ECOLE D’INGÉNIEURS, ECOLES DE MANAGEMENT, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Enseigner aujourd’hui: l’approche par compétences a le vent en poupe

Les étudiants actuels ne sont pas des étudiants comme les autres. Élevés avec l’Internet, ils vivent dans un monde différent. Pourquoi apprendre par cœur quand tout est disponible sur la Toile ? Pourquoi s’efforcer à une orthographe parfaite quand il existe des correcteurs orthographiques ? Et pourquoi tant de feuilles et de stylos quand leur propre intérieur est envahie par les PC et les tablettes ? Autant de questions qui interpellent les enseignants dès le primaire mais encore plus dans l’enseignement supérieur.

Comme la plupart des écoles d’ingénieurs, l’Ensimag travaille sur l’approche par compétences (Photo Ensimag / A. Chezière)

Une nouvelle façon d’enseigner

L’enseignant a aujourd’hui face à lui des élèves de moins en moins passifs. Équipés de PC ou de Mac, ils se dépêchent de regarder le cours qu’on entend leur asséner et piègent parfois leur professeur quand ils en savent plus que lui ou lui rappellent qu’il a émis une opinion contraire deux ans plus tôt ! Les professeurs sont donc appelés à passer d’une logique d’enseignement à une logique d’apprentissage. Plutôt que de distiller un savoir prémâché, ils doivent devenir des médiateurs capables de donner aux élèves les compétences nécessaires pour faire le tri et organiser la multitude d’informations accessibles sur le web. « Au lieu de lutter contre les nouveaux comportements et les difficultés liées à l’omniprésence de l’accès aux technologies (notamment en cours…), efforçons nous d’en faire des ressources au service de nouvelles manières d’apprendre dont nous serons les guides », explique ainsi Philippe Volle, directeur général du groupe ESIEA (1), qui insiste encore : « L’enjeu majeur n’est plus de transmettre le savoir, mais de créer pour nos élèves les situations leur permettant d’apprendre, en leur apportant l’accompagnement dont ils ont besoin ».
Les systèmes qu’expérimentent notamment aujourd’hui les école d’ingénieurs sont fondés sur l’approche par « compétences ». Le « socle commun», adopté depuis 2006 dans les collèges pour définir ce que les élèves doivent impérativement savoir, parle lui aussi de connaissances mais aussi de compétences. Savoir analyser, synthétiser, est primordial dans le nouveau monde qui se construit. Et c’est bien d’ailleurs ce que l’institution internationale de référence qu’est l’OCDE évalue lorsqu’elle parle de « compréhension de l’écrit » dans ses études PISA. Un domaine où les jeunes Français n’excellent d’ailleurs pas tant on les a habitués à écouter sans développer l’esprit critique.

Un nouveau type d’élèves

« En trois ans, nous avons vu arriver un nouveau type d’élèves, à la fois beaucoup plus créatifs et moins synthétiques », confie de son côté Bruno Neil, directeur général de l’EBS, une école de commerce parisienne post-bac : « Nous adaptons notre enseignement pour leur proposer de plus en plus de jeux de synthèse et de projets en groupes plutôt que de simples cours. Le prof devient un coach qui les accompagne tout au long de leur parcours et les incite à être de plus en plus participatifs. Et c’est ce qu’ils demandent ! »
Il faut que le corps professoral suive et il est encore compliqué d’imposer ces nouvelles méthodes dans des écoles habituées à travailler sur des modes très hiérarchiques, où le professeur est seul maître du savoir, dans le secondaire comme dans le supérieur. L’Insa Lyon va ainsi proposer aux enseignants de prendre des cours de pédagogie pour adapter la pédagogie aux élèves.
Le mot qui fâche est lâché : s’adapter aux élèves. Bernard Belletante, président du chapitre des écoles de management au sein de la Conférence des grandes écoles et directeur général du groupe Euromed à Marseille, le souligne : « Il faut une vraie révolution de la relation entre l’élève et l’enseignant, qu’on peut alors appeler coach. Les élèves n’ont plus besoin de rendez-vous réguliers avec leurs professeurs mais à la demande et en fonction de leur besoins ».
Encore faut-il que l’intendance suivre et que tous les professeurs aient leur bureau, à l’image de ce qui se pratique sur les campus anglo-saxons, où la disponibilité des professeurs fait partie de leur image de marque. Comme le souligne encore Philippe Volle, ces nouvelles manières d’apprendre ne s’imposeront pas sans difficultés, notamment en raison d’une « tension entre ces approches et les valeurs traditionnelles des enseignants, notamment en termes de valorisation du savoir théorique et d’évaluation ». A suivre…

Olivier Rollot

(1) Dans « Grand Angle » n°28 (avril 2012) la lettre d’information de la Conférence des Grandes écoles (CGE) 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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