ECOLE D’INGÉNIEURS, ECOLES DE MANAGEMENT

« L’enseignement supérieur privé regroupera bientôt 20% des étudiants »

Principal groupe d’enseignement supérieur privé en France le Groupe Ionis compte plus de vingt écoles qui sont aussi bien d’ingénieurs et technologiques (Epita, ESME Sudria, Ipsa, Epitech, etc.), de management (ISG, Iseg, Moda Domani, etc.) ou encore d’art (e-art sup) qui reçoivent quelques 23 500 étudiants (27 000 étudiants pour l’ensemble des écoles et entités du groupe). Son PDG, Marc Sellam, son vice-président exécutif, Fabrice Bardèche, et son directeur général, Marc Drillech, font le point en cette année charnière pour l’orientation.

Marc Sellam

Olivier Rollot : Que pensez-vous du lancement de la nouvelle plateforme d’orientation Parcoursup qui concerne un grand nombre de vos formations, et tout particulièrement vos quatre écoles d’ingénieurs ?

Marc Sellam : Cela semble bien démarrer mais c’est encore trop tôt pour en parler. De toute façon nous saurons nous adapter. Ce que je peux en tout cas vous dire c’est que toutes les formations que nous voulons proposer sur Parcoursup y sont bien référencées.

Le gouvernement va-t-il obliger à terme toutes les formations à entrer sur Parcoursup ? Ce serait en tout cas une façon d’avoir une vision globale du système.

Olivier Rollot : Et quel regard jetez-vous sur la réforme annoncée du bac ?

Fabrice Bardèche : La place qu’on semble devoir y donner à l’oral est tout à fait positive. Une sélection qui s’effectue à 100% pour les forts en thèmes est incomplète. Quand nous avons lancé le concours de recrutement de nos écoles d’ingénieurs, Advance, nous avons souhaité qu’il débute par un oral pour que tous les candidats défendent leur chance avant de passer les écrits.

Olivier Rollot : Vous n’avez pas peur que cet oral soit discriminant socialement comme on l’entend ?

Fabrice Bardèche : Au contraire la pratique du dialogue est ce qui caractérise les zones de population en grande difficulté où on sait défendre son projet. A l’oral il suffit d’une idée qui accroche le jury pour faire redémarrer un élève.

Olivier Rollot : Depuis 20 ans l’enseignement supérieur privé a augmenté ses effectifs dans des proportions finalement assez proches de celles de l’enseignement supérieur public : 222 000 étudiants de plus d’un côté, 261 000 de l’autre. Comment expliquez-vous cette dynamique ?

Marc Drillech : L’enseignement supérieur privé regroupera bientôt 20% des étudiants contre déjà 18,5% aujourd’hui. Le système est propice à de nouvelles initiatives qui répondent aux besoins de nouvelles offres de formation. Et quand nous dispensons un diplôme au nom de l’État, nous répondons à une mission de service public.

Marc Sellam : Nos écoles d’ingénieurs répondent aux attendus fixés par la Commission des titres d’ingénieurs (CTI). Nous sélectionnons nos étudiants et nous l’affirmons.

Fabrice Bardèche

Olivier Rollot : Pour autant aucun de vos établissements n’est aujourd’hui un EESPIG (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général). Un label donné par l’État aux établissements répondant à un certain nombre de principes, dont celui d’être « non lucratifs ».

Fabrice Bardèche : Les EESPIG ne sont pas les parangons de vertu qu’on veut nous présenter. Ne pas être lucratif ne préjuge en rien d’un fonctionnement moral ou pédagogique. Il y a là une sorte d’ordre moral fort discutable.

Marc Sellam : Ce qui n’empêche pas que plusieurs de nos écoles, qui sont des associations à but non lucratif, soient « eespigables ». Être un groupe nous donne de la puissance au-delà de chaque école. Devenir un EESPIG justifie-t-il la perte de liberté qui en découle ? Nous restons prudents.

Marc Drillech : Au-delà du groupe nous travaillons avec tous les établissements qui amènent de la plus-value à nos étudiants, quel que soit leur statut. Bien sûr c’est une fierté pour les étudiants d’Epitech, ou d’e-artsup, d’avoir des accords avec HEC mais ce n’est pas exclusif.

