. En 1996 il présente enfin à Nancy 2 son doctorat intitulé Éléments sur le management des coopérations interentreprises, une contribution à l’analyse : en termes de configurations relationnelles. Mais n’oublions pas auparavant un passage par l’université de Bradford dans le cadre d’un échange Erasmus. Il fera même partie de son équipe de rugby (sa grande passion, lire l’encadré) et disputera ainsi des matchs dans toute l’Angleterre : « C’est très structurant pour apprendre l’anglais avec tous les accents possibles ! »

De fusion en fusion : HEC Liège puis Kedge

En 2008 Thomas Froehlicher se lance dans un projet que très peu de Français ont réalisé : diriger un établissement d’enseignement supérieur à l’étranger. C’est en Belgique, à HEC Liège, business school qu’il est embauché au poste de doyen et directeur général : « HEC Liège et le département d’économie et de gestion venaient de fusionner avec succès. Les deux doyens voulaient recruter quelqu’un d’extérieur pour réussir totalement leur projet. J’ai vraiment compris tout l’intérêt qu’il y a à faire partie dans une université, surtout en l’occurrence qu’elle laissait toute son de l’autonomie à sa business school ». Une business school universitaire de premier ordre qui est aujourd’hui la seule doublement accréditée AACSB et Equis en Belgique.

A la tête de HEC Liège pendant six ans – deux mandats -, Thomas Froehlicher démontre des capacités de rassemblement des équipes qui vont, nous sommes en 2014, très favorablement impressionner la présidence d’une autre école tout juste née il y a un an de la fusion de Bordeaux EM et Euromed : Kedge. « Bernard Belletante vient d’annoncer son départ et un cabinet de recrutement me propose le poste. Le défi est de faire travailler ensemble des métropoles qui ne sont pas culturellement proches et au corps professoral assez large. Il fallait également rassurer des parties prenantes souvent pessimistes, notamment à Marseille où on craignait que la pente naturelle des étudiants les attire plutôt à Bordeaux », se souvient Thomas Froehlicher, qui, après bien des hésitations, s’installera finalement à Marseille : « Pour un directeur général c’est une expérience passionnante de créer du lien, en France et jusqu’à Shanghai pour y développer un campus ». Il y sera également largement accaparé par les questions juridiques : Euromed était en effet déjà une association quand BEM était encore un service de la chambre de commerce et d’industrie. Après trois années « passionnantes », après avoir considérablement développé la recherche, après le départ du président de l’école, François Pierson, il quittera Kedge : « C’était un investissement humain très intense dont je ne voyais pas toujours la finalité à plus long terme dans mon parcours. Il était temps de changer d’orientation et de retrouver une vie personnelle plus riche ».

Sa rencontre avec Rennes SB

Après son départ de Kedge, Thomas Froehlicher postule d’abord aux Pays-Bas, à l’université de Maastricht notamment, quand il apprend le départ d’Olivier Aptel de la direction de Rennes SB. Il succédera à l’emblématique directeur de l’école rennaise en décembre 2017. « J’avais été séduit par le modèle de Rennes SB lors d’un audit pour l’EFMD ». Des audits qu’il réalise depuis 20 ans : « Ils permettent d’en apprendre énormément pour sa propre école mais c’est aussi un défi permanent de dire à des écoles comment être meilleures ».

Alors qu’il trouve à Rennes un environnement international de premier plan, il va s’appliquer à en développer la culture académique : « Rennes SB était en croissance depuis trente ans. Nous dévions à la fois en consolider les acquis et assurer la poursuite de cette croissance. L’école s’était par exemple un peu trop reposée sur les étudiants chinois – jusqu’à 60% des effectifs avant mon arrivée ! – et il fallait s’ouvrir plus largement pour ne pas se retrouver face à un vrai problème stratégique ». Aujourd’hui les étudiants viennent de plus en plus d’Amérique latine, d’Inde, d’Asie au sens large et d’Afrique de l’Est. Sans oublier des Américains plutôt issus de community colleges. En 2021 Thomas Froehlicher aura également installé son école à Paris : « Il nous a fallu trouver un chemin. Aujourd’hui nous entrons dans la définition d’un nouveau plan stratégique avec de la maturité comme l’atteste un réseau de près de 25000 alumni ».

  • Passion sport et musique. Deux passions animent depuis toujours Thomas Froehlicher : celles du rugby et de la musique. Dès ses 7 ans il joue au rugby à Haguenau, une ville qui compte beaucoup d’enfants de militaires venus souvent du Sud-Ouest de la France dont une bonne partie sont fans de rugby et – nous sommes en 1974 – d’un certain Jean-Pierre Rives alors idole du sport français. « Je joue dans l’équipe minime d’Alsace-Lorraine et nous tenons le choc face à Toulouse. A Metz jusqu’en junior je joue contre la stade français. Mais voilà j’étais à la fois trop petit pour continuer à jouer en troisième ligne et trop myope – je jouais les yeux plein de boue – pour aller plus loin. » Comme d’autres grands sportifs qu’on trouve à la tête d’écoles de management, il considère le rugby comme un « modèle pour comprendre les relations sociales, au même titre que la sociologie ». Toujours passionné il aime « regarder les matches sans regarder la balle pour regarder les mouvements des autres joueurs », toute une « dynamique collective complexe » qui le fascine : « En tant que pilier, poste auquel je jouais en Angleterre, on peut jouer tout un match sans toucher la balle tout en jouant un rôle décisif. Certains doivent être invisibles ! »
  • Passion musique. L’autre grande passion qui anime Thomas Froehlicher est la musique : « Pendant douze ans j’ai étudié la clarinette auConservatoire National de Strasbourg puis à Metz. J’ai arrêté de jouer en seconde car je n’avais pas le talent d’un clarinettiste de haut vol dans une voie hyper élitiste où même un premier prix de conservatoire ne donne aucune garantie sur une carrière ». S’il a vendu peu après sa clarinette, une fameuse Buffet-Crampon, il aimerait s’y remettre un jour : « J‘ai déjà essayé mais c’est très difficile. J’aurais au moins aimé continuer à jouer dans l’orchestre folklorique de mon village quand j’étais gamin et qui m’amusait beaucoup mais le conservatoire ne le permettait plus. Convivialité ou excellence, il avait fallu choisir. Dommage »
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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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