UNIVERSITES

Les universités expérimentales avancent… avec quelques à-coups

Une vue de l’université expérimentale Grenoble-Alpes

Après les PRES, après les Comue les universités expérimentales (ou établissements expérimentaux, EPE) ou Comue tout aussi expérimentales semblent résoudre la quadrature du cercle en permettant aux universités et aux Grande écoles – du moins d’ingénieurs – de cohabiter dans des structures suffisamment souples pour permettre à chacune de s’épanouir tout en conservant une certaine autonomie. Certes la semaine dernière l’Université expérimentale de Paris apprenait qu’elle allait devoir abandonner son nom. Une fâcheuse erreur juridique et de communication mais qui ne remet pas en cause le projet. Plus fâcheuse est la situation à Toulouse où plusieurs projets concurrents se heurtent avec d’un côté une Comue expérimentale, de l’autre un EPE. A Paris enfin une toute nouvelle université nait autour d’une université Paris 2 Panthéon-Assas jusqu’ici réticente à toute alliance. Déjà certains EPE sortent en tout cas de la période d’expérimentation – qui pouvait durer de deux à six ans jusqu’en 2018 – telle PSL qui a demandé à ne plus être dans cette période après seulement deux ans. On attend maintenant que le MESRI publie un rapport présentant un premier bilan des expérimentations comme c’était inscrit dans la LOI n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance.

Ces projets répondent à la nécessité d’exister tant au niveau français – notamment pour répondre aux appels à projets réservés aux universités fusionnées ou expérimentales – qu’international. Christian Gollier analyse ainsi la situation : « Aujourd’hui, il faut bien comprendre que Toulouse est déclassée, Toulouse ne fait pas partie des villes labélisées qui vont devenir de grandes universités de recherche. Le risque, c’est que Toulouse devienne une petite ville de province en ce qui concerne l’académique et la recherche alors qu’elle est la deuxième ville de France en termes de productivité scientifique après Paris ». Rappelons qu’en 2018 l’université de Toulouse n’avait pas été à même de convaincre le jury des Idex de lui rendre le label qu’elle avait perdu en 2016. A l’époque le MESRI avait ainsi expliqué sa décision : « Le jury a pris acte des avancées réalisées par les porteurs du projet de Toulouse dans un contexte difficile, de leur volonté de construire une université reconnue comme telle à l’international et de l’émergence d’une nouvelle dynamique visant à tirer profit du fort potentiel scientifique et des nombreux atouts du site. Il a toutefois jugé celles-ci insuffisantes pour atteindre l’objectif que le projet Uniti s’est fixés, faute d’une réelle adhésion de tous les acteurs à une véritable démarche de transformation qui réponde aux objectifs de l’action Idex ». Le verdict était déjà clair à l’époque : « Faute d’une réelle adhésion de tous les acteurs… »

A Paris aussi l’isolement avait des effets délétères. En 2014 Paris 2 Panthéon-Assas avait refusé de rejoindre une Comue après avoir quitté le pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) Sorbonne Universités, dans lequel son université était notamment associée à Paris 4 Sorbonne et Paris 6, fusionnées depuis au sein Sorbonne Université. Un splendide isolement que regrettait Stéphane Braconnier, le président de Paris 2 Panthéon-Assas, en amont de la création de son université expérimentale : « Nous sommes toujours assez isolés et cela nous fragilise sur le plan institutionnel. Notamment parce que les appels d’offres que lance le gouvernement sont réservés aux universités expérimentales ou fusionnées ». La nouvelle université Panthéon-Assas va ainsi être candidate au nouvel appel d’offres ExcellenceS sous toutes ses formes. CQFD.

  • C’était inscrit dans la LOI n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance : « Dans un délai de trois ans à compter de la publication de l’ordonnance prise sur le fondement du présent article, le Gouvernement remet au Parlement un rapport présentant un premier bilan des expérimentations engagées dans ce cadre, recensant les différentes formes juridiques adoptées par les établissements et identifiant les voies adaptées afin de les pérenniser, le cas échéant ». L’ordonnance susnommé a été prise le 1er décembre 2018. On attend maintenant le rapport.

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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