ECOLES DE MANAGEMENT, PROGRAMMES

« La transformation des enseignements de Neoma pour y intégrer toujours plus les enjeux climatiques et sociétaux est une question centrale »

Les transitions environnementales et sociétales sont devenues un sujet majeur dans l’enseignement des écoles de management. Chacune d’elles s’empare du sujet tout en travaillant à des normes communes. Des questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans lesquelles Neoma est particulièrement investie nous explique sa directrice générale, Delphine Manceau.

Olivier Rollot : On le sait, les transitions environnementales et sociétales occupent aujourd’hui une place centrale dans la réflexion des acteurs de l’enseignement supérieur. Comment cela se traduit-il dans les programmes de Neoma ?

Delphine Manceau : Ces sujets sont absolument essentiels. En tant qu’école, nous avons un rôle central à jouer mais ce rôle a changé. Alors que nous devions sensibiliser les étudiants il y a quelques années, les jeunes sont aujourd’hui très informés quand ils nous rejoignent, mais ils sont aussi parfois assez angoissés et se demandent ce qu’ils peuvent faire. Or, penser que tout est fichu à 20 ans et que « c’est trop tard pour agir », c’est vraiment terrible !

Notre rôle est désormais de leur donner confiance ainsi que les moyens d’agir, tout en renforçant leurs connaissances et en nous appuyant sur des savoirs scientifiques. C’est l’ambition de notre nouveau dispositif NEOMACT, bâti en lien avec les 17 objectifs de développement durables des Nations Unies. Ce dispositif met les étudiants dans l’action dès leur entrée à l’école, avec un parcours qui s’étale tout au long du cursus. C’est un parcours très riche qui va de la détermination de son propre éco-profil jusqu’à la certification « 2 TONNES », en passant par le suivi obligatoire de formations dans ce que l’on a appelé la NEOMACT Academy. Nous intégrons aussi des projets citoyens dans lesquels nos étudiants s’impliquent au sein d’associations d’intérêt général au niveau local, national ou international.

Enfin, nous avons aussi choisi de renforcer cette dimension dans la vie associative avec un nouveau statut obligatoire au sein de toutes les associations étudiantes : le « Référent TSE ». C’est un poste à responsabilité, au même titre que président, trésorier ou secrétaire général de l’association. Avec la mission de piloter la démarche TSE de son association étudiante et participer aux organes de gouvernance de l’école sur ces sujets de transformation sociétale et environnementale.

La transformation de nos enseignements pour y intégrer toujours davantage ces nouveaux enjeux climatiques et sociétaux est également une question centrale. Ici aussi, j’estime qu’en tant qu’école nous avons un rôle à jouer pour accompagner nos professeurs qui se sont fortement emparés des enjeux écologiques. C’est pourquoi nous avons déployé depuis la rentrée un dispositif de formation pluridisciplinaire de toute notre faculté aux enjeux de transition.  On y trouve notamment des masters classes animées par des professeurs référents mais aussi des ressources en e-learning, l’organisation d’ateliers, des mises en situation ou encore des événements dédiés. Dans ce domaine, nous croyons particulièrement aux vertus du partage entre pairs.

O. R : Avez-vous créé des programmes entièrement dédiés à la question ?

D. M : Oui, nous avons lancé en septembre 2023 un nouveau MSc in Sustainability Transformations. Avec ce cursus, nous formons de véritables chefs d’orchestre des transitions, capables d’impulser et d’accompagner le changement au cœur des organisations. Les obligations règlementaires des entreprises en matière de performance extra financière n’ont jamais été aussi fortes. Alors, elles ont besoin de s’appuyer sur des collaborateurs qui maitrisent la complexité de ces sujets, qui sont capables de créer les conditions du changement tout en sensibilisant les différentes fonctions. Et c’est ce type de profils que nous formons avec ce nouveau MSc.

O. R : Faites-vous passer à vos étudiants la Fresque du Climat ou des tests comme le Sulitest ou le tout nouveau TASK ?

D. M: Oui, nous proposons plusieurs initiatives dans ce sens. D’abord, avec la certification TASK que nous déployons dans notre MSc in Sustainability Transformations et dans notre MSc Analyse Financière Internationale. Certains de nos professeurs l’ont également suivie, cette fois pour identifier les terrains d’application les plus adéquats de cette certification dans les cours.

En parallèle, tous nos étudiants suivent l’atelier « 2 TONNES ». Nous allons même plus loin puisque certains M2 sont formés à devenir eux-mêmes animateurs d’ateliers « 2 TONNES », ce qui est souvent valorisé par les entreprises recruteuses. D’ailleurs, ils ont eu l’occasion de mettre à l’œuvre cette compétence dès la semaine « IMPACT NOW » fin janvier 2024, durant laquelle ils ont animé les ateliers « 2 TONNES » auprès des étudiants de 1ere année. Nous avons toujours défendu les vertus du Peer-Learning et souhaitons les mobiliser sur ces enjeux cruciaux.

En ce qui concerne les fresques, nous avons choisi pour le moment de nous concentrer dans nos cursus sur la Fresque de l’économie Circulaire, la Fresque de l’alimentation et la Fresque du numérique. La Fresque du climat a été également déployée mais plutôt en interne dans certains services. Bref, au-delà de nos étudiants et des professeurs, c’est bel et bien toute la communauté Neoma qui est mobilisée !

