ALTERNANCE / FORMATION CONTINUE

Alternance dans le supérieur : le succès jusqu’à quand ?

434 000 : c’est le nombre d’étudiants qui ont choisi la voie de la formation en alternance en 2010 selon les statistiques de l’INSEE. En 10 ans, ce nombre a augmenté de 57%. Suivre une formation en alternance, que ce soit en contrat de professionnalisation ou en contrat d’apprentissage, représente un véritable tremplin pour les étudiants qui sont à la recherche de concret : c’est pour beaucoup la possibilité de « faire le lien entre ce qu’on apprend à l’école et la vie professionnelle », comme l’explique Élodie qui a réalisé une grande partie de ses études de comptabilité en alternance.

Confirmer ses choix professionnels

L’expérience professionnelle, la reconnaissance sur le CV, la gratuité de la formation, nombreux sont les points forts de l’alternance. « Commencer à se faire des contacts et mieux comprendre le fonctionnement du monde de l’industrie », c’est un des atouts de ce type de formation selon Aurélien, étudiant en alternance en école d’ingénieur. Découvrir le monde de l’entreprise et acquérir une expérience professionnelle sur le terrain améliorent l’employabilité une fois le diplôme en poche. C’est un plus très apprécié des entreprises.

Paris-Dauphine accueille des formations en apprentissage de la Licence jusqu’au Master 2

C’est après ses 3 années d’alternance pour ses études de gestion à l’Université Paris Dauphine que Sarah se rend ainsi compte de ce qu’elle y a gagné : beaucoup de maturité et d’expérience professionnelle. « Pour moi, le premier atout de l’apprentissage, avant l’apprentissage d’une mission et le développement de compétences, c’est plus d’apprendre le fonctionnement de l’entreprise et ce qu’on attend d’un salarié. ». Si elle a choisi l’alternance, c’est pour la reconnaissance sur le CV. Aussi bien Sarah, qu’Aurélien et Elodie, ils sont tous satisfait de leur parcours et le referait sans doute si c’était à refaire. Grâce à cette immersion en entreprise, ils ont vu leurs choix professionnels futurs se confirmer.

Un véritable investissement

L’alternance, une solution jugée magique, mais pas à moindre coût et pas sans conséquences. Pour l’entreprise, former un étudiant dans le cadre d’une formation en alternance n’est pas sans coût puisqu’il faut un tuteur pour s’occuper à plein temps de l’étudiant.

Du côté des étudiants, ils ont beau avoir l’âge de faire la fête et de profiter des atouts de la vie étudiante, la vie en entreprise et la charge de travail ne leur permet pas de gouter à ces plaisirs. L’alternance c’est avant tout un rythme, et un rythme lourd qu’il faut suivre. En effet vaut mieux ne pas être perdu car le retard semble difficile à rattraper : « Le gros inconvénient est avant tout le rythme. En dehors des semaines de cours qui sont très chargées, nous avons aussi les mêmes (gros) dossiers à rendre que les étudiants qui n’ont que 25h de cours par semaine, avec un total de 5 semaines de congés par an » nous explique Sarah. Les étudiants sont soumis à une double responsabilité : envers leur entreprise et envers leur école. Et pour beaucoup, comme pour Elodie, « Le plus dur est de travailler le soir après une journée de travail pour les devoirs ! ».  L’alternance, bien que rimant avec vacances, ne permet pas aux étudiants de bénéficier d’autant de repos qu’ils en avaient lors de leurs formations à l’école uniquement. Une fois plongés dans le monde de l’entreprise, ils doivent en accepter les bons comme les mauvais côtés.

L’alternance a conquis l’enseignement supérieur

L’accès à la formation en alternance n’est plus réservé à un certain nombre de professions. Si les formations en CAP et BEP restent phares dans le monde de l’apprentissage, de nombreux étudiants ont été séduit par la formation en apprentissage dans le supérieur : selon une étude l’APEC sur l’alternance dans l’enseignement supérieur, la part des étudiants en apprentissage dans le supérieur est passée de 2,5% en 1995-1996 à 11,7% en 2008-2009. Aussi bien les écoles d’ingénieurs, de commerce que les universités, toutes s’y sont mises !

Si les avantages de l’alternance sont incontestables pour certaines formations, pour les étudiants du supérieur, ils sont à relativiser. Selon cette même enquête de l’APEC, en 2010, 83% des étudiants ayant réalisés une formation en alternance ont trouvé un emploi au cours des huit mois suivant leur diplôme contre 76% des étudiants non alternants. Les effets sur l’employabilité semblent donc moins puissants.

Un développement compromis ?

L’alternance ressemble donc à un challenge avec des bons comme des mauvais côtés, mais un challenge qui vaut le coup d’être tenté ! Ce parcours séduit et a de quoi en séduire encore de nombreux étudiants, si tant est que les régions acceptent toujours de contribuer à leur financement…

Alors que le rapport Gallois préconise de double le nombre d’apprentis dans l’enseignement supérieur, nombreuses sont en effet aujourd’hui les écoles de management  à avoir des problèmes pour assurer le financement de leur dispositif. La raison ? Tout simplement une enveloppe globale qui ne grossit pas et est tout simplement divisée par le nombre d’apprentis. Résultat, selon un article du « Figaro », de « grands groupes laissent des ardoises de plusieurs centaines de milliers d’euros aux écoles de management ». Certaines grandes écoles penseraient donc à réduire leur nombre d’apprentis. C’est le cas de l’Essec, qui a jusqu’ici misé très fort sur l’apprentissage. « Fort de 756 apprentis en 2010, le CFA a enregistré cette année-là un déficit de 360.000 euros », révèle Le Figaro avant d’expliquer : « Pour éviter d’autres déficits, il a dû s’engager à réduire la voilure: l’Essec ne devrait plus compter que 645 apprentis à la fin de l’année, avec un objectif de revenir à 600 en 2014 ».

Marion Duclos-Grenet et Sébastien Gémon

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

1 Comment

  1. Article très intéressant, qui prouve bien l’utilité de l’alternance dans certains cas. Mais on peut aussi remarquer que de plus en plus d’entreprises ne recrutent plus d’alternants car elles préfèrent les avantages que procurent le stagiaire… C’est un peu dommage !

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