UNIVERSITES

«Je crois à une université très ouverte et en mouvement perpétuel»: Stéphane Braconnier, président de l’université Paris 2 Panthéon-Assas

Stéphane Braconnier dirige depuis la fin 2020 l’université emblématique de l’enseignement du droit qu’est Paris 2 Panthéon-Assas. Alors que les étudiants reprennent peu à peu le chemin des amphis il trace avec nous le portrait de son université et de ses lignes d’avenir.

Olivier Rollot : Vous êtes président de l’université Paris 2 Panthéon-Assas depuis le 1er décembre 2020. C’est d’actualité avec la création de « sociétés de mission », même s’il ne s’agit évidemment pas de comparer entreprises et université. Comment définiriez-vous la « mission » de l’université Paris 2 Panthéon-Assas ?

Stéphane Braconnier : Très classiquement : former des jeunes professionnels à des métiers qui correspondent aux attentes du monde du travail et faire progresser la connaissance. L’idée de progrès, de mouvement, de dynamique de formation pour des jeunes qui s’insèrent facilement en s’adaptant en permanence est en effet au cœur de notre mission. Loin d’une vision statique et endogène je crois à une université très ouverte et en mouvement perpétuel.

Notre recherche est d’ailleurs ancrée dans l’idée de ce progrès qui est une mission de l’université en général. Pour Paris 2 c’est essentiellement dans le domaine juridique, qui regroupe 14 000 de nos 18 000 étudiants, mais aussi en science politique, en gestion et en sciences de l’information, autant de domaines convergents avec le droit avec les mêmes modes de raisonnement.

O. R : Comment Paris 2 est-elle organisée entre ses différents centres ?

S. B : La très grande majorité de nos étudiants sont rue d’Assas. Nous avons décidé de regrouper tous nos étudiants de première année dans un autre centre, rue de Vaugirard, afin de faciliter la transition entre le lycée et l’université, leur éviter de se sentir noyés dans une très grande université. A partir de la deuxième année nos étudiants sont rue d’Assas puis une partie des étudiants de masters 2 suivent leurs cours au Panthéon.

O. R : Rue d’Assas votre grand amphithéâtre est ses 1 800 places est particulièrement impressionnant !

S. B : Mais est-ce qu’il correspond encore à nos besoins aujourd’hui et, plus encore, à la conception que l’on doit se faire de l’Université ? Certes, il est parfois utile mais nous avons, aujourd’hui, plus besoin d’amphithéâtres de 250 à 300 places. C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons divisé nos promotions de première année en trois de 500 étudiants chacune.

O. R : Un peu plus d’un an après le déclenchement de la pandémie quel bilan en tirez-vous pour votre université ?

S. B : Je n’étais encore « que » professeur il y a an. Ce que j’en retiens aujourd’hui c’est d’abord que nous avons subi, dans un premier temps, les changements de pied continus de l’Etat. A la rentrée 2021 nous avons d’abord pu donner des cours à 100% en présentiel, avant que l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France n’estime, à tort, que les universités étaient des lieux de contamination. Cela a conduit le gouvernement à nous faire,passer en demi-jauge puis en 100% distanciel.. Ces changements continuels n’ont cessé qu’à la fin du mois de janvier. Ce que nous demandons c’est de la stabilité.

Alors que nos cours s’achèvent, nous avons pu finir avec une journée de cours par semaine selon un protocole fixé par chaque président d’université. Cette latitude donnée aux présidents d’université, qui peuvent ainsi adapter les protocoles à leur locaux et à leurs besoins, est une différence majeure avec le début de l’année universitaire. Cette évolution a, je crois, ététrès appréciée.

O. R : Pour vos examens vous privilégiez le distanciel ?

S. B : Les cours comme les examens se déroulent, en temps normal, en présence des étudiants. C’est le mode conventionnel d’enseignement et d’évaluation des étudiants. Nous avons donc privilégié, dans le strict respect des prescriptions gouvernementales, le retour des étudiants à l’université, autant que nous le pouvions. Pour les cours, les TD et bien évidemment les examens qui, en mai et juin, se déroulent, pour les unités fondamentales, en présence des étudiants.

O. R : Comment Paris 2 a-t-elle pris le virage du distanciel ?

S. B : Tous nos amphis sont aujourd’hui équipés pour donner des cours hybrides avec un replay possible. Ce à quoi tous nos professeurs ont adhéré. C’est plus compliqué pour les TD faute de bande passante suffisante et en l’absence d’équipement de nos salles.

Notre autre souci a été qu’une partie des étudiants n’a pas souhaité revenir en cours tout de suite, début février, quand nous l’avons rendu possible assez largement. Nos professeurs, qui ont tout de suite accepté de revenir, se sont donc retrouvés à donner des cours devant des effectifs très réduits, parfois cinq ou dix étudiants. Mais nous avons tenus, maintenu cette présence et les étudiants sont revenus progressivement. La vie de l’Université a repris, même à un rythme plus lent.

O. R : Peut-on parler de génération sacrifiée pour les étudiants cette année ?

S. B : Je pense que même s’ils ont subi cette période et si, pour certains d’entre eux, la situation a été très dure, les étudiants sortent, collectivement, grandis de cette épreuve. Mais il a fallu les accompagner à leur retour en février et il faudra sans doute encore le faire en septembre. Je ne voulais pas, en tout cas, que la reprise se déroule comme s’il ne s’était rien passé. Nous avons donc organisé du tutorat, des ateliers bien être, créé un numéro vert de soutien aux étudiants et apporté également notre soutien aux associations pour qu’elles mènent des actions en faveur des étudiants. Le sport a repris très vite.

