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Quels moyens pour l’enseignement supérieur en 2015 ?

« Le budget de l’enseignement supérieur et la recherche reste relativement préservé dans le contexte. » En prononçant ses mots devant les présidents d’université et d’écoles d’ingénieurs réunis pour la « Grande conférence » commune à la CPU et à la Cdefi au Cnam le 20 novembre, Najat Vallaud-Belkacem a plongé dans le doute une assemblée touchée au cœur par la baisse de 70 millions d’euros de ses ressources dans la loi de finances 2015.

La CPU et le Cneser unis s’insurgent

L’émotion est d’autant plus grande qu’à ces 70 M€ s’ajoute, selon la CPU, une augmentation des dépenses obligatoires de 90 millions d’euros par rapport à 2014. La conférence pointe qu’il manquerait ainsi en tout 160 millions d’euros au budget des universités en 2015 pour rester au même niveau qu’en 2014 : « Capacités d’accueil réduites, taux d’encadrement qui se dégradent, formations fermées : ce seront les conséquences immédiates de cette diminution des moyens, au détriment de la réussite des étudiants et du développement de la recherche ».

Dans une motion très largement adoptée (36 pour, 6 abstentions, 7 non participations et 1 contre), le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) explique de son côté que « Chaque jour, les universités alertent sur leur situation financière alors même que le nombre et l’étendue des missions qui leur sont attribuées ne fait que croître. Elles mettent en place des mesures d’économie au détriment des formations et des projets de recherche mais aussi du recrutement et des conditions de travail des personnels ».

À quoi doivent servir les crédits ?

Cette baisse du budget de l’ESR est d’autant mal perçue par les présidents d’université qu’elle n’impacte que les crédits destinés aux personnels et aux équipements et que, pendant ce temps-là, les crédits destinés aux bourses étudiantes augmentent toujours. « Dans mon université un tiers des étudiants de première année ont zéro de moyenne. Ils ne viennent aux examens que pour signer la page d’émargement afin de toucher leurs bourses et avoir la sécurité sociale étudiante », s’insurge ce président, accablé par le « puits sans fonds » que risque de représenter demain la garantie des loyers étudiants.

Comme lui, beaucoup se disent effarés qu’on leur demande de plus en plus de garder loin des statistiques du chômage des étudiants qui ne prennent même pas le temps d’aller en cours et redoublent sans qu’on puisse les en empêcher. Mais des étudiants qui entrent dans leur budget et finissent par en empêcher d’autres – qui en auraient pourtant le niveau – de rejoindre leurs bancs.

De plus qu’une autre réflexion de la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche lors de cette même conférence a consterné l’assemblée : les universités disposant de fonds de roulement positifs pourraient être mises à contribution pour aider celles qui sont dans le rouge. « Autant être en déficit alors si on nous enlève le fruit de notre bonne gestion », s’indigne un autre président d’université.

Des universités en révolte ?

A quelques jours d’une élection qui devrait permettre à l’équipe de Jean-Loup Salzmann de conserver la direction de la CPU – ils sont pour l’instant les seuls candidats -, c’est toute une stratégie relativement consensuelle qui semble voler en éclats. D’autant que la baisse de ses crédits poussait déjà l’université française dans une crise avec l’apparition de plusieurs mouvements étudiants. Le plus problématique d’entre eux est celui né à l’université Jean-Jaurès de Toulouse (lire sur Toulouse Infos) alors que Rennes 2 ou encore Clermont-Ferrand ont été le théâtre de mouvements sans que l’Unef puisse les canaliser.

Mais la fronde risque d’être encore plus forte du côté des chercheurs. Alors que le collectif Sciences en Marche fait entendre leur voix depuis plusieurs mois déjà des mouvements de plus en plus nombreux se font entendre dans les universités. A la faculté de Strasbourg les dotations publiques auraient baissé de 25%  cette année lit-on sur le site France 3 Alsace qui relaye la colère des chercheurs strasbourgeois. 

Olivier Rollot (@O_Rollot)

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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