ECOLE D’INGÉNIEURS, ECOLES DE MANAGEMENT

La Conférence des Grandes écoles fête ses 50 ans : quel modèle pour les 50 ans à venir ?

Le Président de la CGE, Laurent Champaney, accueille Sylvie Retailleau et Stanislas Guerini à la soirée anniversaire des cinquante ans de la CGE.

« Nous allons lancer un appel à projet auprès de nos écoles pour définir ce que sera la Grande école du futur », « Nous devons définir une feuille route sur les grandes actions à venir pour être plus impactants. » En ouverture de leur congrès anniversaire qui s’est tenu lundi 13 et mardi 14 au sein de la Cité internationale universitaire de Paris, Tamyn Abdessemed, commissaire chargé de l’organisation des événements des 50 ans de la Conférence des Grandes écoles (CGE), et Laurent Champaney, le président de la CGE, définissent ainsi les grands sujets que va traiter la conférence en cette année historique pour elle. « Les Grande écoles sont le creuset de l’excellence pour former les cadres de demain. Elles portent la recherche et l’innovation sans sacrifier une vision de long terme et plus fondamentale », est venue leur exprimer Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et la Recherche.

Créée en 1973. Le 16 mai 1973 onze Grandes écoles d’ingénieurs et HEC se réunissent aux Arts et Métiers pour créer la Conférence des Grandes écoles. 50 ans après elles sont 235 et la CGE a peu à peu étendu ses missions. Elle accrédite des diplômes (les mastères spécialisés depuis 1983, les MSc depuis 2002), publie des études (insertion professionnelle depuis 1993, livres blancs depuis 2010), des chartes (développement durable dès 2003) et fait de plus en plus de lobbying parlementaire. « Malgré nos efforts de la perception des Grandes écoles reste floue. On entend encore souvent l’impression que les Grandes écoles ont pour but de gagner de l’argent et nous devons expliquer que nous avons toutes une mission de service public, surtout aux nouveaux parlementaires », regrette Laurent Champaney.

C’est au sein de la Cité universitaire internationale de Paris que la CGE a organisé son congrès anniversaire.

Ls es lundi 13 et mardi 14 mars le congrès-anniversaire a permis de dégager de grands axes qui vont être précisés le 16 mai, pour la journée anniversaire des 50 ans de la Conférence des Grandes écoles (CGE), et surtout le 13 octobre pour les Assises du Cinquantenaire des 50 ans de la Conférence des Grandes écoles (CGE). Ces assises seront « l’occasion de faire la synthèse des débats, des déclarations d’engagement et des contributions des parties prenantes et poser le cadre d’une feuille de route pour les prochaines années ».

Une mission de service public. Alors que la Dgesip mène une mission sur l’enseignement supérieur lucratif, Laurent Champaney rappelle une fois de plus que « les deux tiers des Grandes écoles sont publiques et que les autres ont des missions de service public ou de contribution au service public ». Et d’insister : « Des écoles lucratives font un excellent travail !». Il souhaiterait d’ailleurs que le statut d’établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général (EESPIG) soit « étendu à plus d’écoles car il est trop restrictif aujourd’hui ».

A la question de plus en plus controversée de la location des titres RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) par les écoles, le président de la CGE prend une position différente de celle de la présidente de la Cdefm et vice-présidente de la CGE, Alice Guilhon. Si celle-ci s’y déclarait fermement opposée la semaine dernière, Laurent Champaney n’est « pas gêné tant que la qualité est garantie ». Une qualité que pourrait garantir demain la CGE ? : « Nous savons évaluer ! », distille Laurent Champaney.

Excellence et diversité ! S’il est un adjectif sur lequel s‘accordent tous les intervenants pour définir ce qu’est une Grande école c’est « excellence » : « Mais une excellence ouverte au plus grand nombre pour accompagner tous ceux qui sont méritants », souligne Laurent Champaney. « Comment repenser un modèle d’enseignement supérieur qui puisse répondre aux besoins des entreprises tout en donnant à tous les talents le potentiel d’y accéder ? », renchérit Sannaa Nahla, la responsable des relations académiques du groupe Engie, qui recrute aujourd’hui 10% de ses recrues en apprentissage. Un défi qui passe, selon la vice-présidente accès aux Grande écoles de la CGE et directrice générale de Neoma, Delphine Manceau, par une plus grande diversité de genres – « Très peu de jeunes filles se forment aux métiers de la tech et cela me gêne que les femmes ne soient pas au centre de ces évolutions demain » – de diversité sociale mais aussi une attention particulière donnée à l’expérience étudiante.

Mais comment accroitre une diversité sociale jugée également unanimement insuffisante dans l’enseignement supérieur ? « Pourrait-on imaginer dans les concours des exercices qui permettent des mises en situation et montrent des compétences ? », s’interroge Anne-Sophie Barthez, la Dgesip. « Il faut réinterroger les voies de recrutement pour promouvoir de nouvelles compétence », corrobore Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille qui a participé à une évolution des épreuves du réseau des IEP dans ce sens mais a « rapidement constaté que les organismes de préparation s’emparaient des épreuves que nous jugions impréparables ».

Président de l’APLCPGE (Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires aux grandes écoles) et proviseur de Louis-Le-Grand, Joël Bianco voit lui dans le succès des classes préparatoires littéraires, la stagnation des classe préparatoires scientifiques et le déclin des classes préparatoires ECG un lien avec leur intérêt pour les étudiants boursiers : « On comprend parfaitement le continuum entre les classes préparatoires littéraires et la suite des études de leurs élèves, assez bien dans les scientifiques mais le lien est trop ténu en ECG et cela nuit à l’intérêt des boursiers qui veulent comprendre l’intérêt de leurs études au-delà de la préparation d’un concours ».