Olivier Rollot : Depuis un an vous vous êtes lancés dans un développement international qui passe pour l’instant essentiellement par l’Europe. Quel premier bilan pouvez-vous en tirer ?

Marc Sellam : Nous nous sommes installés à Barcelone, à Berlin, à Bruxelles et à Genève avec des premières promotions qui comptent une dizaine d’étudiants.

Marc Drillech : Il faut savoir prendre son temps pour faire reconnaître qui nous sommes mais nous avons annoncé publiquement notre stratégie, nous l’appliquons en toute transparence.

Olivier Rollot : Mais comment pouvez-vous vous imposer à l’étranger où aucune de vos écoles n’a encore de renommée ?

Fabrice Bardèche : Parce que des formations de type alternatif, comme Epitech, n’y existent pas. Nous y apportons quelque chose de nouveau, de différent. Ce qui ne serait pas le cas si nous voulions y implanter nos écoles de commerce. A Barcelone, Berlin et Bruxelles nous allons conquérir l’écosystème des start up, des entreprises technologiques innovantes, et cela nous donnera peu à peu de la notoriété. C’est différent à Genève où nous allons d’abord nous appuyer sur nos formations dans le luxe avec l’ISG. C’est comme à New York où seule l’ISG est pour l’instant présente. Maintenant nous réfléchissons à d’autres pays plus « compliqués ».

Marc Sellam : Comme en 1999, quand nous avons fondé l’Epitech en France, nous apportons avant tout une promesse. Nous savons fonder. Avec nos 30 000 étudiants nous sommes le premier groupe d’enseignement supérieur français et cela se voit !

Marc Drillech

Olivier Rollot : Votre autre « frontière » est en ligne. Vous avez créé la plateforme de diffusion de contenus IonisX il y a deux ans. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?

Marc Sellam : C’est une priorité pour nous de réussir notre montée en puissance dans l’enseignement en ligne. Il y aujourd’hui une véritable dynamique pour la diffusion de contenu éducatif en ligne, notamment pour la formation tout au long de la vie (FTLV). En France comme à l’étranger.

Fabrice Bardèche : Sur IonisX nous avons 200 à 300 étudiants inscrits pour suivre des cours 100% en ligne. Mais aussi l’ensemble des étudiants de nos écoles d’ingénieurs qui en utilisent les cours dans une logique de classe inversée. C’est à dire que les notions qu’ils ont apprises en ligne sont ensuite commentées en cours avec leurs professeurs. En suivant ses cours à la maison pour réaliser ses TP à l’école l’évaluation des étudiants est meilleure.

Olivier Rollot : C’est un investissement important ?

Fabrice Bardèche : Environ 1 million d’euros par an. Mais ce n’est qu’une étape. Au début nous produisions des MOOCs généralistes puis nous avons développé des cours spécifiquement pour nos écoles. A terme nous aurons d’un côté « Ionis en ligne » et de l’autre IonisX. La formation en ligne est prioritaire mais le chemin n’est pas si simple car les technologies évoluent constamment.

Olivier Rollot : Vous allez également continuer à ouvrir de nouveaux campus et à étendre ceux existants en France ?

Marc Sellam : Cette année nous occupons 5000 m2 supplémentaires à Lyon, 2000 m2 à Strasbourg, en tout plus de 10 000 m2 en France qui s’ajoutent aux 5000 m2 que nous avons créés en Europe. Nous avons également su relancer l’école ICS Bégué qui compte aujourd’hui plus de 500 étudiants. La Web Academy a essaimé à Lyon et Strasbourg, de même que la Coding Academy.

Marc Drillech : Ces campus nous permettent d’initier une vraie vie entre les étudiants des différentes écoles. Nos « Project Weeks » réunissent jusqu’à 1000 étudiants d’un même site autour de projets communs et nous n’avons de cesse de mettre en pratique notre puissante conviction, l’importance pour demain d’une transversalité réelle, celle qui s’applique dans nos pédagogies au quotidien et sur nos campus, bien au-delà des déclarations d’intention.

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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