ORIENTATION / CONCOURS, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Examens et concours : le big bang après la pandémie ?

Avec le retour d’un nombre significatif d’étudiants sur les campus, l’enseignement supérieur semble entré dans une phase de normalisation. Mais parce qu’ils réunissent de grandes quantités d’étudiants sur un espace réduit pendant un temps limité, l’organisation des concours et examens constitue un défi particulièrement sensible. Et peut également être un sujet de polémiques. « Chaque fois que c’est possible, il faut essayer de maintenir les examens traditionnels », estime la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Et la plupart des établissements tiennent bon sur l’organisation des examens en présentiel. « La logique est d’essayer d’organiser des examens en présentiel coûte que coûte », assure ainsi Laurent Champaney, vice-président de la Conférence des Grandes écoles (CGE). Si la même règle semble devoir s’appliquer aux concours post prépas les concours post bac ont entrepris leur évolution vers les examens en distanciel. Voire vers pas d’examen du tout. Reste en suspens la question des oraux dont tout le monde souhaite qu’ils se tiennent. Mais cela sera-t-il possible cette année en présentiel ?

Concours postbac : la disparition des écrits « classiques » est actée en 2021. Regroupant l’ESDES, l’ESSCA et l’IÉSEG, le concours ACCÈS proposera cette année à ses candidats en 2021 des épreuves écrites exclusivement en ligne, les épreuves étant surveillées à distance via webcam et micro. Les candidats, identifiés par reconnaissance faciale, se rendront depuis leur ordinateur personnel sur une plateforme sécurisée interdisant la connexion à d’autres services pendant la durée de l’examen.

Du côté des école d’ingénieurs Puissance Alpha a choisi d’annuler ses épreuves écrites et d’adapter une partie de ses évaluations. Dans ce cadre l’étude de dossier constituera toujours 60% de la note finale mais les écrits seront, comme en 2020, remplacées par une seconde note de dossier individuelle, donnée par chaque école et pour chaque programme auquel le candidat postule. Les écoles pourront notamment intégrer des critères personnels, comme la lettre de motivation, le projet de formation motivé, l’engagement citoyen, les appréciations des proviseurs ou autres données indiquées dans Parcoursup.

Sciences Po fait sa révolution. La réforme tant discutée des admissions en première année à Sciences Po entre en vigueur en 2021. Finies les épreuves classiques, place à un recrutement très largement sur dossier tout en conservant un oral. « Nous voulons déconstruire le portrait de l’étudiant idéal de Sciences Po. C’est tout l’enjeu de la construction de cette nouvelle procédure d’évaluation. » Explicitée par Bénédicte Durand, la directrice de la formation, cette réforme doit permettre à Sciences Po de recevoir 30% de boursiers dès 2021 (25 à 27% aujourd’hui) et surtout 15% d’étudiants issus de la procédure CEP (Conventions Education Prioritaire en 2023), soit la moitié des boursiers puisque la voie CEP sera réservée aux boursiers.

Les trois premières épreuves sont rassemblées en un dossier qui « montre la diversité des qualités scolaires et extra-scolaires, leur solidité et leur complémentarité ». Constitué de trois notes sur 20 il repose essentiellement sur les résultats du lycée et du bac avec une première note qui comprend les résultats du baccalauréat ou de son équivalent étranger et une seconde la performance académique et la trajectoire de la candidate ou du candidat qui prend en compte toutes les notes obtenues au lycée sur trois ans, mais aussi la progression de l’élève durant son parcours et les appréciations de ses professeurs. Ce qui subsiste des écrits comprend un texte où l’élève expose ses activités et centres d’intérêts, un autre où il défend sa motivation et son choix pour Sciences Po et un essai personnel. Enfin Sciences Po a pris la décision de faire passer son oral entièrement à distance. En 2021 comme dans les années à venir !

Comment faire passer les oraux ? Si comme en 2020 les écrits ne semblent pas menacés pour les concours post prépas les oraux pourront-ils se tenir ? Et sinon à distance ? « Cette année cela peut être une modalité intéressante. D’autant que nous le faisons déjà pour recruter nos étudiants à l’international. Mais nous souhaitons surtout organiser des concours sur le modèle des années précédentes. Des concours qui permettent d’évaluer les compétences qui s’expriment à l’écrit aussi bien qu’à l’oral. Au sein du concours Mines-Ponts nous avons l’habitude de dire que l’écrit trie les candidats et que les oraux les classent », répond Elisabeth Crépon, la présidente de la Commission des titres d’ingénieur (CTI).