O. R : Comment vos étudiants réagissent-ils à ces sujets ? Remarquez-vous de l’éco-anxiété ?

D. M: La dernière consultation nationale étudiante (CNE) 2023 souligne que pour 62% des étudiants, l’écologie est le premier sujet d’inquiétude. Un constat auxquels les étudiants de Neoma n’échappent pas. C’est justement pour lutter contre cette éco-anxiété qu’il est essentiel de dépasser la sensibilisation et de leur donner les moyens de passer à l’action. Agir est le meilleur remède à l’anxiété, on sent qu’on peut changer les choses à son niveau !

Or, nos jeunes ont plus que jamais besoin d’avoir confiance dans leur capacité d’action et de transformation des entreprises et de la société. Avec des dispositifs terrain comme NEOMACT c’est que ce que nous recherchons : leur montrer concrètement, par l’expérience et par l’action, qu’ils peuvent avoir un impact, qu’ils ont la capacité de transformer les organisations et qu’ils peuvent pleinement faire partie de la solution.

O. R : Allez-vous les former aux futurs « rapports de durabilité » des entreprises qui seront obligatoires en 2025 ?

D. M : Naturellement, d’autant que cette nouvelle directive concernera plus de 50 000 entreprises à travers l’Europe. Nos futurs diplômés intègreront le marché de l’emploi au moment où ces rapports seront devenus obligatoires. Il est donc essentiel qu’ils en maitrisent les contours.

Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur l’expertise d’EY, partenaire de notre nouveau MSc. D’autant que le champ d’application de ces futurs rapports de durabilité se révèle large et complexe puisqu’il couvre à la fois la prise en compte stratégique des enjeux de durabilité, l’identification des impacts, des risques et des opportunités pour l’organisation ainsi que sa performance. C’est une chance pour nos étudiants de pouvoir bénéficier du regard de professionnels aguerris qui les accompagnent pendant leur formation.

O. R : La recherche est également un élément important dans la stratégie des écoles. Des chercheurs de Neoma se dédient-ils à ces questions ? Des chaires d’entreprise ?

D. M : Oui bien-sûr, la recherche réalisée reflète nos engagements. A titre d’indicateur, près de 40% de notre production de recherche porte actuellement sur ces sujets de transition.

Nous comptons dans nos pôles d’excellence de recherche pluridisciplinaires le pôle « The World We Want » qui regroupe plus de 50 professeurs. Il se structure autour des 17 objectifs de développement durable définis par les Nations Unies. Les recherches qui y sont produites analysent comment les entreprises et les organisations peuvent contribuer à bâtir une société plus respectueuse de l’environnement et plus inclusive.

Ce pôle abrite notre « Chaire Bioéconomie et Développement Soutenable », organe décodeur de la transition écologique. Depuis 2012, les chercheurs de cette chaire travaillent à l’identification de solutions face aux grandes problématiques que rencontrent les entreprises pour sortir de l’ère des ressources fossiles notamment. La Chaire est très reconnue et développe de très beaux projets de recherche valorisés par l’ANR, les instances européennes…

O. R : La question passe également par l’exemple. Neoma va bâtir bientôt un nouveau campus à Reims. Quel sera son imprégnation carbone ?

D. M : Sur ces sujets, il est indispensable qu’une école soit exemplaire et fasse ce qu’elle prône. C’est pourquoi la prise en compte des enjeux de transitions a été au cœur de nos réflexions sur ce futur campus rémois. Cela passe par de nombreux aspects comme faire systématiquement le choix de matériaux de construction durables, veiller à laisser une place centrale aux surfaces végétalisées, penser les infrastructures sous l’angle de la sobriété énergétique. Ce sera un campus de référence sur le plan environnemental, avec des labels internationaux reconnus comme LEED, WELL et E+C.

O. R : Plus largement Neoma calcule-t-elle son impact carbone ? Jusqu’au scope 3 ?

D. M : Oui, nous l’avions déjà calculé en 2021 (mais en se basant sur l’année avant Covid), en intégrant les scopes 1, 2 et 3 qui mesurent nos émissions directes mais également indirectes. Et nous nous apprêtons à nous relancer dans cette démarche en janvier, cette fois encore sur les trois scopes, pour mesurer le chemin parcours en quelques années.

Aujourd’hui, en veillant notamment à nos pratiques de déplacement et à nos usages énergétiques, nous affichons une trajectoire positive de réduction des émissions de 5% par an, ce qui est encourageant.

O. R : Les déplacements internationaux des étudiants comme des professeurs ont un impact carbone important. Comment les gérez-vous ?

D. M : Nous restons très attachés à la mobilité internationale de nos étudiants car elle représente une expérience centrale dans leur parcours étudiant, résolument transformante sur la compréhension d’autres cultures et de l’altérité, et dont les bénéfices leur serviront tout au long de leur vie. Mais je parle ici de mobilité de longue durée, de plusieurs mois. Nous raisonnons « carbone utile vs carbone futile », en évitant les déplacements à l’autre bout du monde pour une semaine.

En parallèle, nous avons choisi aussi de développer notre portefeuille de destinations d’échange en Europe pour permettre à nos étudiants d’opter pour une mobilité plus douce s’ils le souhaitent. On le sait tous, ils sont de plus en plus sensibles à ces questions et veulent faire des choix éclairés. Alors pour les accompagner en toute transparence, nous veillons également à indiquer sur chaque proposition d’échange l’impact carbone associé.

Previous ArticleNext Article
Avatar photo
Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend