UNIVERSITES

« Le CMI (Cursus Master en Ingénierie) est une formation au métier d’ingénieur à l’université »

Alors que son Cursus Master en Ingénierie (CMI) fête ses huit ans, le Réseau Figure® (Formation à l’InGénierie par des Universités de REcherche) vient de concevoir un référentiel de formation pour le lancement de Cursus Bachelor en Ingénierie (CBI) en septembre 2021. Le président du Réseau Figure®, Lamine Boubakar, revient avec nous sur la création de ce nouveau cursus comme sur les huit ans du CMI.

Lamine Boubakar

Olivier Rollot : Les CMI (Cursus Master en Ingénierie) fêtent leurs huit ans. Aujourd’hui ce sont 104 CMI qui sont organisés dans trente et une universités. Pouvez-vous nous rappeler dans quel esprit le CMI a été développé ?

Lamine Boubakar : À travers le CMI, le Réseau Figure® a souhaité développer des formations universitaires au métier d’ingénieur en 5 ans qui soient co-portées par des laboratoires de statut international dont les chercheurs participent à la formation tout au long du cursus.

Lorsqu’elle est appuyée par une recherche dynamique, visible et attractive, on reconnait à l’université le mérite de donner aux étudiants une formation haut niveau, à la pointe des connaissances scientifiques et des développements technologiques, et de développer chez eux des qualités distinctives d’une pratique de chercheur qui deviennent essentiel pour innover et conduire des changements. Parmi elles, la curiosité et la créativité, l’initiative et la prise de risque, l’écoute en même temps que le recul et la distance, la souplesse en même temps que la constance et la rigueur, la prise en compte d’autrui et des contextes et l’ouverture pluridisciplinaire.

Il s’agissait donc de conjuguer « savoir » et « faire » et de former autrement des cadres scientifiques et techniques afin qu’ils deviennent les moteurs de l’innovation, de l’activité économique et plus généralement de la société.

Le projet CMI-Figure® a été soutenu par l’État dans le cadre de l’appel à projets IDEFI (Initiatives d’excellences en formations innovantes).

O. R : Comment est construit le parcours en CMI ?

L. B : Le CMI est un cursus continu et cohérent en 5 ans, adossé à des parcours de licence-master renforcés (20% d’enseignement en plus). Il se caractérise par :

– un équilibre entre des enseignements disciplinaires et de spécialité (50%) d’une part, et des enseignements fondamentaux (20%), des compléments scientifiques (10%) et des enseignements permettant le développement de compétences organisationnelles, sociales, environnementales et culturelles (20%) d’autre part ;

– une pédagogie de l’expérience faisant appel à de nombreuses activités de mise en situation, des stages en laboratoires de recherche et en entreprises et au moins une période de mobilité internationale.

O. R : Comment les universités montent-elles les CMI ?

L. B : Lorsqu’une université a le projet d’organiser un CMI, l’accréditation intervient après deux évaluations consécutives. La première porte sur l’adéquation des moyens et des objectifs et sur la qualité du co-portage recherche ; elle conditionne la seconde qui porte sur le projet à proprement parler.

L’évaluation du projet est réalisée par un comité d’experts indépendants qui produit un rapport d’évaluation après une visite sur site. Le rapport est alors transmis au comité d’accréditation du Réseau Figure® qui rend une décision d’accréditation ou de refus, assortie d’un avis motivé et de recommandations éventuelles.

Précisons que toute nouvelle accréditation, donne lieu à une évaluation de suivi à mi-parcours dont l’objectif est de vérifier la mise en œuvre des références et lignes directrices du Réseau Figure® et guider les chevilles ouvrières de la formation dans une démarche d’amélioration continue induite par un référentiel d’évaluation de la qualité des programmes de formation.

Le Réseau Figure® a soumis volontairement son processus d’accréditation à une évaluation par le Hcéres (Haut Conseil pour l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur). Ce dernier a rendu en janvier 2020 une décision de conformité du processus d’accréditation du label CMI-Figure® pour les cinq prochaines années.

Le Hcéres a précisé dans son rapport que le processus d’évaluation proposé par le Réseau Figure® est « maîtrisé et garantit la qualité des cursus labellisés ». Il reconnait également que « le travail effectué participe à une meilleure compréhension de l’assurance qualité dans les formations universitaires et permet de professionnaliser les équipes dans ce domaine ».

