ORIENTATION / CONCOURS

Spécialités du bac : comment se sont orientés les bacheliers en 2021?

Le service statistique du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation publie une note d’information portant sur Parcoursup et le nouveau baccalauréat général. L’analyse des données montre qu’avec la disparition des séries au profit d’un tronc commun et d’enseignements de spécialité, le profil des candidats faisant des vœux de poursuite d’études sur Parcoursup a évolué. Toujours cette semaine l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igésr) publie une Analyse des vœux et affectations dans l’enseignement supérieur des bacheliers 2021. « Nous constatons une forte adéquation des souhaits des élèves et des filières choisies », note la cheffe de l’Igésr, Caroline Pascal qui souligne qu’alors que « moins de la moitié des élèves de la série S s’orientait dans une formation scientifique, hors médecine on a des profils mieux adapté. Par exemple pour Sciences Po beaucoup ne faisaient auparavant des mathématiques en S que pour être reçus. Aujourd’hui les mathématiques ne sont plus un outil de sélection ». Quant à Olivier Sidokpohou, responsable de l’étude, il établit notamment que la « proportion de filles dans les filières scientifiques n’évolue pas par rapport à l’ancien bac général ».

Les 66 doublettes possibles en terminale ont permis la diversification des profils des candidats tout en faisant apparaître les Mathématiques et la Physique-Chimie comme les enseignements de spécialités (EDS) les plus prisées. L’analyse des données par le SIES montre également la « forte cohérence entre les choix d’enseignement de spécialité fait par les lycéens et leurs vœux de poursuites d’études dans l’enseignement supérieur ». 98 % des candidats bacheliers de terminale générale ont ainsi reçu au moins une proposition, et plus de 90% des candidats acceptent une proposition de poursuite d’études en rapport avec les EDS choisis en terminale, y compris pour les candidats qui ont fait le choix d’une doublette rare.

Quelles doublettes dans les filières universitaires et les écoles d’ingénieurs ? Le profil scientifique Physique-chimie-SVT a été particulièrement bien accueilli dans les études de santé où on retrouve le plus souvent des candidats avec la spécialité SVT. C’est sans doute aussi là l’une des principales raisons de la désaffection des étudiantes pour la spécialité mathématiques en terminale. Ainsi, les PASS et les LAS sont demandés d’abord par les doublettes Physique chimie et SVT (55% et 38%), puis les doublettes Maths et Physique-Chimie (25% et 17%) et enfin par les doublettes Maths-SVT (13% et 17%). Des profils qui sont encore plus nombreux pour les candidats finalement reçus.

Les candidats faisant un vœu dans les autres licences ont des profils plus diversifiés. Ils choisissent un domaine de licence qui correspond à au moins un des EDS suivis en terminale.

Les écoles d’ingénieurs sont très majoritairement demandées par les candidats ayant suivi la doublette Maths et Physique-Chimie (75%), puis par ceux ayant fait en terminale Physique-Chimie et SVT (4%) et Maths-SVT (4%).

Pour les Sciences Po l’Igésr note la forte prédominance de la doublette HGGSP-SES que ce soit chez les candidats ou les admis. Les profils scientifiques ont quant à eux quasiment disparu : on passe de 26% de bacheliers S à 4% de profils maths-physique.

 

 

Selon l’Igésr, les profils littéraires que sont les élèves qui ont opté pour les doublettes HLP-HGGSP et HLP-LLCER candidatent dans de très nombreux domaines. Les premiers marquent un fort intérêt pour les licences d’histoire, droit et sciences politiques. Les seconds pour les langues.

Quelles doublettes pour les CPGE ? Les CPGE scientifiques sont demandées à 82% par la doublette Maths et Physique-Chimie. Cependant, il existe de fortes disparités en fonction du type de CPGE. Ainsi, les CPGE MP-SI et PC-SI ne sont demandées quasiment exclusivement (90%) que par des candidats ayant suivi la doublette Maths et Physique-Chimie. La nouvelle CPGE MP2I, mise en place en 2021, est aussi demandée par des candidats avec la doublette Maths-NSI (44%) et pour la CPGE BCPST les candidats avec la doublette Physique-Chimie et SVT sont majoritaires (53%).

Les candidats en CPGE littéraires ont un profil plus différencié puisque plus de doublettes sont présentes parmi les candidats même si on retrouve, sans surprise, des profils majoritairement littéraires avec SES-HGGSP et Maths-SES pour les classes B/L et HGGSP-HLP pour les classes A/L.

