ECOLE D’INGÉNIEURS

L’impérieuse nécessité de mieux former aux métiers du numérique

120 entreprises françaises du secteur du numérique étaient présentes la semaine dernière au plus grand salon de l’électronique au monde, le CES de Las Vegas. Cela en faisait la première délégation européenne et la cinquième mondiale. Une force qui n’étonne pas Noël Bouffard, président de l’association de promotion des formations et métiers du numérique Pasc@line et directeur délégué de l’une des principales entreprises européennes du secteur, Sopra Steria : « Le savoir-faire français dans le numérique est reconnu dans le monde entier et notamment grâce à nos école d’ingénieurs. Ce qui nous manque encore trop souvent c’est la capacité à passer dans le process commercial et d’aller plus loin que la start up. Nos créateurs vendent vite leur entreprise sans lui laisser le temps d’atteindre sa plénitude ».

Une pénurie de diplômés

Si Pasc@line est née c’est pour répondre aux besoins de recrutement toujours croissants des entreprises du numérique. Aujourd’hui les entreprises membres de la principale fédération du domaine, Syntec Numérique, embauchent quelque 35 000 personnes par an et on estime les créations de poste nettes à environ un quart de ce chiffre et cela à tous les niveaux. Alors que longtemps les diplômés des plus grandes écoles d’ingénieurs réfléchissaient d’abord en termes d’industrie, ils sont de plus en plus nombreux à choisir le numérique. « Nous voudrions recruter plus d’ingénieurs notamment parce que le niveau de compétences et d’exigences que nous attendons augmente sans cesse. Nous demandons à nos cadres des capacités de plus en plus fortes d’apprentissage et d’adaptation », explique Noël Bouffard.

Comment former plus de filles ?

Passionnées par les usages du numérique, les femmes restent encore peu intéressées par leurs techniques et leur nombre ne dépasse jamais les 12 à 17% dans les écoles d’ingénieurs spécialisées. « Les jeunes filles se projettent plus dans des métiers de la santé ou du commerce que dans l’électronique ou l’informatique. Pour changer les mentalités nous devons faire comprendre que les métiers d’ingénieur sont très bien intégrés dans la société», constate ainsi Brigitte Plateau, présidente du Groupe INP et administrateur général de Grenoble INP. Là aussi Pasc@line est présent aux côtés d’une commission dédiée, Femmes du numérique, qui organise notamment les trophées Excellencia pour récompenser des femmes du secteur et offre des scolarités gratuites dans des école d’ingénieurs.

Former plus largement

Au-delà des ingénieurs, toutes les initiatives pour former plus largement que dans les cursus classiques aux métiers du numérique sont aujourd’hui les bienvenues. « Les flux ne sont pas suffisants et il y a une impérieuse nécessité d’ouvrir notre secteur à toutes les forces vives », reprend Noël Bouffard, attentif par exemple à la création d’une école comme #42, l’école ouverte à tous les profils créée par Xavier Niel, même si son association reste réservée à des formations de niveau master.

Le pôle universitaire Léonard de Vinci lance ainsi à la rentrée prochaine une formation de niveau bac+2 pour former des développeurs : la Dev School.  « On manque énormément de développeurs dans les entreprises et nous voulons en former qui soient directement opérationnels pour travailler aussi bien sur l’Internet que dans les mobiles ou les jeux vidéo », commente Nelly Rouyres, la vice-présidente du groupe. Si elle est ouverte à tous les profils de niveau bac et fondée sur le travail en projet, comme #42, sa pédagogie fera appel à de véritables enseignants avec des rendez-vous réguliers entre eux et les étudiants qui se font de plus en plus en ligne.

Un enseignement spécifique en bac S

Pour promouvoir le numérique, Pasc@line s’est enfin attaché à aider le ministère de l’Education nationale à développer un enseignement en Informatique et sciences du numérique » (ISN). Créé en 2012 il est aujourd’hui dispensé dans presque la moitié (48,4%) des lycées proposant le bac S. A la dernière rentrée, ce sont 17 313 élèves, soit près de 10% des élèves de terminale S (et 28% des TS-SI) qui ont choisi de suivre cet enseignement destiné une meilleure prise en compte de l’influence sur la société des systèmes numériques et de leur finalité. « Nous organisons des journées de travail avec les formateurs des enseignants pour leur permettre de rencontrer les entreprises du numérique », confie encore Noël Bouffard, qui aimerait qu’on passe à une étape encore plus ambitieuse et que, « comme aux États-Unis, on enseigne le codage dès la 6ème.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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