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L’heure est aux alliances

La semaine dernière Paris 4 Sorbonne et l’UPMC annonçaient leur rapprochement en évitant soigneusement de parler de fusion. Les rapprochements peuvent en effet donner d’excellents résultats sans pour autant donner lieu aux déchirements organisationnels que provoquent souvent les fusions. L’Alliance qui réunit Audencia Nantes, Centrale Nantes et l’école d’architecture (ensa) de Nantes en est un bon exemple. « Nous travaillons en totale coopération sur le principe de « Ce qui t’intéresse et ne me coute rien, je te le donne » », confie Arnaud Poitou, directeur de Centrale Nantes et président de l’Alliance cette année selon le principe d’une présidence tournante. Aujourd’hui les alliances géographiques ou de réseau se multiplient.

Unir des profils différents

Dans le même esprit que Centrale Nantes et Audencia, Centrale Lyon et l’EMLyon se sont associées et ont donné ensemble naissance à un programme fondé sur le design thinking, Idea, et à un laboratoire d’innovation pédagogique : le learning lab. Les logiques d’interdisciplinarité sont également au cœur des projets de la plupart des 25 Comue. Une émulation entre établissements cousins, partageant des valeurs communes sans s’être forcément beaucoup parlé auparavant, qu’on peut par exemple retrouver dans la Comue Paris Sciences et Lettres. Comme l’explique son président Thierry Coulhon (relire son entretien complet), « mettre ensemble des profils disciplinaires différents est bien plus intéressant. Les Mines de Paris ont bien plus intérêt à interagir avec Paris Dauphine qu’avec Douai ou Alès ! Les écoles d’art de PSL se rencontrent et rencontrent les écoles d’ingénieurs ». Un modèle qu’il juge « parfaitement lisible à l’international » : « Quand nous allons à Cambridge ou à New York University nous nous sentons très proches de leur façon de travailler ».

Les logiques des réseaux et des Comue

Groupe des Écoles Centrales, des universités de technologie, Insa ou Groupe INP les réseaux d’écoles d’ingénieurs se sont multipliés ces dernières années dans des logiques de visibilité. « Le Groupe INP est d’abord une force de proposition commune les politiques de recherche restent avant tout ancrées dans les sites et dans des Comue », explique ainsi Brigitte Plateau (relire son entretien complet), l’administrateur général de Grenoble INP.

Des Comue, qui, elles aussi, doivent donner de la visibilité à leurs membres, notamment à l’international. « La mondialisation demande la création de marques visibles pour entrer dans le Classement de Shanghai par exemple », reprend Brigitte Plateau, heureuse de constater qu’« aujourd’hui 30% des chercheurs signent déjà leurs articles « Université Grenoble Alpes » avant d’indiquer le nom de leur établissement ». Et de conclure : « Nous sommes sur une dynamique très positive qui donne à chacun sa place sans qu’il faille pour autant parler de fusions ».

Des projets communs

Au-delà de la visibilité la logique des rapprochements est aussi de créer des projets communs. L’Alliance nantaise a ainsi donné naissance à des diplômes communs qui séduisent les étudiants. « J’ai choisi Audencia plutôt qu’une autre école de management quand j’ai vu qu’il était possible d’y obtenir en plus le diplôme de Centrale Nantes en suivant une année de cours supplémentaire », confie ainsi Juliette Verdier qui, titulaire d’un bac S, avait choisi une prépa HEC ECS plutôt que scientifique après le bac. Depuis elle s’est remise « avec plaisir » à la physique pour obtenir bientôt un double diplôme qu’elle espère bien lui ouvrir grandes les portes d’entreprises comme Airbus. « Aujourd’hui il est possible de devenir ingénieur-manager, manager-ingénieur, architecte-ingénieur et ingénieur architecte et nous travaillons à un double diplôme architecte-manager », reprend Arnaud Poitou. « Nous faisons des formations simultanées ou successives mais nous pourrions aller plus loin un jour en faisant des formations intégrées, par exemple en bachelor », imagine le directeur général du groupe Audencia, Frank Vidal.

Centrale Nantes participe également à la formation des étudiants de SciencesCom, une école du groupe Audencia, au code informatique. Ensemble Centrale Nantes et l’ensa ouvrent un campus à l’île Maurice où pourrait demain les rejoindre Audencia. « Tout est ouvert et rien d’obligatoire, l’idée étant que le plus avancé dans chaque dimension prenne le lead », reprend Frank Vidal. Centrale Nantes gère ainsi la dimension recherche de l’Alliance, l’ensa l’international et Audencia la communication. S’allier sans fusionner, ça marche très bien !

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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