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Dans l’ère post Covid, quelle part donner au distanciel?

Covid oblige, les établissements d’enseignement supérieur se sont dotés en un temps record de capacités d’enseignement à distance dont ils ne savent pas toujours quoi faire aujourd’hui. Face à des étudiants, quelque peu échaudés par leur expérience d’un distanciel qui leur a été imposé et plutôt adeptes du présentiel , comment trouver un équilibre donnant le meilleur des deux mondes ? Une enquête CGI -Sodexo réalisée par Sprint Junior Entreprise (Télécom SudParis et Institut Mines-Télécom Business School) sur les attentes des jeunes en matière de travail hybride éclaire les débats.

Une certaine part de distanciel. Aujourd’hui les étudiants interrogés travaillent en moyenne un peu moins de un jour par semaine à distance. Essentiellement le vendredi (33%). Il faut dire qu’ils habitent en moyenne à un peu plus de 20 minutes de leur université et Grande école. Et s’ils cumulent plusieurs moyens de déplacement pour s’y rendre le font essentiellement en transport en commun (34%) mais aussi à 16% en vélo et 10% en voiture.

A 39% la « semaine idéale » des étudiants serait en tout présentiel mais 29% se prononcent également pour un 3 jours présentiel / 2 jours distanciel. Au global 61% des étudiants préconisent donc une certaine dose de distanciel. Week-ends oblige, les vendredis et lundi sont plébiscités comme les jours les plus favorables à la distanciation.

A 83% les étudiants voient dans le recours au distanciel un gain de temps, à 57% un meilleur équilibre dans leur vie personnelle et à 45% des économies. A contrario le présentiel favorise la sociabilité (92%) et un meilleur accompagnement (87%) par les professeurs et intervenants.

Une attitude qui varie selon le sexe. Quand 43% des femmes sont favorables au 3 jours présentiel / 2 jours distanciel, ce pourcentage baisse à 19% chez les hommes qui sont à 45% des adeptes du tout présentiel quand seulement 29% des femmes le sont.

De même il existe quelques différences selon la formation. Quand 58% des étudiants de Sciences Po ne jurent que par le tout présentiel, ils sont respectivement 37% et 36% à en dire autant du côté des étudiants ingénieurs et managers.

Mêler les expériences. « Nos étudiants veulent se retrouver ensemble et pas seulement pour des cours. La pandémie a montré combien le présentiel et la vie collective sont importants et irremplaçables. Pendant deux ans nous avons expérimenté énormément d’approches pédagogiques. Nous faisons maintenant le point sur ce qu’il faut conserver », établit la directrice générale de Neoma, Delphine Manceau, qui estime que « tous les cours seront demain combinés pour donner le meilleur de chaque format pour maximiser l’apprentissage ».

Une vision de l’avenir à laquelle adhère l’Ecole polytechnique dont le président, Eric Labaye, rappelle que « la pandémie a démontré que l’on pouvait développer de nombreuses actions avec le digital. Nous étions déjà en avance sur le développement des MOOC, mais cela ne concernait finalement que très peu de professeurs. Aujourd’hui, tout le monde a pris conscience de la force du digital. Chaque professeur doit trouver un juste équilibre entre le présentiel et le distanciel et nous avons renforcé notre équipe pédagogique pour les y aider. Pour un étudiant, visionner un cours en asynchrone, avant de se retrouver pour des cours en petites classes avec beaucoup d’interactions, c’est très positif ». Autre point positif selon lui, la possibilité de suivre des cours à distance « peut également accélérer le développement des universités européennes, comme l’alliance EuroTech dont nous faisons partie ».

A ESCP la règle est le « 20/40 » : au moins 20% d’enseignement numérique et au moins 40% d’enseignement présentiel dans chaque cursus. « Ce qui laisse aux professeurs une marge d’appréciation tout en sachant que la partie présentielle ne peut en aucun cas descendre sous les 40%. C’est tout l’enjeu du Phygital Management Education que nous mettons en œuvre », commente le directeur général de l’école, Frank Bournois. D’autant que le travail à distance n’exclut pas les étudiants des capacités technologiques de leur établissement, comme de rappelle Alexandre Dufer, directeur général délégué de l’Icam : « Dès le premier confinement nous avons pu bénéficier pleinement des capacités de notre campus numérique. Tous nos apprenants pouvaient accéder à la puissance de calcul déportée des serveurs de nos campus et continuer d’utiliser l’ensemble des applications nécessaires à nos cursus pédagogiques ».

Olivier Rollot (@ORollot)

à L’enquête CGI -Sodexo a été menée du 15 janvier au 15 mars 2022 auprès de 478 étudiants (1/3 ingénieurs, 1/3 managers, 1/3 des Sciences Po) avec la répartition géographique suivante : 1/2 Ile-de-France, 1/2 régions.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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