O. R : Les CMI sont donc fondés sur l’expérience et la recherche ?

L. B : La marque de l’université est un enseignement appuyé sur la recherche, faisant des connaissances des outils vivants de compréhension et de transformation de la réalité. Pour cela, les étudiants sont tout au long de leur cursus mis en position d’être actifs dans le cadre de projets courts, de projets longs intégrateurs et de stages en laboratoires et en entreprises afin de consolider leurs acquis scientifiques et développer leurs capacités opérationnelles et leurs compétences relationnelles.

O. R : Tous les CMI sont-ils dans le domaine de l’ingénierie « classique » ?

L. B : À ce jour, les universités du Réseau Figure® organisent 104 CMI dont la plupart sont orientés biens et systèmes de production dans les secteurs du transport aérien et terrestre, du bâtiment, de l’agroalimentaire, de la cosmétique, du médicament, de l’énergie, de l’environnement, des réseaux et télécommunications, avec une ouverture récente aux services dans les secteurs de la banque et de la finance, de l’aménagement du territoire ou encore de l’édition numérique.

Le développement fulgurant des technologies du numérique a fait évoluer considérablement les ressources mises en œuvre dans la production de services. Le bouleversement de la « relation client » justifie désormais la formation d’ingénieurs possédant aussi bien l’intelligence de leur secteur d’activité que l’intelligence numérique et c’est précisément cette hybridation qui est recherchée par le référentiel CMI.

O. R : Quels profils d’étudiants recherchez-vous ?

L. B : Le CMI est un cursus sélectif, accessible depuis Parcoursup après examen d’un dossier de candidature et entretien de motivation. Il est également accessible en cours de cursus dans les mêmes conditions.

Après 8 ans d’expérience, la motivation reste une composante essentielle de la réussite des étudiants, car si le CMI est un cursus exigeant, il garde l’objectif de substituer à la hantise de l’examen le plaisir d’explorer et d’apprendre aussi de ses erreurs.

Dans tous les cas, l’étudiant CMI ne perd jamais le bénéficie des parcours de licence et master supports qu’il peut rejoindre à tout moment.

O. R : Mais comment vous différenciez-vous des écoles d’ingénieurs justement ?

L. B : Le CMI est une formation au métier d’ingénieur à l’université, inspirée des standards internationaux et démarquée des formations d’ingénieurs traditionnelles en France. Il s’agit d’une formation à petits effectifs (15 étudiants en moyenne pour permettre l’accueil au sein des laboratoires co-porteurs) qui ne débouche pas sur le titre d’ingénieur diplômé, mais sur les grades de licence et master et le label CMI-Figure®. Le CMI est également éligible à l’accréditation d’ingénieur européen EUR-ACE®.

O. R : Qu’attendez-vous du nouveau Cursus Bachelor en Ingénierie que vous lancez à la rentrée prochaine ?

L. B : À l’instar du CMI, le Cursus Bachelor en Ingénierie (CBI) du Réseau Figure® est une formation sélective, orientée aussi bien vers l’industrie que vers les services et qui a pour objectif de former des cadres intermédiaires créatifs et collaboratifs dont les compétences professionnelles et numériques sont renforcées.

Pour être à chaque fois une réponse adaptée aux besoins de l’entreprise, les liens avec elle devront être formalisés et organisés à toutes les étapes du processus qui va de la conception du programme à sa mise en œuvre, son évaluation et sa révision.

D’autre part, les modalités de validation des acquis qu’il s’agisse des acquis d’apprentissage visés par le programme ou des acquis de l’expérience doivent être conçues pour permettre au CBI de s’adresser aussi au public de formation continue. Une large ouverture à la formation continue dans les CBI constituera le gage d’une bonne adaptation des cursus aux besoins des entreprises comme à ceux des salariés.

O. R : Qu’est-ce qui va le distinguer des futurs bachelors universitaires de technologie que lancent les instituts universitaire de technologie ?

L. B : Le CBI est envisagé là encore comme une offre démarquée qui, si elle se caractérise par les acquis d’apprentissage visés qui constituent le cadre commun d’exigences, présente une large marge d’autonomie s’agissant des démarches permettant de les atteindre. Cette marge d’autonomie permet de rendre flexibles les rythmes d’acquisition, les contenus, les activités d’apprentissage, les méthodes et les moyens pédagogiques.

Le caractère modulaire de la formation doit permettre une accumulation progressive et une adaptation aux rythmes d’apprentissage et au temps de formation réellement disponible pour les publics de formation initiale comme pour les publics de formation continue. La modularisation et la capitalisation permettent enfin d’intégrer les périodes de formation en entreprise, en laboratoire et en plateformes technologiques comme les périodes de mobilité internationale.

L’accréditation par le Réseau Figure® tiendra compte de l’environnement dans lequel le projet s’intègre.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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