POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Faut-il passer à l’écriture inclusive pour parler aux étudiant·e·s ?

Un professeur de Sciences Po aurait accordé des points supplémentaires aux étudiant·e·s utilisant l’écriture l’inclusive révèle Le Figaro Etudiant·e. Selon une association de l’établissement, lors de l’examen final de sociologie de deuxième année sur le campus de Paris, l’usage de l’écriture inclusive aurait effectivement été favorisé au détriment de l’écriture normale en accordant 1/2 point bonus à celleux qui l’avaient employé. Rien de très impactant direz-vous mais un état de fait qui n’en a pas moins provoqué beaucoup de débats. Petit détour au pays de l’écriture inclusive juste avant la Journée internationale des droits de la femme du 8 mars.

  • Au fait savez-vous comment on produit le fameux point médian propre à l’écriture inclusive ? Eh bien sur un PC il faut taper alt+0183 et sur Mac cap+option+F.

Qui l’utilise aujourd’hui dans l’enseignement supérieur ? Aujourd’hui peu d’universités, et encore moins de Grandes écoles, font appel à l’écriture inclusive. Le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes publie un guide Pour une communication publique sans stéréotypes de sexe et encourage les institutions publiques à signer une Convention d’engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe. Si à ce jour huit établissements d’enseignement supérieur l’ont signée (Cnam, l’Ena, Sciences Po Toulouse et les université Côte d’Azur, Paris Est-Créteil, Paris Ouest Nanterre La Défense, Toulouse Jean Jaurès et Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) cela ne signifie pas pour autant qu’elles adoptent l’écriture inclusive. Seule parmi les signataires Paris-Nanterre a franchi le pas depuis 2019 comme l’expliquait Maïlys Derenemesnil, la chargée de mission égalité femmes-hommes et non-discrimination de l’université, aux Echos Start lors de sa nomination : « Avec l’écriture inclusive, on matérialise le fait de prendre en compte les femmes dans la communication institutionnelle de l’université. D’ailleurs, la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin est totalement artificielle et date “seulement” du 17ème siècle. Auparavant, on accordait le verbe avec le genre du nom qui précédait. Aujourd’hui, la généralisation de l’écriture inclusive relève d’une décision politique ».

A l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines on préfère parler systématiquement d’« étudiants et d’étudiantes » quand, au sein de l’université Côte d’Azur, ce sont  plutôt « étudiantes et d’étudiants » qui sont mis·es en avant. Côté école d’ingénieur·e·s, si l’EPF se décrit dans son logo même comme une « école d’ingénieur·e·s » ensuite elle se contente de parler d’« ingénieur ». Seule « l’ingénieur·e EPF » revient dans les textes de son site.

Qu’est-ce que l’écriture inclusive ? Vous l’avez noté depuis que vous avez commencé à lire ce texte : il se présente en écriture inclusive. Ce qui signifie d’une part qu’il s’agit d’écrire la racine du mot, suivie du suffixe masculin, du point médian, et du suffixe féminin (puis, au pluriel, d’un second point médian et d’un « s » final), de l’autre que des mots « épicènes » (du latin epicœnus, « commun ») c’est-à-dire ayant la même forme au masculin et au féminin, sont préférés aux mots « genrés ». Et s’ils n’existent pas certains préconisent de les inventer comme un peu avant dans ce texte « ceulles » pour remplacer « ceux ». (lire ce qu’en dit le site correcteur grammatical et typographique open source dédié à la langue française Grammalecte). Enfin les noms de métiers sont accordés en genre.

La plupart de ces règles sont très bien résumées dans le Manuel d’écriture inclusive que publie l’association Mots clés. Avec des divergences. Notamment sur l’utilisation du point médian. Mots clés considère en effet que « pour conserver une utilisation raisonnée du point médian, qui fait office d’abréviation, on utilisera ce signe de ponctuation uniquement lorsque les termes sont très semblables, c’est-à-dire lorsque la forme masculine et la forme féminine n’ont qu’une lettre ou deux de différence. C’est le cas des termes dont la forme féminine s’obtient par ajout plutôt que par substitution de l’« e final » comme dans « ami et amie » ou « étudiant et étudiante ».

