EMPLOI / SOCIETE

Entrepreneuriat : l’enseignement supérieur à maturité

Incubateurs, accélérateurs, fonds d’investissement, Station F, ces cinq dernières années ont été celles de la création d’entreprise. Au point que les dispositifs dédiées commencent à saturer. « Soit on sélectionne plus, soit on nous donne plus de moyens. Aujourd’hui nous validons les projets sans dire s’ils sont bons ou pas. Cela permet aussi de changer de direction en cours de projet et d’insuffler de la culture entrepreneuriale partout », commente le coordinateur national du réseau Pépite (pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat) Jean-Pierre Boissin. Et justement la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, a confié à l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR) et à l’entrepreneur Albert Meige une mission d’évaluation des politiques en faveur de l’entrepreneuriat étudiant. Les résultats sont attendus en septembre.

Mais, au-delà, des étudiants l’entrepreneuriat est tout simplement devenu aujourd’hui un enjeu majeur pour tout l’enseignement supérieur. « On doit considérer la valeur d’un établissement d’enseignement supérieur par ses créations de start up plus que par des brevets qui ne créent pas d’emploi », estime ainsi Nicolas Dufourcq, président de Bpifrance, principal pourvoyeur de financements des start up de l’enseignement supérieur dans le cadre des PIA.

Former des entrepreneurs

Après avoir régulièrement progressé depuis cinq ans, la part des diplômés des Grandes écoles de 2017 créateurs ou repreneurs d’entreprise stagne à 3,3 % en 2018 (et jusqu’à 6,7 % chez les managers hommes). Du côté des école d’ingénieurs, la Commission des titres d’ingénieurs (CTI) demandait aux étudiants de réaliser six mois de stage pour être diplômés alors qu’aujourd’hui ils peuvent créer leur entreprise à la place. Dans les universités la situation est très contrastée. Ce que regrette Jean-Pierre Boissin : « Nous risquons de voir une partie de l’enseignement supérieur, essentiellement les universités, ne pas prendre le train de l’entrepreneuriat ». Pour autant les initiatives se multiplient également dans les universités. Fin juin le réseau des Innopreneurs est ainsi venu porter la bonne parole de l’entrepreneuriat à des chercheurs et doctorants de l’Université de Tours.

Le train de l’entrepreneuriat beaucoup d’es écoles de management l’ont pris depuis longtemps. Et en première classe ! Lancée en 2007 la Chaire entrepreneuriat d’ESCP Europe forme ainsi à la fois des futurs créateurs d’entreprise et des cadres de grands groupes tout en proposant des programmes d’accélération aux porteurs de projets. La méthode du directeur de la chaire, Sylvain Bureau : l’« art thinking » un « méthode agile pour créer de l’improbable avec certitude » : « Nous organisons des séminaires « improbables » de trois jours pendant lesquels des non artistes créent une œuvre d’art. L’enjeu pour eux est de désapprendre pour qu’ils apprennent à créer sans objectifs très précis, comme au début de la création d’une entreprise ».

L’incubateur Blue Factory d’ESCP Europe permet d’aller plus loin en recevant chaque année pendant un an neuf entrepreneurs diplômés de l’école. « Ils doivent apprendre à sortir de la posture du bon élève qui doit donner la bonne réponse. Avec les 15 professeurs de l’école spécialisés dans l’entrepreneuriat nous les accompagnons au moins jusqu’à leur confrontation au marché », explique sa directrice, Maëva Tordo. Sont ainsi nées des entreprises comme Simplébo (« Première agence web à utiliser l’automatisation et l’IA pour créer des sites »), WERO (« Révéler le potentiel humain des personnes réfugiées ») ou encore Mamie Foodie (« Des mamies et papis aux fourneaux pour mitonner des plat savoureux et gourmands »). « Mamie Foodie est née d’une œuvre d’art où des pigeons mangeaient dans une rue. Est venue ensuite l’idée de street food puis d’une street food réalisées par des grands-mères qui travaillent aujourd’hui pour les Galeries Lafayette et d’autres grandes entreprises qui leur demandent d’organiser des cocktails », se souvient Sylvain Bureau.

Trouver des financements

Après l’idée vient la question du financement. L’université PSL et Elaia Partners viennent ainsi de lancer PSL Innovation Fund, un fonds d’amorçage dédié aux startups « deep tech » (innovation de « rupture ») issues du périmètre de PSL et doté de 75 millions d’euros. « Plus de cinquante start up naissent chaque année dans l’ensemble des écoles de PSL. Il en faut encore plus pour que PSL pèse parmi les grandes universités de recherche », relève Alain Fuchs, le président de PSL.

Des start up qui seront aussi bien créées par des professeurs que par des étudiants comme celle de Christian Allouche, président de Gleamer, qui a eu l’idée de créer une intelligence artificielle (IA) susceptible d’aider les radiologues à donner des avis sur les radios qui a obtenu un financement en trois semaines. « C’est le type de projet qui nous intéresse. Notre rôle c’est ensuite de faire le lien entre le concept et son marché », révèle Anne-Sophie Carrese, associée chez Eleaia Partners, fonds de « Venture Capital » indépendant focalisé sur l’économie numérique. Si son implication dans le projet de PSL a été immédiate c’est aussi parce que la Comue a présenté un modèle inédit. « Nous avons fait le choix de ne pas entrer dans une sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) pour jouer à fond l’intégration de nos start up », explique le directeur de l’innovation et de l’entrepreneuriat de PSL, Bruno Rostand. Sur le modèle monté depuis longtemps par l’une de ses principales écoles membres, l’ESPCI, PSL entend ainsi garder au maximum le fruit de ses recherches. Dans l’esprit du message de Sylvain Bureau pour l’avenir : « Les robots sont des experts du probable. L’être humain doit se former à gérer l’inattendu dès les premiers âges de la vie ! »

Previous ArticleNext Article
Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend