ECOLES DE MANAGEMENT

« Nous voulons que chacun des étudiants de TBS construise un CV singulier »: entretien avec Annabel-Mauve Bonnefous

Le programme Grande école de TBS a été réformé en 2019. Objectif : rendre chaque étudiant unique mais aussi améliorer leur agilité cognitive. Les explications d’Annabel-Mauve Bonnefous, directrice du programme Grande école, des mastères spécialisés et des MSc de TBS.

Olivier Rollot : Cette année vous avez largement repensé le programme Grande école de TBS. Quelles en sont les grandes orientations ?

Annabel-Mauve Bonnefous : Notre premier objectif a été de densifier les compétences de nos étudiants pour qu’ils se démarquent sur le marché de l’emploi. Aujourd’hui, non seulement 100% de nos étudiants obtiennent un double diplôme en France ou à l’étranger avec nos partenaires – à Sciences Po Toulouse, l’ENAC, l’INSA, etc. – ou dans nos MSc. Leur niveau d’expertise est également renforcé dès leur entrée dans l’école. Nous leur proposons de suivre, en plus de leurs parcours, des certificats d’excellence qui attestent de leurs compétences dans des domaines d’avenir, aujourd’hui très recherchés par les entreprises :

  • « Big data » pour répondre à des problématiques Business en manipulant les données de façon stratégique ;
  • « Scale-Up » pour savoir gérer les phases d’accélération d’une start-up dans les trois à dix ans où elle peut connaitre une croissance exponentielle ;
  • « Consulting » avec nos partenaires (Capgemini, PwC, CGI, Wavestone et Sopra-Steria) pour développer une vraie connaissance du secteur au travers d’ateliers conçus par les professionnels de ces cabinets ;
  • « CSR » pour attester de leurs compétences opérationnelles en matière de responsabilité sociale des entreprises. Ce certificat est obligatoire parce que nous voulons former des managers responsables et que cela est dans l’ADN de TBS depuis des décennies.

Et enfin, le Certificat « Soft Skills », qui est une première dans les écoles de commerce, pour répondre au besoin des entreprises : recruter des leaders responsables, dotés de savoir-être et d’éthique et capables de maîtriser les relations interpersonnelles.

O. R : Si on choisit « Scale-Up » c’est forcément pour devenir entrepreneur ?

A-M. B : Pas forcément. Il s’agit d’acquérir un portefeuille de compétences qui pourra être utile un jour, soit parce qu’on crée son entreprise, soit parce qu’on est embauché dans des entreprises en forte croissance qui ont besoin de ce type de managers. Nous voulons que chacun de nos étudiants construise avec nous un CV singulier, à son image mais également en phase avec les évolutions mondiales, pour qu’il attire immédiatement l’œil des recruteurs. Nous ne nous sommes pas trompés sur nos axes de développement puisqu’aujourd’hui, certaines entreprises partenaires nous demandent même si ces certificats peuvent être suivis par leurs managers en poste.

O. R : On parle beaucoup de rendre obligatoire l’enseignement du changement climatique dans l’enseignement supérieur. Comment TBS se positionne-t-elle sur ce sujet ?

A-M. B : Nous sommes signataires de l’appel pour former tous les étudiants du supérieur aux enjeux climatiques et écologiques. Nous avons la chance d’avoir des économistes spécialistes du climat au sein de notre faculté. Avec eux, nous lançons à la rentrée 2020 un certificat d’Excellence « Climate Action » pour que nos étudiants soient en capacité d’anticiper les impacts climatiques de leurs décisions. Il s’agit d’un apprentissage robuste intégrant aussi bien une connaissance exhaustive des enjeux géopolitiques et économiques qu’une véritable expertise en calcul des impacts. Notre avenir à tous passera par cette conscience et cette compétence, nos étudiants doivent être les acteurs majeurs des transformations du monde économique.

O. R : Qu’est-ce que TBS apporte à ses étudiants de spécifique en termes d’acquisition de connaissances et de compétences ?

A-M. B : Nos méthodes d’apprentissage par l’expérimentation se conjuguent à des moments d’inspiration grâce à nos chercheurs et notre réseau de partenaires entreprises. Au-delà des compétences en gestion d’affaires, nous souhaitons améliorer l’agilité cognitive et la pensée systémique de nos étudiants grâce notamment à l’introduction de connaissances en sciences sociales – psychologie, sociologie et philosophie – et en neurosciences. Nous les sensibilisons également à l’intelligence émotionnelle des dirigeants comme facteur-clé de succès à long terme, quel que soit le domaine d’expertise qu’ils choisiront.

O. R : Le développement de l’intelligence artificielle (IA) contribuera-t-il au développement de ces apprentissages ?

A-M. B : C’est un domaine dans lequel nous nous sommes en effet particulièrement investis avec la création d’un centre de recherche en IA. L’excellence de nos professeurs en la matière nous a permis de devenir la seule école supérieure de commerce membre du projet ANITI, l’un des quatre instituts « 3IA » français, qui rassemble plus de 200 chercheurs et entreprises, et qui a pour objectif de faire de la France un leader mondial en Intelligence artificielle. Nos étudiants bénéficient de cette expertise grâce à nos deux doubles diplômes MSc en IA, Business analytics et Big Data Management, enseignés par les chercheurs membres d’ANITI.

O. R : Parlons un peu des classes préparatoires. Qu’est-ce que TBS a imaginé de spécifique pour améliorer le continuum entre les classes préparatoires et les Grandes écoles ?

