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L’avenir de l’enseignement ne sera ni distanciel ni présentiel : il sera hybride

L’enseignement c’est le contraire du whisky : le blended, l’hybridation présentiel/distanciel,  s’y impose comme la meilleure solution. Parce que le monde post Covid que tout le monde attend ne sera le monde pré Covid. Parce que les entreprises changent et s’hybrident à tout va et que les jeunes diplômés doivent y être préparés. « Dès la fin du premier confinement, nous avons réfléchi à la mise au point d’une pédagogie hybride permettant de réaliser en même temps les cours en face à face avec 50% des étudiants et les cours en distanciel avec les autres étudiants. Nous avons alors rapidement investi (un million d’euros !) dans du matériel permettant de réaliser cela. Nous pouvons donc dorénavant basculer facilement d’un mode à l’autre », explique Patrice Houdayer, le vice-dean de Skema

Dans son Livre Blanc « Éducation et numérique Défis et enjeux », l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) fait le point sur la pédagogie à l’ère numérique que les initiatives se multiplient pour inventer un enseignement supérieur d’un nouveau genre, à l’hybridation. Car attention l’enseignement à distance « obligatoire » tel qu’il est pratiqué aujourd’hui risque d’en détourner plus d’uns à l’avenir. C’est ce qu’on lit dans Le Monde (Après des semaines de cours à distance, la solitude et la frustration des enseignants-chercheurs) et dans le Tiles Higher Education (Canadian faculty describe despair from online teaching par exemple). D’autant que l’accès à l’Internet est tout sauf égal pour tous comme le souligne la Conférence des présidents d’université (CPU) en demandant Décrochage étudiant : un geste fort est attendu de la part des fournisseurs d’accès à internet.

Pris de court. C’est un constat unanime : face à la pandémie la plupart des acteurs de l’éducation ont été pris de court. Comment le notent les chercheurs de l’Inria dans leur Livre Blanc « Éducation et numérique Défis et enjeux », d’une part des outils « préconisés par les structures de formation se sont révélés inadaptés dans de nombreuses situations, d’autre part beaucoup d’enseignants ont plébiscité des plates-formes permettant de mettre à disposition des contenus, d’entretenir des échanges, voire de dispenser quelques cours ». C’est dans ce contexte qu’un outil comme Discord est devenu populaire dans la vie professionnelle.

Les experts de l’Inria soulignent donc la « nécessité de développer des nouvelles collaborations entre les enseignants, les élèves et les parents pour soutenir l’apprentissage des élèves et fait apparaître le défi de penser les modalités de la formation tant synchrone qu’asynchrone ». Mais la nécessité d’un recours massif aux pratiques numériques a surtout « souligné le déficit de formation d’une partie du monde enseignant ». « L’apprentissage de la pensée informatique doit faire partie de la pensée humaine, au même titre que les arts ou la culture générale », demande l’un des auteurs de l’étude, Gérard Giraudon, qui rappelle qu’il s’agit de la « quatrième grande révolution de l’humanité après la pierre taillée, l’agriculture et et la machine à vapeur ».

Du côté des élèves l’une des difficultés a été de s’adapter et de jongler entre les approches très diverses de leurs enseignants : récupérer des consignes sur ProNote, passer de Skype à Discord pour suivre un cours, après être allé récupérer des fichiers pdf ou audio sur Moodle et avoir envoyé une évaluation par e-mail a « constitué un redoutable parcours du combattant ».