Les CPGE économiques et commerciales attirent aussi des candidats avec différents profils. En effet, même si la principale doublette à y être représentée est Maths-SES (38% des candidats et encore plus parmi les reçus), on retrouve également les doublettes SES & HGGSP (19%) pour les ECG option Maths appliquées, et Maths et Physique-Chimie (32%) pour les ECG option Maths approfondies.

Comment les choix de doublette influencent l’orientation. L’influence de la série de baccalauréat général sur l’orientation postbac était une réalité dans l’ancien système. La question que s’est posée l’Igésr est donc de « savoir si la nouvelle organisation allait amener des liens plus forts entre les choix effectués au lycée et les orientations postbac, et si les choix à l’intérieur d’une même doublette de spécialités allaient continuer d’être variés, et dans quelle mesure ». Pour cela, l’inspection a considéré les choix finaux de candidats ayant marqué, par au moins l’un de leurs vœux, une appétence pour un univers de formation précis.

Par exemple, la présence d’un vœu en formation d’ingénieurs est « très fortement prédictive » d’une admission finale en écoles d’ingénieurs, CPGE scientifiques ou BUT production. La présence de l’option maths expertes (ME) joue également un rôle important dans le choix entre une école d’ingénieurs post-ac et une CPGE : parmi les bacheliers du profil Maths et Phyique-chimie sans ME ayant obtenu une mention TB, 16,5 % sont admis en école d’ingénieurs et 13,7 % en CPGE scientifique. Pour le même profil, avec ME, les chiffres sont de 21,3 % pour les écoles d’ingénieurs et 54,5 % pour les CPGE scientifiques.

A contrario un vœu dans une école de commerce est un prédicteur très fort du choix final, la concurrence étant « probablement forte entre écoles mais assez faible avec d’autres formations » selon l’Igésr.

Quant à la présence d’un vœu PASS dans la liste de vœux d’un candidat, elle est fortement prédictive d’une admission finale dans une formation scientifique ou du domaine de la santé et, pour plus de la moitié d’entre eux, d’une admission en PASS, LAS, ou IFSI.

Le niveau Le choix de doublettes ne peut constituer le seul élément permettant de caractériser un bachelier. Or, niveau scolaire et choix de doublettes de spécialités ne sont pas des variables indépendantes comme le montre le tableau ci-dessous.

De plus les deux profils qui dépassent 25 % de mention TB sont également ceux qui ont le taux de boursiers le plus faible.

Vous avez dit « hétérogénéité » ? Comme le soulignent les experts de l’Igésr, « l’implication plus forte des élèves dans la construction de leur parcours de lycée et de leurs choix sur Parcoursup a abouti à un véritable changement dans les profils mais aussi dans les aspirations de bacheliers qui entrent en 2021 dans l’enseignement supérieur ». Pour les licences non sélectives, la grande hétérogénéité des publics va perdurer et se « conjuguer avec l’arrivée de bacheliers ayant développé des compétences supérieures dans le champ de la formation visée », à côté d’étudiants issus notamment des baccalauréat technologiques et professionnels. Ainsi, plus de 50 % des néo-bacheliers admis en licence de langues ont suivi la spécialité LLCER en terminale, ce qui implique d’avoir suivi 6 h de spécialité, à quoi s’ajoutent 3 h 30 de langues dans le tronc commun.

Pour les formations scientifiques sélectives, qui n’accueillaient en série générale que des bacheliers S, la diversité plus grande des profils, constitue un défi devant lequel toutes les formations ne réagissent pas de la même manière. Les écoles d’ingénieurs ont pour une grande part, à l’instar de plusieurs UFR de sciences, repensé l’organisation de leur première année, voire de leur premier cycle pour accueillir de nouveaux profils scientifiques (M-SVT, M-NSI). A contrario les CPGE scientifiques, à l’exception de BCPST et MP2I pour lesquelles les programmes ont été conçus pour accueillir des profils plus variés, ont « encore des difficultés pour accueillir d’autres profils que M-PC ou à la rigueur M-SI ».

Comme le conclut la mission de l’Igésr : « Le fait que les élèves choisissent leurs enseignements de spécialité et participent ainsi à la construction de leur parcours aura des conséquences sur leur manière d’envisager l’offre de formation du supérieur, et en
particulier le lien avec les compétences qu’ils ont pu construire »…

  • L’étude du SIES, qui sert également de base à celle de l’Igésr, porte sur les 363 000 néo-bacheliers généraux qui ont fait au moins un vœu sur la plateforme Parcoursup en 2021.

 

 

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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