PROGRAMMES, UNIVERSITES

Sciences Po fête les 20 ans de ses conventions d’éducation prioritaire

Il y a 20 ans, Richard Descoings créait les Conventions Éducation Prioritaire de Sciences Po et ouvrait une voie d’admission dédiée pour des candidats qui ne se seraient « jamais autorisés à l’être sans y être encouragés et préparés ». 20 ans et plus de 2300 étudiants admis plus tard, les CEP ne sont plus décriées mais n’ont pas non plus réussi à faire école. Pire : le nombre de boursiers y baisse régulièrement au profit d’élèves dont les familles ont compris l’effet d’aubaine qu’il y a avait à s’inscrire dans les lycées conventionnés. D’où une profonde réforme de l’accès aux CEP qui intervient cette année.

Ils se souviennent. Bachelier d’un lycée conventionné, Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, actuellement en 2ème année de bachelor à Sciences Po, Fares Davion redoutait surtout l’intégration dans un environnement totalement différent de celui de son lycée et a beaucoup apprécié le programme « Booster » qui démarre l’année des étudiants CEP et lui a permis de se faire des premier amis et de dépasser un « syndrome de l’imposteur » qu’il vivait de peur de ne pas être au niveau : « Aujourd’hui je me suis rendu compte que passé le premier semestre et d’un certain retard que j’avais dans une promotion de 500 en première année c’est difficile pour presque tout le monde. » Deux ans après, convaincu qu’il a « bien sa place », il a pu s’investir dans beaucoup d’associations et aidé d’autres étudiants pour « rendre ce qu’il avait pu avoir ».

Autre témoignage celui de Donia Souad Amamra, diplômée en 2016 et qui a créé son entreprise Meet My Mama à la suite de ses années Sciences po : « Au début on reste beaucoup entre CEP en se disant que ça va être très difficile ». Pour elle aussi le « booster » a été un programme formidable d’intégration alors qu’il fallait apprendre « toute la méthodologie de Sciences Po qui est dans les cours mais aussi dans tout son environnement ».

Une réforme pour relancer la formule. Sciences Po connaissait une baisse faible mais régulière du nombre de boursiers au sein de ses conventions d’éducation prioritaire. Une réforme du dispositif a donc été menée pendant deux ans pour finalement en juin 2019 renouveler un pacte de confiance avec ce dispositif – voté à l’unanimité par les différents conseils – qui est entré en vigueur en 2021. « La carte des 63 nouveaux lycées dans dix nouvelles académies vient compléter la carte pour ouvrir à plus de jeunes. L’enjeu est de construire une culture commune du secondaire à l’enseignement supérieur sur la réussite », explique Bénédicte Durand, administratrice provisoire de Sciences Po. Les nouveaux lycées partenaires doivent répondre à un à la fois compter parmi les établissements accueillant le plus grand nombre d’élèves susceptibles d’être défavorisés dans l’accès à l’enseignement supérieur et « présenter un projet pédagogique de qualité ». Sera aussi regardée la capacité du lycée à constituer un atelier composé d’au moins 50 % de boursiers. Par ailleurs les candidats CEP passent désormais les mêmes épreuves que l’ensemble des candidats, mais leurs profils sont évalués séparément.

L’objectif est de parvenir à 30% de boursiers à l’horizon 2025 en s’ouvrant à 200 lycées dans toutes les académies jusque dans des territoires ruraux. « Nous n’interdisons pas aux non boursiers des lycées CEP de postuler alors que le nombre de boursiers candidats a triplé avec l’entrée de Sciences Po sur Parcoursup », reprend Bénédicte Durand qui vise à terme que tous les étudiants des CEP soient boursiers.

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Olivier Rollot est directeur du pôle Information & Data de HEADway Advisory depuis 2012. Il est rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire), de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel) et de "Espace Prépas". Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant, Olivier Rollot est également l'un des experts français de la Génération Y à laquelle il a consacré un livre : "La Génération Y" (PUF, 2012).

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