POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Nouveau bac : les Grandes écoles s’interrogent

Le nouveau bac provoque encore beaucoup de tension et des Proviseurs sont sévères sur les épreuves de contrôle continu du nouveau bac révèle Le Monde. La Conférence des grandes écoles lui consacrait un débat cette semaine à l’occasion de son assemblée générale. « Beaucoup de professeurs veulent faire bachoter leurs élèves pour les E3C comme si c’était un examen final qu’ils n’ont qu’un effet marginal », regrette Pierre Mathiot, co-pilote du Comité de suivi de la réforme du bac et du lycée, directeur de Sciences Po Lille et secrétaire général de la CGE.

La question (centrale) des mathématiques. « Nous sommes à la croisée des chemins et notamment sur la place des mathématiques qui resteront le socle à l’entrée de nos écoles. Mais quelle combinaison sera la plus efficace tant pour entrer en bachelor qu’en classe préparatoire ? », s’interroge la présidente du Chapitre des écoles de management et vice-présidente de la Conférence des grandes écoles, Alice Guilhon, qui pense déjà à la « future révision et simplification des concours ». Un tout nouveau « Groupe opérationnel concours », réunissant les écoles de management et les responsables de la BCE et d’Ecricome, vient d’ailleurs d’être créé au sein de la CGE pour y travailler.

« Que deviendront les jeunes intéressés par les sciences mais qui n’ont pas fait de mathématiques ? », s’interroge plus particulièrement Laurent Champaney, vice-président de la CGE et directeur général des Arts et Métiers (une question marginale en première mais qui prendra de l’ampleur en terminale avec l’abandon possible de la spécialité mathématiques). « Je me demande jusqu’à quel point il faut mettre des programmes de rattrapage dans l’enseignement supérieur pour des élèves qui auraient abandonné telle ou telle formation. On passerait ainsi du « oui si » au « oui avec » en licence », leur répond Pierre Mathiot.

 La question des classe préparatoires BCPST et MPI. C’est la spécialité dont l’avenir interroge le plus en terminale. Quel avenir pour les SVT? « Il faut absolument choisir mathématiques, physique-chimie et SVT en première pour entrer ensuite en BCPST. Ou alors il faut largement faire évoluer les concours », insiste le proviseur de Louis-Le-Grand et président de l’APLCPGE (Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires aux Grandes écoles) mais aussi a animateur du groupe de travail de la CGE sur la réforme du bac, Jean Bastianelli. « La triplette maths-PC-SVT n’est plus absolument nécessaire avec l’évolution des études de santé », lui répond Pierre Mathiot. Autre question : à quoi va mener la future filière de classe préparatoire MPI (Mathématiques, Physique et Informatique) ? « De l’informatique nous en voulons partout, dans toutes les filières », requiert Laurent Champaney.

Quel avenir pour les prépas EC ? Les classes préparatoires économiques et commerciales sont particulièrement touchées par une réforme qui supprime la dichotomie ES et S et donc ECE et ECS. « Nous devons éviter que la question des mathématiques ne fasse baisser le bassin de recrutement alors que le nombre d’élèves en prépas EC a baissé ces dernières années », souligne le président de l’APHEC (Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales), Alain Joyeux, interpellé de voir des classes préparatoires de proximité menacées dans leur existence même au risque d’empêcher les « étudiants les moins favorisés de les intégrer ». Iconoclaste devant cette assistance Pierre Mathiot lui répond que « peut-être les classes préparatoires ne sont plus tout à fait adaptées aux attentes des jeunes ».

Quels ont été les choix de spécialités en 2019 ? Selon la note Choix de trois spécialités en première générale à la rentrée 2019:15 combinaisons pour 80% des élèves il faut en tout 15 combinaisons d’enseignements pour retrouver 80% des élèves. En tout 426 combinaisons ont été choisies par au moins un élève au niveau national, le nombre de combinaisons variant de 91 en Corse à 243 à Versailles. Les filles ont plus élargi leurs choix que les garçons : il faut 17 triplettes pour retrouver environ 8 filles sur 10 alors qu’il suffit de 13 triplettes pour retrouver la même proportion de garçons.

Parmi les combinaisons possibles en première générale :

  • 28 % des élèves ont choisi « mathématiques, physique-chimie, SVT » ;
  • 8 % ont choisi « histoire-géographie, mathématiques, SES » ;
  • 7 % « histoire-géographie, langues-littérature, SES ».

Les enseignements « scientifiques » (sauf SVT) ont plus souvent été choisis chez les garçons que chez les filles. À l’inverse les enseignements d’humanités, de SES, d’histoire-géo et de langues-littérature par les filles. Les élèves du privé sont plus nombreux à choisir les maths (73% contre 67%) et la physique-chimie (50% / 46%). 85% des élèves ayant choisi «humanités, littérature et philosophie, langues, SES» et 79% de ceux qui suivent «histoire-géographie, humanités, langues» sont des filles.

Inversement, les triplettes « maths, PC, SI » et « maths PC, NSI » ne reçoivent que 15% et 13% de filles. Elles sont surreprésentées dans les triplettes avec SVT.

À la rentrée 2019, si 69% des élèves de 1re ont globalement choisi l’enseignement de mathématiques, c’est le cas de 76% pour ceux d’origine sociale très favorisée, alors que 62% des élèves d’origine sociale défavorisée suivent cet enseignement. De même, les élèves d’origine sociale défavorisée ont moins souvent choisi d’étudier la physique-chimie que ceux d’origine sociale favorisée.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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