Une université « dynamique et agile (…) confrontée à des défis majeurs » : le Hcéres évalue CY Cergy Paris Université

by Olivier Rollot

« CY est une université dynamique et agile, forte d’une capacité remarquable à capter des projets, à associer des acteurs variés à sa trajectoire, mais qui est confrontée à des défis majeurs en matière de stratégie scientifique et de pérennisation de son modèle » écrivent les experts du Hcéres en résumé de leur rapport d’évaluation de CY Cergy Paris Université.

Une université en forte mutation. Née de l’ancienne université de Cergy-Pontoise, CY a changé d’échelle en quelques années. Le rapport rappelle que ses effectifs étudiants sont passés de 14 255 en 2013 à 21 755 en 2023, hors établissements-composantes. L’établissement a absorbé l’UCP, la ComUE Paris Seine et l’EISTI, intégré l’EPSS et l’ILEPS, puis accueilli l’INSEI lors de son passage au statut de grand établissement.

Autour d’elle, CY a constitué CY Alliance, regroupement de douze membres en 2024, dont l’ESSEC, l’ENSEA, l’ENSAPC, l’ENSA Versailles ou encore l’ISAE-Supméca. Elle porte également CY Initiative, dotée de 9 millions d’euros par an pour CY et l’ESSEC, et participe à l’alliance européenne Eutopia.

Une formation professionnalisante, marque de fabrique territoriale. Le Hcéres souligne la cohérence de l’offre de formation avec les besoins du territoire. CY reste fidèle à l’une de ses missions historiques : « offrir un avenir professionnel à la jeunesse de l’Ouest francilien ». Cette orientation se traduit par une offre très professionnalisante : 48 parcours professionnalisants en premier cycle, 48 parcours de master accessibles en apprentissage ou en contrat de professionnalisation, et près d’un millier d’apprentis accompagnés en 2023.

CY Sup, l’école universitaire des premiers cycles, est présentée comme une avancée notable. Elle coordonne des dispositifs d’orientation, de professionnalisation et d’insertion, dont « Pass Sup », destiné à accompagner des lycéens professionnels « à potentiel ». Le rapport estime que CY Sup a « indéniablement permis d’impulser des actions de qualité ».

Mais le pilotage reste perfectible. Les arbitrages de création ou d’évolution des formations ne sont pas toujours clairement définis. Les données de réussite et d’insertion restent dispersées entre composantes, et les conseils de perfectionnement fonctionnent de manière hétérogène. Le comité recommande donc de clarifier les niveaux de décision et de mieux partager les indicateurs.

Des graduate schools encore loin de leur cible. La structuration académique devait reposer sur CY Sup pour le premier cycle et sur des graduate schools pour les niveaux master et doctorat. Or, le rapport juge le bilan « très mitigé ». Si CY Sup progresse, les graduate schools apparaissent encore inégalement structurées.

CY Tech, au cœur du projet initial d’« université de technologie », a dû revoir son organisation après un audit de la Commission des titres d’ingénieur, qui estimait que l’école d’ingénieurs n’apparaissait pas suffisamment comme telle. Le Hcéres note le risque d’un affaiblissement de l’ambition initiale de transversalité entre recherche, masters et filières d’ingénieurs.

Les autres graduate schools présentent également des degrés de maturité contrastés. CY Éducation apparaît comme la plus structurée, tandis que CY Arts et Humanités n’a pas atteint les objectifs initiaux. Le comité invite l’établissement à définir une feuille de route claire, sans renoncer aux principes de départ : continuum master-doctorat, lien formation-recherche et visibilité académique.

Une recherche dynamique, mais trop dispersée. CY affiche l’ambition de devenir une université internationale de recherche. Le rapport reconnaît son dynamisme, notamment à travers ses 25 unités de recherche, ses succès dans les programmes PIA et France 2030, la création de la Maison de la recherche en sciences humaines et sociales, ou encore l’activité de CY Advanced Studies.

Mais le Hcéres pointe une difficulté stratégique : l’établissement revendique des domaines interdisciplinaires — santé, IA, transition sociétale et environnementale — jugés « assez larges et peu différenciants » dans un paysage francilien très concurrentiel. Le comité recommande de « concentrer ses efforts sur un nombre restreint de thématiques différenciantes ».

Le potentiel de CY Initiative et de CY Alliance n’est pas pleinement exploité. Les liens avec l’ESSEC progressent, mais restent en deçà des ambitions initiales, notamment faute de signature scientifique commune. Le projet de positionnement en santé est également jugé encore incertain, notamment en raison du caractère hypothétique d’une future faculté de médecine.

Le défi des moyens humains et financiers. La réussite de CY repose largement sur sa capacité à capter des financements sur projets. Mais cette force devient aussi une fragilité. Le rapport insiste sur le poids de ressources non pérennes et sur la croissance des personnels contractuels, alors que les effectifs titulaires stagnent.

Le comité observe que le nombre d’enseignants-chercheurs titulaires est resté pratiquement constant entre 2020 et 2024, tandis que les enseignants-chercheurs contractuels financés sur ressources propres ont presque doublé. Cette situation pèse sur la soutenabilité des formations, de la recherche et des fonctions support. Le rapport évoque également une « surchauffe » des équipes liée à la multiplication des projets.

CY Alliance, une communauté encore à fédérer. CY Alliance constitue un levier stratégique, mais son fonctionnement reste largement centré sur des réponses communes à des appels à projets. Le Hcéres estime que l’alliance n’est pas encore pleinement devenue un espace de pilotage partagé, notamment en matière de formation, de recherche et d’innovation.

Le rapport recommande d’associer davantage les partenaires aux orientations communes. La question est sensible : CY Alliance rassemble des établissements très différents par leur statut, leur culture et leurs priorités. L’enjeu est donc de passer d’une logique de coalition par projets à une logique plus intégrée de stratégie collective.

International, innovation, vie étudiante : des avancées contrastées. La stratégie internationale est jugée ambitieuse et cohérente, avec Eutopia comme socle. Les partenariats internationaux en formation et en recherche se sont développés, mais leur impact sur les mobilités étudiantes reste à renforcer.

Sur l’innovation et le transfert, CY dispose de nombreux outils, dont CY Transfer et le label PUI obtenu en 2023. Mais le rapport regrette l’absence d’un plan d’action de moyen terme suffisamment explicite. Il note que les actions « manquent de cohérence et de suivi », malgré un écosystème territorial favorable.

La vie étudiante constitue en revanche un point fort. Le Hcéres salue une politique « particulièrement dynamique », tout en appelant à renforcer l’implication des étudiants dans la gouvernance et la vie de l’établissement. Le parlement étudiant est identifié comme un nouvel outil à mobiliser.

Une transition écologique désormais structurée. Le rapport relève un engagement affirmé en matière de développement durable et de responsabilité sociétale. CY a obtenu le label DD&RS en 2024 pour deux ans, élaboré un schéma directeur adopté en juin 2025 et engagé un plan de décarbonation après un bilan des émissions de gaz à effet de serre réalisé fin 2023.

L’établissement veut aussi intégrer les enjeux de transition dans les enseignements. L’UE libre « Comprendre les enjeux de la Transition Écologique et Sociale » préfigure un socle commun dont l’objectif est de former 100 % des étudiants. Le comité estime qu’« une véritable dynamique a été lancée », tout en appelant à mieux associer les étudiants et à mettre en place des indicateurs partagés.

Related Posts

Laisser un commentaire