Du côté des écoles de management on souhaite également les faire passer sur les campus mais sans refuser non plus l’idée d’un passage en distanciel. « Il faut que les oraux aient lieu quelle que soit la situation sanitaire. Avec des protocoles communs à toutes les écoles pour préserver l’équité des concours. S’ils ont lieu en présentiel aussi bien l’accueil des étudiants que les chorégraphies, le logement ou les repas risquent d’être très perturbés. Nous avons donc besoin d’un protocole commun, sans surenchère de quiconque, pour que tous les oraux aient la même visibilité. En pensant aussi bien aux conditions de passage et de sécurité sanitaire des étudiants qu’à la présence des nombreux membres des jurys », insiste le directeur général adjoint de Grenoble EM, Jean-François Fiorina, qui n’exclut pas pour autant un plan B : « S’il faut finalement les organiser à distance, nous le ferons. Nous avons toute l’expérience d’un an d’enseignement à distance derrière nous et du passage d’autres évaluations ». Même analyse du côté de emlyon comme le confie Sylvie Jean, la directrice du programme Grande école de emlyon : « Nous envisageons plusieurs scénarios en privilégiant les oraux en présentiel. Cependant, nous serons en capacité de les faire passer à distance si les conditions sanitaires venaient à l’exiger parce que nous tenons à ce qu’il y ait bien des oraux ».

Comment sélectionner uniquement sur dossier ? Ce qui est une expertise reconnue pour les proviseurs et professeurs de classes préparatoires est une relative nouveauté pour les écoles et Sciences Po. Synthèse du parcours du candidat, moyennes par matières, appréciations des professeurs mais aussi engagement associatif, expériences professionnelles et lettre de motivation sont à disposition des écoles sur Parcoursup pour sélectionner leurs candidats après le bac. Mais il va leur manquer cette année les évaluations des spécialités du bac – annulées pour cause de Covid – alors qu’on ne sait toujours pas si la mention du lycée d’origine sera préservée cette année. « Nous espérons au moins pouvoir connaître la place de l’élève dans sa classe. Les notes en soit ne sont pas assez signifiantes », rappelle Mickael Prost, le président de l’UPS, l’association des professeurs de classes préparatoires scientifiques.

Car à l’image de ce que pratiquent les sept Sciences Po du Réseau ScPo, les notes de contrôle continu ne sont généralement pas prises au pied de la lettre mais « redressées » de façon à prendre également le niveau de chaque classe. Le but est de réviser les notes brutes des élèves (notes de bulletin) en prenant en compte la « place » de la note obtenue dans la classe, avec pour objectif un traitement le plus équitable possible entre les candidats. Dans le cadre du concours postbac Sesame, une première analyse quantitative est effectuée par la banque d’épreuves avec une attention particulière portée aux langues vivantes. A l’issue de cette phase d’analyse des dossiers, une barre « d’admissibilité » est définie. Suit une analyse qualitative par les membres du jury de chaque école sur la base du profil, des aptitudes et de la motivation des candidats est ensuite réalisée. Le tout en s’attachant à garantir la diversité sociale comme à Kedge où le comité de sélection a décidé de ne « pas prendre comme critère prépondérant les voyages à l’étranger mais plutôt les qualités d’ouverture au monde et aux autres des candidats ». Une moyenne de l’ensemble des notes sur les critères quantitatifs (produits par la banque d’épreuves) et qualitatifs (émanant de l’évaluation par les jurys écoles) est réalisée. Ces moyennes permettent de faire un classement à partir duquel sera fixée la barre d’admission.

Concours et diversité sociale. « Bonifier » les notes des boursiers, créer des filières dédiées comme à Sciences Po, limiter la part de la culture générale dans les concours ou tout simplement soutenir les élèves défavorisés sur le modèle des Cordées de la Réussite, les idées fusent pour rendre l’enseignement supérieur plus perméable aux boursiers. Et notamment en réformant les concours. « Farouchement opposés aux quotas, nous voulons mettre tous les étudiants à égalité face au jury d’admission tout en donnant des points de bonification en amont », spécifie le directeur général de l’ENS Paris, Marc Mézard, dont les écoles sont les seules à envisage cette bonification. Elles proposent même que ces bonifications soient proportionnelles au niveau des bourses – sur le modèle des bonifications accordées aux candidats n’ayant fait que deux années de classes préparatoires scientifiques dans les concours d’entrée en écoles d’ingénieurs. Les jurys des oraux n’auraient ensuite pas connaissance des candidat « bonifiés » ou non.

Cette idée de bonification le comité « Diversité sociale et territoriale dans l’enseignement supérieur », présidé par Martin Hirsch, la reprend dans son rapport en proposant de « compenser ce qu’on peut considérer comme des désavantages dans les conditions d’études des élèves les plus modestes, avec comme modalité la plus simple qui est la bonification de points pour les boursiers et/ou pour les enfants dont les parents n’ont pas de diplôme de l’enseignement supérieur ». Une idée à laquelle les autres Grandes écoles se montrent pour le moins réservées. Voire totalement opposées comme Alice Guilhon, la présidente du Chapitre des Grande écoles de management et directrice générale de Skema : « Il n’y aura pas de bonus de points pour les boursiers. Ils le refusent. La solution est en amont ».

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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