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Stratégie d’université : Bordeaux Montaigne et les langues

Tout l’été nous vous proposons de retrouver des grands entretiens publiés sur ce blog en 2014-2015 et qui présentaient des stratégies d’établissements.

  • Bordeaux ne compte pas qu’une université ! Aux côtés de l’université de Bordeaux (née de la fusion des universités Bordeaux 1, 2 et 4) l’Université Bordeaux Montaigne est bien décidée à faire entendre sa différence comme l’explique son président, Jean-Paul Jourdan.

Olivier Rollot (@O_Rollot) : Comment définiriez-vous la singularité de l’Université Bordeaux Montaigne au sein de l’enseignement supérieur aquitain ?

Jean-Paul Jourdan : Notre champ disciplinaire exclusif, ou presque, se situe dans les lettres et les sciences humaines et sociales (SHS). Il n’y a que l’économie-gestion, le droit, la sociologie qui ne soient pas dans note périmètre mais dans celui de l’Université de Bordeaux. Nous sommes présents dans toutes les autres disciplines, des lettres à la géographie en passant par l’information-communication, etc. En journalisme nous proposons l’une des quatorze formations reconnues par la profession avec l’IJBA (Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine).

Jean-Paul JourdanNous avons également un IUT qui prépare notamment aux métiers de l’Animation, du Développement Humanitaire, de la Médiation Culturelle, de l’Internet et du Multimédia. Notre politique est particulièrement dynamique dans les langues puisque nous en enseignons pas moins de 23, disposons d’un département d’études Français langue étrangère et travaillons à la création d’une Maison internationale des langues, des cultures et de la francophonie.

J’ajouterai que nous sommes une université à taille humaine avec nos 16 000 étudiants environ et que nous privilégions l’accueil et la proximité des étudiants, que notre politique culturelle d’animation du campus est reconnue et qu’étudier à Bordeaux Montaigne c’est profiter de l’environnement d’une grande métropole et d’une bonne qualité de vie.

O. R : Devant l’afflux de candidatures à l’entrée en licence, certaines universités sont amenées à tirer au sort les bacheliers candidats. Est-ce le cas à Bordeaux Montaigne ?

J-P. J : Nous avons effectivement quelques filières dont les capacités d’accueil sont limitées : en arts, en information-communication, en licence culture humaniste et scientifique où nous sommes amenés à sélectionner les candidats. Mais partout ailleurs nous accueillons tous les néo-bacheliers. C’est notre mission de service public, comme il est de notre mission de les faire réussir.

O. R : Aujourd’hui la concurrence entre les établissements d’enseignement supérieur est surtout rude au niveau des masters. Dans un classement récent, l’Etudiant a notamment signalé vos masters 2 Aménagement et gestion des équipements, sites et territoires touristiques (AGEST), Histoire, philosophie et médiations des sciences, spécialité médiations des sciences et Urbanisme et aménagement durables. Ce sont de bons choix ?

J-P. J : Tout à fait, et il nous faut développer ce type d’offre. La filière urbanisme et aménagement durables est une filière rare que nous développons mais nous possédons beaucoup d’autres excellents masters en cinéma, philosophie, musique, etc.

O. R : Ces masters attirent aussi beaucoup d’étudiants internationaux ?

J-P. J : Notre avenir, c’est l’international. Pour recevoir de plus en plus d’étudiants du monde entier nous entendons multiplier les cours en anglais et les cursus à la carte. La loi de 2013 sur l’enseignement supérieur a très bien appréhendé l’importance de l’enseignement en anglais pour favoriser la francophonie.

O. R : Vous le disiez, votre université enseigne 23 langues. C’est pratiquement unique en France. Pourquoi cette stratégie ?

J-P. J : C’est au milieu des années 90 que nous avons engagé cette politique et nous pensons que l’enseignement des langues est plus que jamais une carte à jouer aujourd’hui. En japonais nous avons par exemple 550 étudiants c’est-à-dire les plus forts effectifs après l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Le coréen est en plein essor mais nous enseignons également le basque, l’occitan ou la langue des signes en français.

Le projet de création d’une Maison internationale des langues, des cultures et de la francophonie répond aussi à la nécessité de faire connaître les réalités culturelles au-delà des langues. Nous pouvons ainsi toucher un nouveau public de cadres dans les entreprises de l’éco-système régional.

O. R : Vous voulez développer la formation continue ? Tous vos professeurs y sont-ils prêts ?

J-P. J : Le développement de la formation continue est en effet fondamental de même que le développement de la formation par apprentissage dans le cadre du CFA que nous avons créé et que nous entendons conforter. De longue date, certaines de nos filières collaborent avec l’entreprise ; dans les autres, l’idée du partenariat a fait son chemin.

O. R : Question récurrente qu’on vous pose depuis 2013 : pourquoi Bordeaux Montaigne n’a-t-elle pas fusionné avec les autres universités bordelaises ? Un peu comme à Montpellier 3 ou Rennes 2 on peut avoir le sentiment que les universités de sciences humaines et sociales préfèrent rester en dehors des mouvements de fusion ?

J-P. J : Nous n’avons jamais été défavorables à un regroupement. D’ailleurs nous sommes bien présents dans la Comue (communauté d’universités et d’établissements) d’Aquitaine. Mais nous n’étions pas favorables à la fusion des universités bordelaises. Nous préférions continuer à travailler avec les autres universités bordelaises dans l’esprit confédéral, qui prévalait dans l’ancien pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES), plutôt que dans un principe intégrateur qu’induit forcément une fusion. Nous n’avons pas été entendus par nos partenaires bordelais. Nos personnels, consultés par référendum au printemps 2013, ont voté à 86% contre la fusion (avec une participation de 53%).

Je n’hésite pas à le dire : c’est un échec pour l’université de Bordeaux, dont la construction est inachevée, mais aussi pour Bordeaux Montaigne. Un échec qu’on aurait pu éviter si, au printemps 2013, on avait retenu le mouvement et utilisé les possibilités de la loi Fioraso qui allait être votée plutôt que d’accélérer vers la fusion. Nous aurions très bien pu aller vers une université confédérale comme à Toulouse.

O. R : Vous n’êtes pas dans l’université de Bordeaux mais, comme vous venez de l’indiquer, bien partie prenante de la Comue d’Aquitaine.

J-P. J : Nous sommes en effet un des six partenaires (Université de Bordeaux, Sciences Po Bordeaux, INP Bordeaux, Université de Pau et des Pays de l’Adour). Nous sommes également membre fondateur de l’Idex (initiative d’excellence) qui a été retenue en 2012 et qui est aujourd’hui portée par l’université de Bordeaux. Dans ce cadre nous avons pu développer une politique de professeurs invités, accroître notre nombre de contrats doctoraux et créer le labex de « Sciences archéologiques de Bordeaux ». Il nous faut maintenant travailler avec nos partenaires dans la Comue à la coordination des politiques de formations et de recherche en sciences humaines.

O. R : Vos formations doctorales seront-elles regroupées dans la Comue comme c’est souvent le cas aujourd’hui ?

J-P. J : Non, notre école doctorale « Montaigne Humanités », qui compte de 600 à 700 doctorants pour 100 thèses soutenus chaque année, reste en propre. Nous avons déjà fait l’effort de passer de deux à une nos écoles doctorales et réduit nos UFR (unités de formation et de recherche) de onze à trois en 2010. Nous avons également été, en 2013, les premiers en Aquitaine à produire un MOOC. Nous en avons ouvert un second en 2014. Aujourd’hui nous travaillons à la rénovation de nos bâtiments dans le cadre du plan Campus avec l’aide de la région et le concours du département pour ce qui touche à l’aménagement.

O. R : Dans quel état se porte Bordeaux Montaigne sur le plan financier ?

J-P. J : Nous sommes sur la corde raide avec une situation financière correcte mais fragile puisque nous avons dû geler une dizaine de postes et utilisons chaque année 99,7% de notre dotation de masse salariale. Nous avons assez peu de recettes propres et nous devons les développer. Heureusement la région Aquitaine est très présente à nos côtés.

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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