POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

La sélection non… sauf là où elle est nécessaire

Il y aura bien finalement une sélection à l’entrée à l’université. Pas généralisée certes mais elle aura bien lieu dans certaines filières « en tension » où ne seront acceptés que les candidats possédant les « attendus » nécessaires. Mais chut personne ne le dit au sein du gouvernement…

Dites plutôt « attendus »

Les éléments de langage ont toute leur importance et décidément les « prérequis » ne passaient pas dans les oreilles des organisations étudiantes. Va donc pour des « attendus » qui seront demandés à l’entrée de chaque licence. « L’idée n’est pas seulement que tout le monde entre à l’université, mais surtout que chaque bachelier entre dans l’enseignement supérieur et puisse en sortir avec un diplôme ! », commente la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal en présentant un nouveau dispositif qui va, plus largement, déboucher sur un Plan étudiants global allant de l’orientation au lycée jusqu’à l’accompagnement dans l’enseignement supérieur.

Un projet de loi, rectifiant l’article L.612-3 du Code de l’éducation consacré à l’accès au premier cycle de l’enseignement supérieur, sera présenté en conseil des ministres le 22 novembre et devra préciser les nombreuses questions qu’on se pose toujours après la lecture de ses intentions. Auparavant il aura été présenté le 9 novembre au Conseil supérieur de l’éducation et le 13 novembre au Cneser. 200 millions d’euros de crédits supplémentaires, dont 100 millions pour la vie étudiante, devraient être consacrés au financement de ces mesures.

Un nouveau dispositif d’orientation en terminale

L’année de terminale va de plus en plus être consacrée à l’orientation des futurs étudiants. Deux semaines entières seront ainsi consacrées à les aider à préciser leur projet au cours du premier trimestre. Lors du conseil de classe de ce même premier trimestre, l’équipe éducative examinera les intentions des élèves puis, au deuxième trimestre, donnera un avis via une « fiche Avenir » qui sera envoyée aux établissements d’enseignement supérieur que le lycéen souhaite rejoindre. Pour aider les jeunes à s’orienter 3 000 « étudiants ambassadeurs » en service civique iront dans les lycées expliquer les attendus de chaque filière.

Questions : Les professeurs de terminale, même aidés par les CIO, sont-ils vraiment aptes à définir quels attendus sont indispensables à la réussite dans telle ou telle filière ? On peut légitimement en douter comme s’interroger sur l’acceptation par les syndicats d’enseignant du passage rapide à ces nouveaux dispositifs. D’autant qu’il paraît difficile quand même difficile de délivrer jusqu’à 10 avis par élève (350 pour une classe de 35) en seulement une heure. Vers des conseils de classe d’une journée ?

Des « attendus » nationaux mais adaptés

Les attendus sont « les connaissances et les aptitudes qui sont nécessaires à un lycéen lorsqu’il entre dans l’enseignement supérieur ». Ils prennent d’abord en compte à la fois les bulletins trimestriels de la 1ère et de la terminale (1er et 2ème trimestres) et les résultats aux épreuves anticipées du bac. Mais ils reposent aussi largement sur la motivation : certaines formations pourront par exemple demander une lettre de motivation, la présentation d’un projet personnel ou associatif, la mise en valeur d’un projet professionnel ou encore de suivre certains MOOC (ce sera le cas pour entrer en PACES). Ces attendus seront de plus adaptables dans chaque université. « Pour chaque licence, des attendus seront définis au niveau national. Les universités pourront, selon leurs spécificités, les adapter pour chaque formation », commente Frédérique Vidal.

Question : De quelle latitude bénéficieront vraiment les universités dans le cadre de diplômes nationaux ? Attention aux recours devant les tribunaux administratifs !

« Oui » ou « oui si »

Les formations non-sélectives n’auront pas la possibilité de refuser un bachelier si des places restent vacantes. En revanche, elles auront désormais la possibilité de conditionner l’inscription à l’acceptation d’un parcours pédagogique spécifique dans le cas où elles estiment que le bachelier n’a pas les attendus requis.

Les universités pourront donc soit répondre « oui » au lycéen, soit « oui, si ». Ce que la Conférence des présidents d’université analyse ainsi : « A partir des attendus, chaque établissement d’enseignement supérieur doit être libre soit de proposer un parcours alternatif mieux adapté au projet et aux chances de réussite du jeune, soit de subordonner son inscription à des modalités d’études palliant les carences de ses acquis scolaires antérieurs et à l’évaluation des progrès accomplis ».

