EMPLOI / SOCIETE, POLITIQUE DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

Emploi : la prime au diplôme

« Les jeunes diplômés réussissent, malgré la crise, à trouver un emploi. Il leur faut un peu plus de temps. » Une phrase qui résume la dernière enquête « Quand l’école est finie » menée par le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) sur les premiers pas dans la vie active des jeunes sortis de formation initiale 2007.

Quelques chiffres

Pas moins de 739 000 jeunes sont allés, ou non, au bout leur formation en 2007 (en moyenne ils se sont arrétes à 21 ans). 42% avaient alors un diplôme supérieur au bac mais 18% aucun diplôme. Seules 14 % des jeunes femmes sont sorties du système éducatif sans aucun diplôme contre 21 % des hommes. 48 % des femmes de la Génération 2007 ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur contre 36 % des hommes.

Quelle insertion ?

Etre jeune diplômé en 2007 c’est démarrer dans des années de crise et donc connaître «  une insertion nettement dégradée par rapport à celle de leurs homologues sortis en 2004 » note le Céreq. Pour autant, près de 80 % des jeunes accèdent à leur premier emploi en moins de 6 mois, dans 70 % des cas sur des emplois à durée déterminée. S’ils ne sont donc aujourd’hui que 30 % en moyenne à démarrer avec un CDI certains s’en tirent beaucoup mieux : 75 % des jeunes ingénieurs bénéficient ainsi d’un contrat à durée indéterminée. Ce n’est le cas que de 52 % de ceux qui sortent d’écoles de commerce et de 50 % des diplômés d’un master scientifique.

Mais qui dit première insertion ne dit pas fin des problèmes. Même les diplômes de niveau bac+5 sont près d’une moitié (48%) à être passés par une période de chômage dans les 3 ans qui suivent leur entrée sur le marché du travail. Un chiffre proche de la moyenne (52%). Ce chômage intervenant majoritairement en début de carrière : 62 % des jeunes qui l’ont connu y ont été confrontés avant toute expérience d’emploi. Des débuts difficiles qui peuvent même se révéler rédhibitoires. Le Céreq pointe ainsi que « 20 % des jeunes ayant débuté leur vie active par du chômage n’ont ensuite jamais occupé d’emploi ».

La galère des non diplômés

La galère c’est pour les autres, ces non-diplômés, exclus du système éducatif secondaire ou supérieur qui restent durablement éloignés de l’emploi. Les jeunes non-diplômés, dont le nombre stagne aux environs de 160 000, subissent une exclusion de plus en plus systématique du marché du travail note le Céreq : ils ne sont que 48 % en emploi en 2010 contre 59 % en 2001, et leur taux de chômage atteint 41 %, alors qu’il était de 30 % en 2001.

Comme le souligne Frédéric Wacheux, le directeur du Céreq : « La société française offre peu d’opportunités à ces jeunes de se rattraper. Pendant de nombreuses années, la plupart vivront « la galère » des petits boulots, de la difficulté à se loger, sans parler de l’illusion de pouvoir recommencer une formation ». Et d’insister : « Le vrai drame de la société française, c’est cette incapacité à offrir une deuxième chance aux jeunes de bonne volonté qui ont connu un échec ».

Selon que tu seras enfant de CSP+ ou pas…

On le sait bien, mieux vaut être enfant de cadre si on veut réussir dans l’enseignement supérieur. 27 % des enfants d’ouvrier sont ainsi diplômés du supérieur pour 69 % des enfants de cadre. Pour autant, note le Céreq «  parmi les diplômés de bac+2, enfants de cadre et enfants d’ouvrier se retrouvent en proportions équivalentes ». Mais à l’inverse, parmi les jeunes qui quittent le système éducatif sans diplôme, on compte cinq enfants d’ouvrier pour un enfant de cadre ; « un enfant d’ouvrier a presque autant de chances de sortir non diplômé (24 % des cas) que diplômé du supérieur (27 %) ».

Que valent les diplômes ?

Et si la solution n’était pas la spécialisation à outrance des diplômés ? Là encore Frédéric Wacheux  s’insurge contre un système : « Depuis trente ans, nous vivons sur l’illusion d’une possible adéquation entre les offres d’emplois pour les jeunes et les diplômes délivrés. Cela aboutit à spécialiser de plus en plus les formations, bac pro ou licences professionnelles, par exemple. C’est méconnaître les trajectoires d’insertion dans l’emploi qui durent souvent plusieurs mois, voire plusieurs années. C’est ignorer les pratiques de recrutement des entreprises. C’est nier qu’il y a un manque de confiance dans le potentiel des jeunes diplômés en France ».

Olivier Rollot (@O_rollot)

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Olivier Rollot

Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives.
Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l’un des experts français de la Génération Y.
Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de « l’Essentiel du Sup » (newsletter hebdomadaire) et de « l’Essentiel Prépas » (webzine mensuel).
Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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