ECOLE D’INGÉNIEURS, Non classé, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, PROGRAMMES, UNIVERSITES

Ingénieurs vs. Ingénierie : la guerre des ingénieurs n’est pas finie

Depuis fin 2010 un drame en plusieurs actes se joue avec la polémique qui oppose les tenants d’une formation d’ingénieurs classique à ceux – universitaires – qui entendent lui proposer une alternative. Hier 10 avril la Cdefi (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) lançait une proposition qui pourrait permettre d’enterrer la hache de guerre. Retour sur une pièce en plusieurs actes.

Une vue des bâtiments remis à neuf de l'UPMC, fer de lance des nouveaux masters en ingénierie.

Acte 1 : L’Aeres attaque. En proposant mi-décembre 2010 de créer des « masters en ingénierie » déconnectés des formations habilitées par la CTI (Commission des titres d’ingénieur), l’Aeres avait provoqué une belle polémique. Face à elle CTI et CDEFI avaient fait front commun pour rejeter l’idée, notamment en estimant que l’Aeres était sortie de son rôle d’« évaluateur ». Et la ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, Valérie Pécresse, les avait d’ailleurs rassurées en disant qu’elle ne voyait pas « l’opportunité de créer un nouveau label qui risquerait de déstabiliser un système qui fonctionne ».

Acte 2 : l’université entre sur le ring. Tout semblait rentré dans l’ordre quand, en février 2011, le président de l’université parisienne Pierre et Marie Curie (UPMC) de l’époque, Jean-Jacques Pomerol, relançait le débat dans un communiqué intitulé « Pourquoi il faut diversifier les formations d’ingénieur ». Et d’asséner : « Une fois nos futurs ingénieurs recrutés sur la base des mathématiques, ils intègrent une école où, après une première année assez généraliste, ils disposent de très peu de temps pour approfondir les bases scientifiques et techniques de leur future expertise. En fait, pour la plupart ils abandonnent les exigences scientifiques (ils sont sûrs de sortir avec le diplôme) et perdent tout contact avec la recherche. On peut dire que pour des jeunes en pleine force intellectuelle ces trois ans sont fort mal employés ».

Acte 3 : de nouveaux masters en ingénierie. Un certain nombre d’universités lancent à la rentrée prochaine des « masters en ingénierie » – à la différence du terme « ingénieurs », protégé par la CTI, le terme « ingénierie » est libre d’être employé par tous – dans le cadre du réseau Figure (Formation à l’ingénierie par des universités de recherche). L’objectif : en proposant des formations en 5 ans après le bac plus attrayantes que les licences et masters de sciences classiques, recruter étudiants que le terme ingénierie séduit. « Notre vivier, ce sont les cohortes de bons étudiants scientifiques qui s’inscrivent sans grande conviction en médecine, sport ou psycho, et y échouent », expliquait ainsi, le 5 avril dernier, Yves Bertrand, président du réseau Figure, dans un entretien à Educpros.

Retenu dans le cadre des appels à projet Idefi (initiatives d’excellence en formations innovantes), le réseau Figure entre ainsi en compétition avec des écoles d’ingénieurs qui ont-elles mêmes parfois du mal à recruter. Même si Yves Bertrand, dans le même entretien, se défend de toute concurrence : « Notre objectif est de former des étudiants qui pourront occuper des postes non pas d’ingénieurs généralistes, mais d’ingénieurs spécialistes, l’accent étant vraiment mis sur l’expertise scientifique. (…)  Il ne s’agit pas de concurrence déloyale, dans la mesure où les entreprises ont besoin de ces deux types de profils ». Certes mais les écoles d’ingénieurs sont loin de ne former que des ingénieurs généralistes…

Acte 4 : la Cdefi propose un compromis. Dirigée par un président, Christian Lerminiaux, qui dirige également un établissement universitaire, l’Université de technologie de Troyes, la Cdefi se devait de trouver un compromis. Elle se dit donc aujourd’hui prête à travailler en partenariat avec la Conférence des présidents d’universités (CPU) sur le développement de nouvelles formations de master « sous réserve qu’elles renforcent le dispositif existant et qu’elles interviennent en complémentarité avec les diplômes actuels et en particulier avec le diplôme d’ingénieurs ». Et la Cdefi d’encourager le développement de nouvelles formations selon un « référentiel clairement distinct de celui de la Commission des titres d’ingénieur » qui doivent pouvoir être « le lieu d’expression de partenariats étroits entre écoles d’ingénieurs et universités ».

Difficile de dire à ce stade comment les universités répondront. Mais c’est surtout au ministère de l’enseignement supérieur que semble s’adresser la Cdefi en lui demandant de « clarifier sa position sur ce projet afin que le choix des jeunes de s’orienter vers le métier d’ingénieur se fasse en toute transparence ». A suivre…

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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