32 « Hyflex rooms » pour Grenoble EM (photo). En cours de déploiement sur ses campus français, les « Hyflex rooms » de GEM permettent de dispenser un cours à des publics à distance et en présentiel en simultané. En janvier 2021, GEM en comptera 32 (20 sur son campus de Grenoble Sémard, 5 à GEM Labs et 7 à GEM Paris) pour un investissement total de 1,2 million d’euros. Chacune des salles permet d’accueillir jusqu’à 40 places assises (plus deux salles de 120 places) et peut accepter jusqu’à 300 connexions simultanées soit une capacité totale théorique de plus de 10 000 places. « Les Hyflex rooms de GEM ont été conçues avec une approche pédagogique et non dans le cadre d’une démarche purement technologique, explique Armelle Godener, directrice de la pédagogie à Grenoble Ecole de Management. Au-delà d’améliorer les conditions de cours à distance, cette solution doit permettre à tous les publics présents et à distance de faire partie du même espace et de le ressentir. »

Un professeur en salle Hyflex peut dispenser son cours de manière « classique » en projetant un support de cours et en utilisant le tableau blanc. Il peut aussi utiliser les fonctionnalités plus avancées du tableau tactile interactif. Les étudiants avec lui dans la salle aussi bien que les étudiants à distance peuvent tout voir, tout entendre et interagir de la même façon entre eux et avec le professeur. Tous peuvent partager leurs propositions à l’oral avec le reste de la classe.

Le campus numérique de NEOMA. NEOMA a ouvert un quatrième campus, 100% numérique, développé en partenariat avec l’association Laval Virtual, experte des technologies immersives VR/AR. Ce nouveau campus numérique est conçu comme un environnement complémentaire aux espaces d’apprentissages existants. Les étudiants, via un avatar qu’ils personnalisent, évoluent dans ce nouvel espace comme s’ils étaient dans un véritable campus. Une fois connectés, ils accèdent au bâtiment virtuel pour suivre un cours, rejoindre un groupe de travail ou assister à une conférence. De son côté, le professeur accède aux outils de présentation pour afficher son cours et interagir avec tout ou partie de la classe. « Cette technologie immersive préfigure un nouveau mode de collaboration possible car tout y est réalisable comme dans la vraie vie, mais à distance », analyse Alain Goudey, directeur de la transformation digitale de NEOMA, qui indique : « On peut ouvrir une porte, lever la main, s’asseoir, applaudir et même jouer au foot sur un terrain de sport ! Autant de fonctionnalités fondées sur des gestes physiques du quotidien qui rendent l’expérience naturelle et agréable ».

En plus des programmes, l’écosystème de services de l’école, comme le Talent & Carrière, le Wellness Center, la bibliothèque et les incubateurs y sont aussi accessibles. Accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ce nouveau campus numérique accueille aussi des séminaires et des réunions. Il pourra également servir d’espace de travail collaboratif pour faciliter les échanges entre les membres de la communauté de NEOMA : étudiants, professeurs et collaborateurs.

Le 5ème campus de L’ESSEC. Fruit de 2 ans de réflexion et d’un investissement de 6 millions d’euros ce cinquième Campus a pour objectif de « proposer l’expérience ESSEC partout dans le monde et à n’importe quel moment ». Ainsi, le monde digital propose aussi bien les aspects de l’expérience académique (accompagnement personnalisé, apprentissage en mode projet, etc.) que les aspects de l’expérience extra-académique (interactions entre pairs, avec les professeurs, rituels, etc.).

Pour ce faire, la plateforme numérique propose des outils digitaux variés pour suivre les cours (vidéos, podcasts, script) et pour favoriser les interactions entre les participants et les professeurs (outil de chat Slack, webinars, visio-conférences, etc.). La création d’un lien entre les apprenants est la clé du projet : pour valoriser, inciter les échanges et l’engagement, un système de gamification a été mis en place en utilisant le logiciel Briq. Les participants reçoivent chaque jour des briqs qu’ils peuvent se donner entre pairs pour se remercier, se féliciter et peuvent in fine échanger leurs gains contre des lots.

Cette volonté de l’Essec en est une excellente illustration : l’enseignement à distance se doit d’être différent. Interactif. Ludique. Animé… Loin de la reconduction de l’identique des cours. C’est le défi que doivent maintenant relever les acteurs de l’enseignement supérieur.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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