O. R : Comment envisagez-vous votre organisation pour la rentrée 2021 ?

S. B : Notre seule certitude c’est l’inconnue. Il est encore difficile de savoir si tous les cours pourront être données en présentiel. Nous ferons en sorte que tous les TD se fassent en présentiel.

L’option est simple : soit nous faisons le choix de délivrer tous les cours en présentiel, en fermant ensuite s’il le faut, soit nous adoptons un 80% ou même 50% en présentiel pour démarrer l’année en espérant passer au 100% présentiel mi-octobre. Nous essayerons en tout cas de donner des cours en présentiel à tous les étudiants de première année, ceux pour lesquels le recours au distanciel est le plus préjudiciable.

O. R : Paris 2 a été la première université à créer un collège de droit en 2008. C’est un succès mais doit-il évoluer ?

S. B : Notre collège de droit est ouvert à tous les bacheliers titulaires d’une mention très bien. L’entrée se fait dès le début de la première année mais est également possible en deuxième année. A la fin de la troisième année, les étudiants intègrent l’Ecole de droit. Cela nous a permis de créer une filière d’excellence universitaire qui propose à ses étudiants de de suivre des enseignements venant s’ajouter au programme général de la licence.

Nous sommes arrivés aujourd’hui à un point où nous pourrions faire évoluer l’organisation du collège en l’articulant mieux avec les autres filières.

O. R : Le bac évolue cette année avec, pour la première fois, l’apparition des spécialités et la suppression des filières. Allez-vous privilégier certaines spécialités en regardant les dossiers des candidats ?

S. B : Le système n’est pas assez mûr pour privilégier, et a fortiori exiger telle ou telle spécialité. Mais il n’est pas non plus absurde de considérer, par exemple, qu’avoir choisi la spécialité Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) est utile pour postuler en licence de géographie…

Nous pourrions pour notre part favoriser les bacheliers ayant choisi l’option Droit et grands enjeux du monde contemporain (DGEMC). Il montre d’ailleurs la voie à ce qui pourrait être un enseignement de spécialité en droit que nous appelons de nos vœux.

La principale difficulté du droit c’est d’être la seule grande discipline à n’avoir jamais été étudiée avant le bac. Il y a donc souvent un écart chez nos étudiants entre leur perception de la discipline au moment où ils arrivent à l’Université et la réalité de ce qui leur est enseigné ensuite.

O. R : On ne le sait pas forcément mais Paris 2 est installée à Singapour depuis 2012. Vous avez dirigé cette implantation. Pourquoi Singapour ?

S. B : LÉcole internationale de droit / Sorbonne-Assas International Law School a été créée en 2011 et a ouvert en 2012. Elle est le fruit de la rencontre de deux idées. Celle du gouvernement de Singapour qui était à la recherche d’une université continentale non anglo-saxonne pour enseigner le droit civil, et pas seulement le droit anglo-saxon comme jusque-là. Parallèlement nous travaillions sur un projet d’implantation internationale avec le président de l’époque, Louis Vogel. Nous avons tout de suite considéré que nous implanter à Singapour était une bonne option avec son ouverture sur le monde. Le Gouvernement de Singapour nous a d’ailleurs beaucoup soutenus.

Nous recevons là-bas des étudiants du monde entier qui viennent surtout apprendre le droit international des affaires pour commercer avec l’Europe. Il y a une vraie appétence des milieux d’affaires pour l’apprentissage de modèles juridiques différents, notamment le modèle civiliste.

O. R : Paris 2 possède-t-elle d’autres campus internationaux ?

S. B : Nous nous sommes également implantés à l’île Maurice en 2016. Nous y délivrons une licence complète à des étudiants mauriciens. A Dubai enfin nous délivrons un bachelor et un LLM. Développer ces antennes est très important pour nous, même si le droit ne s’exporte pas très facilement. Mais dans un contexte de mondialisation c’est absolument indispensable sur le plan du rayonnement et très vertueux sur le plan académique

O. R : Proposez-vous également des doubles diplômes avec des universités étrangères ?

S. B : Oui avec le King’s College à Londes, la Sapienza à Rome ou encore Humboldt à Berlin. Monter des partenariats aux Etats-Unis est compliqué parce que cela suppose de faire venir le même nombre d’étudiants américains en France que nous en envoyons là-bas. Ce qui exige de délivrer un enseignement en anglais. A la rentrée 2021 nous délivrerons d’ailleurs, ce qui est une innovation, une dizaine de cours en anglais à nos étudiants internationaux, mais aussi aux étudiants français volontaires, pendant les trois premières années de licence.

Nous devons recevoir de plus en plus d’étudiants internationaux. Nous sommes déjà en progression mais nous restons en deçà de la moyenne nationale et internationale.

O. R : Une question plus politique. Où en est Paris 2 dans ses alliances universitaires ?

S. B : Nous sommes toujours assez isolés et cela nous fragilise sur le plan institutionnel. Notamment parce que les appels d’offres que lance le gouvernement sont réservés aux universités expérimentales ou fusionnées. Nous voudrions donc créer un établissement public expérimental avant la fin de l’année 2021. Pour cela nous travaillons avec des partenaires fiables et solides. Mais nous sommes toujours hostiles à toute idée de fusion.

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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