Questions : On comprend qu’il n’y a pas de « vraie » sélection mais seulement la nécessité de suivre un parcours. Mais quel parcours peut bien convenir à un bachelier technologique qui souhaite à tout prix s’inscrire en philosophie ou en physique ? Deux ans de formation supplémentaires ? Et dans quelles conditions un étudiant pourra être exclu de son parcours et donc de son université ?

Et faute de place ? La sélection !

Si pour des raisons de capacités d’accueil, l’université ne peut admettre tous les candidats, la « priorité sera donnée à ceux dont le parcours, la motivation et le projet sont les plus cohérents avec la formation choisie ». Une vraie sélection pratiquée uniquement… là où elle est utile. « Les présidents d’université pourront trier les dossiers des étudiants et à la fin, ils pourront dire non à certains qu’ils jugent moins aptes à rentrer dans telle ou telle formation, et parce qu’il n’y a plus de place. Donc c’est de la sélection », dénonce la présidente de l’Unef, Lilâ Le Bas. « Ce tirage au sort a été imposé par le fait qu’on n’a pas créé les places suffisantes pour accueillir les nouvelles cohortes, les nouvelles générations qui arrivent alors que rien n’était plus prévisible », renchérit Hervé Christofol, secrétaire général du SNESUP-FSU, premier syndicat de l’enseignement supérieur.

Ce à quoi Frédérique Vidal répond en promettant « d’augmenter le nombre de places dans ces licences dites en tension dès la prochaine rentrée ». En tout ce seront ainsi au moins 32 000 places nouvelles qui seraient ainsi ouvertes à l’horizon 2022 (dont 7000 en BTS). Mais rien qu’en STAPS ce seraient 10 000 places qui auraient manqué cette année ! Peut-être faudrait-il un jour mettre aussi en corrélation le nombre de places offertes et les emplois disponibles plutôt qu’augmenter aveuglement les capacités… En attendant, et comme c’est déjà le cas aujourd’hui, ce sont les recteurs qui organiseront des commissions pour résoudre les problèmes d’affectation au cas par cas.

Question : Les organisations syndicales lycéennes étudiantes vont-elles pouvoir mobiliser leurs troupes contre cette sélection non généralisée ? C’est clairement la volonté de l’Unef alors que la Fage salue au contraire le projet mais y met des bémols dans ce cas. « La seule solution pour les filières en tension, c’est d’augmenter les capacités d’accueil ! », proclame ainsi son président Jimmy Losfeld.

D’autres mesures

De nombreuses mesures d’accompagnement sont prévues. Voici les principales

  • pour assurer un accompagnement personnalisé de chaque lycéen, les lycées nommeront, dès le mois de décembre 2017, un second professeur principal en classe terminale ;
  • les « parcours pédagogiques spécifiques » seront « valorisés par l’obtention de crédits ECTS » sans plus de précisions. On peut néanmoins imaginer que ce seront des compétences acquise – travail en groupe, écoute, etc. – qui seront valorisées plutôt que des connaissances qui, par définition, ne sont que de remédiation ;
  • un semestre ou une année de césure pourront être ouverts pour chaque étudiant pendant la licence, y compris entre la terminale et la première année de licence, peut-être l’occasion de réécrire les modalités du dispositif pour le rendre de nouveau simple à organiser ? ;
  • le dispositif « meilleur bachelier » est étendu à l’ensemble des formations postbac (et non plus seulement aux seules formations sélectives) comme le demandaient instamment les universités depuis sa création.

Enfin une nouvelle Commission d’accès au supérieur, présidée par le recteur de région académique, réunira des chefs et responsables d’établissement du secondaire et du supérieur et des représentants des collectivités territoriales. Elle aura « la charge de rendre cohérente la carte de toutes les formations supérieures de la région académique et de mieux l’articuler aux besoins socio-économiques du territoire ». C’est également cette commission qui aura la charge d’identifier une formation pour les bacheliers qui n’obtiennent pas de proposition satisfaisante lors de la procédure d’affectation. Les promesses ont été nombreuses, les attaques contre l’actuel APB souvent injustes, en 2018 tout le monde pourra juger sur pièce.

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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