  • Anne-Sophie Barthez milite également pour la création de « filières hybrides dans la ligne du nouveau bac ».

Excellence dans la recherche. « Il faut concilier le temps long dans la recherche avec des défis environnementaux et sociétaux qui appellent des réponses très rapide », rappelle Philippe Veron, le président du réseau des Instituts Carnot. Avec la difficulté pour les écoles de conserver les excellents profils comme le note François Dellacherie, vice-président recherche de la CGE et directeur de Télécom SudParis, qui « pense à labelliser la gestion de ses chercheurs avec le Hcéres pour mieux le gérer ».

Une recherche qui a également un rôle crucial dans les écoles de management comme le souligne Delphine Manceau : « Nous soutenons une recherche d’excellence capable d’alimenter les débats sur les problématiques des entreprises et sur les enjeux de société, qu’ils soient actuels ou à venir ».

Le tout avec un équilibre pas toujours facile à trouver entre recherche et enseignement comme l’établit Laurent Champaney : « Nous avons également besoin d’enseignants moins académiques pour délivrer des cours en formation initiale mais aussi en apprentissage et en formation continue ».

Cinq débats ont ponctué les deux journées du congrès. Ici la table ronde consacrée aux modèles de développement.

Enseigner le développement durable. C’est une des priorités de la CGE depuis de longues années et son congrès lui a consacré un débat dans lequel Anne-Fleur Goll, ancienne étudiante de HEC remarquée alors pour ses positions et aujourd’hui consultante, continue à porter la parole des étudiants: « Il est impératif de nous former aux transitions. Demain les ingénieurs formés aux low tech seront les plus recherchés ». Sujet sur lequel abonde le directeur général de l’Institut Mines Télécom business school et président de la commission DD&RS de la CGE, Denis Guibard : « Il faut se filer aux low tech. Il faut ralentir ou périr! ».

Un Denis Guibard qui est bien conscient des oppositions qu’il peut rencontrer dans sa faculté : « Si mon professeur de finance ne veut pas enseigner la finance vert je ne peux pas l’y obliger. Il faut lui trouver une motivation ! » « Le temps académique est long, nous en sommes bien conscients, mais il faudrait par exemple déjà enseigner à tous le calcul des risques en prenant en compte les risques environnementaux », demande Anne-Fleur Goll.

Mais enseigner les transitions c’est aussi provoquer des tensions chez les étudiants. « Étant donné le caractère dramatique de la situation il est difficile d’éviter que nos étudiants aient envie de devenir des déserteurs. Ils nous demandent des solutions mais les politiques sont insuffisantes », s’inquiète la sociologue Dominique Meda qui a institué dans son université, Paris-Dauphine, les premiers cours consacrés aux transitions. Et justement Baptiste Perrissin-Fabert, directeur général de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) par intérim, a en projet « une sorte d’Ademe Academy qui pourrait proposer des formations, former les formateurs et même certifier des formations au développement durable ».

Et ces préoccupations sont-elles celles de toutes les jeunesses du monde ? Sur les questions environnementales comme sur les autres, Skema a voulu en savoir plus et lance un Observatoire mondial des jeunesses qui réunit 40 établissements dans le monde. « Nous avons déjà reçu 600 000 contributions que nous analysons pour publier un état des lieux à l’automne 2023 », promet la directrice générale de Skema et vice-présidente de la CGE, Alice Guilhon, qui insiste : « Nous mettons des enseignements sur le développement durable et les ESG mais nous devons également prendre garde à ne doit pas les préparer à vivre dans un monde qui n’est pas celui de l’entreprise ». « Ces jeunes diplômés que nous formons vont-ils trouver ensuite un métier si la société n’est pas encore prête », conclut Dominique Meda.

La table ronde réunissant les présidents successifs de la Conférence des Grandes écoles.

Bilan et perspectives… Les deux journées de débats se sont conclues par un débat entre quatre des cinq anciens présidents de la CGE encore en vie – Alain Cadix, Pierre Tapie, Philippe Jamet et Anne-Lucie Wack – accompagnés de l’actuel, Laurent Champaney. L’occasion pour eux de se remémorer leurs premiers souvenirs – Alain Cadix traversant le boulevard Saint-Michel pour aller de l’École des Mines rencontrer pour la première fois son homologue à la Conférence des présidents d’université, Philippe Jamet scotché de voir le temps que la ministre consacrait au président de l’Unef en le faisant attendre, Anne-Lucie Wack en pleine crise Covid… – et de tracer des perspectives comme le fait celle qui reste la seule présidente de la CGE, aujourd’hui directrice générale de l’Institut Agro : « Si j’étais actuellement à la tête de la Conférence, je mettrais les étudiants en première ligne à tous les niveaux. Plus ils seront parties prenantes, plus ils auront confiance et auront les bonnes clés, une fois diplômés, pour être des acteurs de la société. De plus, la parole des étudiants est beaucoup plus écoutée, surtout par leurs pairs ».

Une implication des étudiants que retient également Laurent Champaney, actuel président et candidat à sa succession, qui entend bien « mobiliser les étudiants sur les grand sujets » mais aussi « travailler sur les services que propose la CGE à ses membres, comme l’accréditation de diplômes pour mieux répondre à des enjeux économiques », renforcer la solidarité entre les écoles tout en permettant la coopération avec les universités. Un Laurent Champaney offensif qui insiste : « Nous ne réclamons pas forcément de l’argent au gouvernement pour avancer et former plus d’étudiants. Non, ce que nous voulons que le ministère nous lâche la bride et nous laisse innover, en particulier sur nos modèles économiques ».

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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