A l’oral le point médian « signale la nécessité d’une double flexion ». Par exemple, « académicien·nes » deviendra à l’oral « académiciennes et académiciens » (sans qu’on comprenne très bien pourquoi pas « académiciens et académiciennes » ?). S’agissant des formes plurielles, le guide précise également qu’on peut réduire la notation à un seul point et préférer « étudiant·es » à « étudiant·e·s », ou encore « incorrect·es » à « incorrect·e·s ».

Une autre option n’est pas pour l’instant retenue : celle de « l’accord de proximité ». Quand ils se rapportent à des noms de genre différent, nous accordons aujourd’hui les adjectifs et participes au masculin, quel que soit l’ordre des noms. L’accord de proximité, dit aussi de « voisinage », prend en compte le genre du nom le plus proche. Par exemple : « sa sœur et son frère sont ambitieux » mais « son frère et sa sœur sont ambitieuses ».

Les termes du débat. En 2017 Hatier publiait le premier manuel scolaire entièrement rédigé en écriture inclusive. Dans « Questionner le monde CE2 » on explique par exemple aux élèves que « grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche ». Un vif débat nait alors que le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, semble conclure en expliquant que ce recours à l’écriture inclusive « n’est pas une bonne idée » et qu’on doit « revenir aux fondamentaux sur le vocabulaire et la grammaire ».

Le sujet semblait un peu oublié avant de rebondir cette année. Une proposition de loi d’un député La République en marche, François Jolivet, entend même interdire plus largement l’utilisation de l’écriture inclusive dans les textes administratifs. Le 24 février dernier le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a retoqué l’examen de cette proposition de loi jugée « peu urgente ». D’autant plus que depuis le 21 novembre 2017 une circulaire relative aux règles de féminisation et de rédaction des textes publiés dans les textes réglementaire appelle à la fois à :

  • féminiser les titres, les métiers et les fonctions ;
  • systématiquement recourir à des formules telles que « le candidat ou la candidate » afin de ne pas marquer de préférence de genre ;
  • ne pas faire usage de l’écriture dite inclusive, le masculin étant « une forme neutre qu’il convient d’utiliser pour les termes susceptibles de s’appliquer aussi bien aux femmes qu’aux hommes ».

Et ailleurs dans la francophonie ? Le débat que nous connaissons aujourd’hui sur l’écriture inclusive a déjà eu lieu au Québec, et ceciu dès les années 80, comme l’expliquait en 2017 le site d’information québécois Le Devoir. Mais ne semble pas avoir transformé la communication des universités si on en croit un rapide examen des sites Internet de l’université du Québec à Montréal (Uqam) ou de HEC Montréal.

En Belgique la Direction de la langue française de la Fédération Wallonie-Bruxelles a publié en septembre 2020 un passionnant guide Inclure sans exclure. Les bonnes pratiques de rédaction inclusive qui permet de bien peser les avantages comme les inconvénients de chaque formule. Et justement si l’Université libre de Bruxelles (ULB) n’a pas recours à des formes inclusives sur son site ce n’est pas le cas à Louvain-La-Neuve (UCLouvain) où on parle le plus souvent des « étudiant·es » ou des « professionnel·les ». Alors écriture inclusive ou pas ? Le débat est relancé.

 

ECRITURE INCLUSIVE : GEM PREND POSITION 

A l’occasion du 8 mars 2021, journée internationale des droits des femmes, Grenoble Ecole de Management (GEM),a décidé de prendre position sur les différentes règles de l’écriture inclusive :

  • Oui à l’utilisation du féminin et du masculin lorsque ceux-ci désignent des personnes.
    Exemples : « L’ensemble des collaboratrices et des collaborateurs » ; « Les étudiantes et les étudiants » ;
  • Oui à l’accord des noms de fonctions, grades, métiers et titres
    Exemples : chercheuse, autrice, enseignante, directrice ;
  • Oui à la non-utilisation du mot générique « Homme » avec une majuscule de prestige pour parler des femmes et des hommes, pour préférer des termes plus neutres.
    Exemple : parler de « droits humains » plutôt que « droits de l’Homme » ;
  • Non au point médian permettant d’employer dans le même temps le masculin et le féminin dans un même mot car il perturbe la lecture, rend extrêmement complexe l’écriture, et disqualifie les personnes porteuses de certaines formes de handicap (dyslexie, …).
    Exemples : « les candidat·e·s », « les étudiant.e.s » 
Previous ArticleNext Article
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend