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Syntec Numérique veut plus que jamais séduire les jeunes

Le 18 octobre la fédération professionnelle des entreprises du numérique, le Syntec Numérique, organise la journée LeDayClick dédiée au numérique et à ses métiers qui rassemblera jeunes, étudiants, entreprises du numérique, startups, business angels… au Centquatre-Paris. Président de Syntec Numérique, Godefroy de Bentzmann, explique pourquoi il est plus que jamais important de convaincre les jeunes de tout l’intérêt qu’il y a à rejoindre son secteur.

Godefroy de Bentzmann

Olivier Rollot : Depuis de nombreuses années les entreprises du numérique peinent à recruter et demandent que les filières d’études qui y mènent soient encouragées. Vous sentez-vous entendu aujourd’hui par l’Etat ?

Godefroy de Bentzmann : Nous n’avons pas de problème de qualité dans nos recrutements avec des jeunes très bien formés, notamment dans les écoles d’ingénieurs qui nous associent de plus en plus à leurs conseils stratégiques. Un sujet sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années avec l’association Pasc@line. La mise en place d’enseignements en informatique au lycée est également un grand pas. Et nous ne pouvons que nous féliciter de voir le gouvernement réfléchir aujourd’hui à mieux orienter vers les filières porteuses fin 2017. Mais fin 2017 c’est bien loin quand nos besoins de recrutement sont immédiats et qu’il nous manque chaque année de l’ordre de 5000 ingénieurs.

O.R : Combien d’emplois créent les entreprises du secteur numérique chaque année ?

G. de B : Nous créons en moyenne 11 000 emplois nets par an et recrutons chaque année 40 000 cadres quand l’industrie en recrute 26 000, la banque-assurances 13 000 ou encore le commerce 18 000. Le numérique est un secteur qui tire la croissance de toute l’économie.

O.R : En quelques chiffres que représente aujourd’hui le secteur du numérique en France ?

G. de B : Les 1800 entreprises adhérentes de Syntec Numérique regroupent 412 000 personnes et 80% du chiffre d’affaires d’un secteur qui va des éditeurs de logiciels au conseil en passant par les nouveaux métiers comme le Big Data, etc. Avec une moyenne de salaires dans nos entreprises de 48 800 € par an, 94% de CDI et 69% de cadres quand en moyenne en France c’est 34 200 € et 16% de cadres. Au-delà de notre secteur, les entreprises emploient près de 1,2 fois plus d’informaticiens que nous et le numérique, tous secteurs confondus.

O.R : Quels profils vous manquent le plus ?

G. de B : Nous devons attirer vers nos métiers des jeunes qui ne pensent pas que nous sommes porteurs : alors que nous sommes le seul secteur qui recrute, seulement la moitié des lycéens pense qu’il y a de l’emploi dans le secteur numérique et on tombe à 20% chez les filles. Le déficit de femmes est flagrant et on le retrouve dans les écoles d’ingénieurs où il n’y pas assez de filles. Plus largement, nous manquons largement d’ingénieurs formés à nos métiers. La situation risque de ne pas s’arranger quand on voit comment le niveau en maths et en résolution de problèmes se dégrade à l’école depuis cinq ans. Les maths ne sont pas assez valorisées dans les petites classes et on ne forme pas assez de scientifiques.

Le manque va être de plus en plus grand dans 5 à 10 ans à venir alors même que nous allons avoir besoin d’ingénieurs très pointus en algorithme pour programmer et utiliser les « machine learning », ces systèmes d’intelligence artificielle qui vont apprendre à améliorer constamment leurs performances et nous donnerons des indications essentielles pour notre quotidien comme pour les entreprises. Mais c’est maintenant qu’il faut mettre en place les filières qui y mèneront.

O.R : Que pensez-vous d’initiatives comme « La grande école du numérique » ou l’école 42 ?

G. de B : Elles s’adressent à des personnes qui sont sorties du chemin et peuvent profiter de la transformation numérique pour y revenir. Il en ressort de très bons profils de développeurs mais cela ne répond pas à la question de fond de notre économie qui est de former plus de chercheurs et de cadres. Aujourd’hui nous sommes contraints d’aller chercher des compétences à l’extérieur et nous préférerions les recruter en France.

Par ailleurs Syntec Numérique participe également à la formation de demandeurs d’emploi de tous secteurs confondus : 3 000 cette année mais nous pourrions en former le double.

O.R : Quelles sont les qualités que vous attendez aujourd’hui de vos ingénieurs ?

G. de B : L’excellence technologique ne suffit plus aujourd’hui. Elle doit être accompagnée de « soft skills », de compétences, qui permettent à nos ingénieurs d’être polyvalents pour bien comprendre les besoins des utilisateurs. Ces soft skills les écoles d’ingénieurs n’y préparent pas encore assez. Par contre nos jeunes ingénieurs savent très bien travailler en réseau, à côté des utilisateurs.

O.R : Les entreprises françaises sont-elles aujourd’hui bien au fait des enjeux de leur transformation numérique ?

G. de B : En 3 ans les entreprises de la vieille économie sont passées du stade du « lapin dans les phares d’une voiture » à celui d’acteurs de cette mutation. Une grande partie de leurs directeurs des services informatiques ont d’ailleurs changé et ils ont fait leur grand retour dans les comités exécutifs, les comex, sans d’ailleurs être toujours des informaticiens. Mais il y a encore un manque de maturité au niveau de l’Etat et des politiques qui n’ont toujours pas intégrés les enjeux de la transformation numérique. Nous devrions avoir tous une bonne compréhension des enjeux technologiques. Même à Sciences Po !

O.R : On parle souvent de la qualité des ingénieurs français sans que nous soyons pour autant des acteurs majeurs de la transformation numérique. Qu’est-ce qui manque à la France ?

G. de B : D’abord un écosystème, les fameux GAFA (Google / Amazon / Facebook / Apple) qu’ont les Américains et qui permettent à de nombreuses start up de s’épanouir. En France nous appliquons des technologies qui viennent des Etats-Unis et qui ont souvent été développées là-bas par nos propres ingénieurs. Ensuite une fiscalité qui permette aux entreprises d’investir et d’intégrer massivement dans les technologies pour opérer leur transformation numérique. Et des conditions de travail adaptées : aux Etats-Unis la majorité des jeunes ne veut pas entendre parler de contrat de travail et en France aussi beaucoup demandent à entrer dans ces modèles « agiles », à passer d’une entreprise à l’autre, alors que tout est fait pour leur imposer un modèle à l’ancienne. Ce qui nous permet d’ailleurs de les embaucher en CDI…

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Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel).

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