Universités : les paradoxes d’une trésorerie de plus en plus positive

by Olivier Rollot

« Les universités et les établissements publics de recherche disposaient début 2025 d’une trésorerie d’environ 6,8 Md€, qui a connu une hausse massive ces cinq dernières années (+ 2,5 Md€), principalement sous l’effet des avances et acomptes reçus dans le cadre de différents dispositifs de financement (…), dont le montant a doublé en l’espace de cinq ans », explique la Cour des comptes dans une enquête qu’elle vient de mener sur les trésoreries de 63 universités et huit établissements publics de recherche.

Un paradoxe à l’heure où le financement des universités fait débat ? Non car la majeure partie de cette trésorerie est déjà engagée ou affectée car elle correspond à « des subventions fléchées sur des projets de recherche, des programmes d’équipement ou des opérations immobilières, qui ne peuvent pas être utilisées librement ». Ainsi, une part plus ou moins importante de la trésorerie des établissements ne « reflète pas nécessairement leur capacité. réelle à financer des projets sur fonds propres ou à faire face à des dépenses imprévues (déficit, hausse de charges, etc.). » De plus la trésorerie « libre d’emploi » correspond à la part de liquidités non affectée, s’est réduite relativement : sur le panel de 71 établissements dont la situation a été examinée dans le cadre de l’enquête, la Cour estime sa part à 5 % de la trésorerie globale.

Une situation que commentait ainsi Laurent Gatineau, le président de CY Cergy Paris Université, il y a quelques semaines dans l’Essentiel du Sup : « Nous pouvons ainsi nous retrouver dans une situation où l’établissement semble disposer d’importantes réserves, alors que ces ressources ne sont pas mobilisables pour répondre à des besoins immédiats. Cette rigidité limite fortement la capacité d’adaptation des universités ». Sa préconisation : « Une plus grande souplesse constituerait un levier important. Les universités font déjà l’objet d’un suivi annuel rigoureux et doivent justifier précisément l’utilisation des crédits. Dans ce cadre, un assouplissement encadré pourrait faciliter l’investissement et éviter des blocages inutiles ». Pour résoudre ce paradoxe la Cour propose que, pour les établissements « disposant d’un niveau de trésorerie élevé et d’un pilotage financier solide », soit élaborée une doctrine de « gestion dynamique » de la trésorerie « permettant d’utiliser une part de la trésorerie fléchée pour amorcer le financement d’activités permettant de générer des ressources propres ».

Par ailleurs la Cour constate que le pilotage de la trésorerie est « contraint par l’inadaptation des outils de gestion et le défaut de fiabilité des données financières ». À la faiblesse des outils s’ajoute une gestion pluriannuelle encore « peu structurée ». Les universités et les organismes de recherche doivent en effet suivre des projets « majoritairement longs et complexes, mobilisant parfois plusieurs sources de financement, des consortiums regroupant de nombreux intervenants et pouvant associer plusieurs unités de recherche au sein du même établissement ».

 

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