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Numérique : l’université doit évoluer

« Quand est-ce qu’apparaîtra l’Uber ou le Airbnb de l’éducation ? On sait que Google travaille à un modèle de distribution de données. Nous devons tous y réfléchir. » En introduction au colloque 2015 de la Conférence des présidents d’université Université 3.0 : nouveaux enjeux, nouvelles échelles à l’ère numérique, François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise et chargé du numérique au sein de la CPU, a voulu rappeler que l’enseignement supérieur n’était pas au-dessus des évolutions numériques et que ses acteurs traditionnels pouvaient être demain challengés par de nouveaux arrivants venus du monde numérique.

« Linkedin est déjà en train de bouleverser les classements des universités en exploitant ses bases de données de façon à montrer quelle formation mène le mieux à telle ou telle carrière », explique ainsi Henri Isaac, chargé de la « transformation numérique » de Paris Dauphine inquiet du peu de « conscience qu’ont aujourd’hui les universités de la valeur de leurs données » alors que, sous peu, Linkedin allait leur demander « l’accès aux coordonnées de tous leurs étudiants ».

Ouvrir ses données… ou pas

Le numérique permet de partage plus largement ses données mais comment le gérer ? « Sur Amazon ou ailleurs mes données publiques deviennent leurs données privées et c’est un problème. Comment vivre dans un univers d’ »open sciences » alors que toutes les disciplines ne partagent pas les données de la même façon », se demande José Cotta, chef de l’unité des « sciences numériques » de la Commission européenne. « Il faut créer des équipes qui ont envie de gérer les big data mais aussi de nouveaux diplômes qui n’entrent aujourd’hui dans aucune segmentation disciplinaire », invite à faire François Taddei, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire de Paris V et plus ardent défendeur des nouvelles pédagogies en France.

L’« irrigation » numérique est nécessaire très tôt. Et pas forcément évidente simplement parce qu’on est un jeune chercheur ! « Attention l’ouverture à l’open access n’est pas une question d’âge. On peut même dire le contraire. Selon mon expérience les chercheurs les plus jeunes sont souvent les moins ouverts », remarque José Cotta. Dommage car « les scientifiques doivent être aujourd’hui de bons communicants », insiste Catherine Rivière, PDG de la société GENCI (Grand équipement national de calcul intensif), chargée de porter la politique nationale pour la recherche publique dans le domaine du calcul intensif. Le succès du concours de présentation des thèses Ma thèse en 180 secondes (finale le 3 juin à Nancy) peut en tout cas rendre optimiste sur ce point…

Les propositions de la CPU pour rendre l'université plus "numérique"
Les propositions de la CPU pour rendre l’université plus « numérique »

Comment les espaces évoluent

A l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) on ne construit plus d’amphis et tous les cours de première année sont en MOOCs. « C’est comme dans une salle de concert, on aime rencontrer les gens au moins une fois mais ensuite on peut être plus flexible et ne les revoir que de temps en temps », confie Karl Aberer, vice président numérique de l’EPFL, qui encourage les universités à ouvrir plus d’espaces collaboratifs. « Les lieux d’enseignement sont percutés par les nouvelles pédagogies. Les amphithéâtres de 1000 place sans interaction enseignants/étudiants peuvent être remplacés par un MOOC comme par exemple en première année de PACES à Grenoble », constate Florence Kohler, chargée de mission sur les questions numériques à la Dgesip (direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle), pour laquelle qui « dit MOOC ne dit pas solitude de l’étudiant car ce dernier peut bénéficier de tout un environnement de soutien ».

Mais pour elle la vraie révolution est celle de la classe inversée qui va générer plus de travail autonome des étudiants et donc le besoin de petites salles de travail où les étudiants bénéficieront d’espaces de travail collaboratif. Dernière révolution pour elle la mutation des grands halls d’accueil des universités en espaces d’apprentissage informels : « Ces lieux équipés en wi-fi deviennent des espaces multi-usages, de passage mais aussi de travail avec une plus grande intensité de vie de campus ». Coordinateur de l’observatoire des usages numériques de l’université de Strasbourg, Rodrigue Galani constate que ces espaces où on peut regarder un MOOC et communiquer en visio-conférences manquent encore : « On remarque que dans les halls de beaucoup d’universités les étudiants s’agglutinent autour de la seule prise libre. En 2012, nous avons pour notre part tout simplement ajouté beaucoup de prises, un bon réseau wi-fi et du mobilier confortable et nous avons vite été envahis ! » Dès l’année suivante quatre autres spots numériques ont été installés avec le même succès.

« Le numérique revisite totalement l’espace physique quand on peut regarder un MOOC dans le métro mais il faut toujours pour autant des lieux physiques mais plus modulables », remarque Gabrielle Gauthey, directrice des investissements et du développement local de la Caisse des Dépôts, qui défend la nécessité de « rencontres physiques » en plus de ces échanges virtuels symbolisés par le campus numérique de l’université européenne de Bretagne qui permet aux enseignants de travailler à distance. « L’enjeu est la « rééducation » de campus créés dans les années 60 en partant de l’offre pédagogique pour générer les espaces nécessaires à l’occasion des réhabilitations », reprend Florence Kohler, pour laquelle « toutes les pédagogies doivent pouvoir cohabiter » : « Même dans un amphithéâtre les sièges pourraient pivoter pour créer autant d’espaces collaboratifs pendant un cours magistral ». Mais pour quel résultat ? « Aux deux extrêmes le numérique ne change rien, il y a toujours des très bons et des mauvais. Ce qui monte c’est la moyenne mais aussi le taux de satisfaction des étudiants », conclut Karl Aberer.

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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