A-M. B : C’est un sujet sur lequel nous travaillons avec l’APHEC (Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales). TBS peut et doit être un contributeur clé de la définition du référentiel de compétences des classes préparatoires, grâce à notre expertise dans le domaine.

Moi-même issue d’une classe préparatoire, je suis particulièrement attachée à un vrai continuum qui doit être le socle fondamental de notre filière. Je sais ce que nous apprenons en prépas et comment notre esprit se forge pour devenir plus rapide, plus efficace et plus profond. L’introduction des sciences sociales et de la philosophie dans notre programme Grande école est une manière de faire vivre ce continuum tout en continuant à développer la pensée systémique de nos étudiants.

Les critères de sélection aux oraux de TBS sont également choisis pour permettre une véritable évaluation des compétences transverses acquises en classes préparatoires : esprit d’analyse, pensée critique, souplesse cognitive, curiosité et ouverture d’esprit. Nous y ajoutons une appréciation de la motivation et surtout des valeurs des étudiants.

Enfin, TBS s’engage aux côtés des CPGE pour promouvoir la filière au niveau des lycées. Nous intervenons auprès de ces publics pour leur faire prendre conscience de l’intérêt de choisir une poursuite d’études en CPGE pour intégrer une Grande école. C’est un gage de réussite professionnelle à long terme.

O. R : La dimension internationale est on l’imagine également très développée dans votre PGE…

A-M. B : Tous nos étudiants doivent passer au moins six mois à l’étranger. Leur expatriation peut durer jusqu’à 36 mois. Il est même possible d’aller suivre un semestre d’études à UCLA ou Berkeley. La différence de TBS par rapport à d’autres écoles se situe à deux niveaux : d’un côté, nous avons poursuivi depuis de nombreuses années une stratégie d’hybridation en développant aussi bien notre réseau d’universités partenaires (plus de 200) que l’implantation de campus TBS à l’international (5 campus).

Nous proposons toutes ces opportunités de séjours d’études gratuitement et donc sans surcoût pour les étudiants. Nous tenons beaucoup à ce que tous nos étudiants puissent en profiter, puisque cela va dans le sens du développement de profils à haute valeur ajoutée qui est au cœur de notre ambition.

O. R : Une question beaucoup plus large : quelle grande évolution notez-vous dans les demandes de vos étudiants ces dernières années ?

A-M. B : Ils demandent à la fois des expertises poussées et un portefeuille de compétences large pour pouvoir être libre d’évoluer tout au long de leur vie professionnelle. C’est dans ce sens que nous avons fait évoluer notre maquette pédagogique avec plusieurs certificats d’excellence au choix : ils peuvent ainsi obtenir les deux.

Ils demandent également le droit à l’erreur et à l’expérimentation. Il est difficile de décider à 20 ans d’une trajectoire forte et engageante, surtout lorsque les étudiants découvrent l’étendue des métiers et des secteurs d’activités auxquels nous pouvons les former. Nous leur permettons donc de tester une première expertise en Master 1, afin de valider leurs intuitions ou éventuellement de changer de trajectoire en Master 2. Dans tous les cas, ils auront enrichi leur portefeuille de compétences et auront plus de liberté par la suite pour évoluer.

O. R : Et les entreprises, comment leurs besoins ont-ils évolué en termes de recrutement ?

A-M. B : Les recruteurs se concentrent davantage sur le potentiel et les « soft skills » tout en conservant l’impératif d’acquérir des étudiants immédiatement opérationnels dans leurs postes. Lorsqu’une entreprise recrute, c’est qu’elle a besoin d’une personne supplémentaire, soit pour réaliser de nouvelles tâches, soit pour combler un déficit de ressources. Elle recherche donc des compétences techniques qui peuvent être rapidement mises en œuvre. C’est pourquoi nous avons doublé le nombre d’heures d’enseignements d’expertise métier en dernière année.

Mais les directeurs des ressources humaines savent depuis longtemps qu’il faut également penser à long terme et s’assurer de recruter une personne à haut potentiel qui sera capable d’évoluer en même temps que l’entreprise. Pour cela, ils mettent l’accent sur les « soft skills » : le savoir-être, les qualités intrinsèques, l’agilité cognitive et les aptitudes relationnelles. Le certificat d’Excellence « Soft Skills » de TBS a été créé spécifiquement pour cela. Nous pouvons attester de ces compétences développées chez nos étudiants. Nous voulons également que nos diplômés sachent donner du sens à leur travail et surtout à celui des autres. Qu’ils soient inspirants et compétents pour transmettre leur envie d’avancer aux autres.

Les doubles diplômes, les certificats d’excellence et les nombreuses possibilités de séjours d’études à l’étranger constituent le socle de notre stratégie : celle de former des « profils rares » en partant de la singularité de chaque étudiant et en lui permettant d’obtenir un large portefeuille de compétences.

Un diplômé spécialisé en marketing, qui sait utiliser les techniques du Business Analytics, tout en maitrisant les phases de croissance accélérée des entreprises, ou bien un spécialiste de la finance, ayant passé les trois niveaux du CFA (Chartered Financial Analyst) pendant ses études et qui est certifié excellent en management d’équipe et intelligence relationnelle, cela attire nécessairement l’œil du recruteur, et pour de bonnes raisons.

Previous ArticleNext Article
Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Send this to a friend