Il faut valoriser la pédagogie !

« Trop de professeurs croient encore que le volet pédagogique de leur travail pourrait défavoriser leur carrière en obérant leur recherche. Nous devons absolument soutenir les enseignants les plus engagés dans la pédagogie », confie Najat Vallaud-Belkacem lors du colloque que consacrait le 16 novembre la Conférence des présidents d’université à « Apprendre à l’Université du 21ème siècle ». Le nouveau Programme d’investissements d’avenir devrait lui être largement consacré et porter ainsi hautes les couleurs de la pédagogie.

La pédagogie au cœur du PIA3

Après un combat que Najat Vallaud-Belkacem décrit comme « presque homérique », 300 millions d’euros vont être consacrés au développement des pédagogies dans l’enseignement supérieur dans le cadre du PIA (rogramme d’investissements d’avenir) 3. « Il faut ouvrir de larges parts d’autonomies pour permettre à l’université d’accueillir le plus grand nombre d’étudiants tout en allant vers l’excellence et cela passe par la pédagogie », assure Jean-Pierre Korolitski, membre du Commissariat général à l’investissement, pour lequel il faut « mieux différencier les cursus licence et master ». Tous les sites universitaires seront touchés. 250 millions seront consacrés sur dix ans à la création de nouveaux cycles sur trois axes : le numérique, la formation continue pour transformer l’université en « institution dans laquelle on peut revenir facilement » (il faudrait créer des « universités numériques tout au long de la vie ») mais surtout la réussite en licence : « C’est là qu’il faut le plus innover pour résoudre les problèmes d’échec avec un traitement de l’hétérogénéité des étudiants qui doit être plus différencié en objectifs, rythmes, méthodes… ».

Parce que les effets des programmes sélectionnés dans le cadre des PIA 1 et 2 sont parfois « ténus », Jean-Pierre Korolitski insiste pour que « les projets qui seront déposés soient évalués régulièrement pour avoir un effet « tâche d’huile » ». D’autant qu’il a « les plus grandes craintes » sur les conclusions des rapports PISA (en décembre) et de l’Association européenne des universités sur l’autonomie des universités (en avril). « PISA est fondé sur la compréhension alors que notre enseignement encourage la reproduction et on peut vraiment s’inquiéter », confirme Michel Lussault, directeur de l’Institut français de l’éducation et président du Comité supérieur des programmes.

Cette nécessaire démarche participative est aussi au cœur des 4 à 6 projets pilotes qui vont bientôt être sélectionnés dans le cadre d’un programme expérimental du ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « DUNE » (Développement d’universités numériques expérimentales »). Les établissements sélectionnés devront viser une transformation numérique « massive » et « multidimensionnelle » des cursus. Mais la transformation numérique des établissements d’enseignement supérieur ne saurait se borner à ses cursus : du recrutement des étudiants au suivi des diplômés en passant par la gestion du corps professoral, ce sont les établissements dans leur ensemble qui sont impactés.

Un étudiant actif apprend mieux

« Quel que soit le domaine il y a un avantage très net pour les étudiants qui ont des pédagogies actives, activités pratiques, discussion, travaux en petits groupe, questionnement continuel de l’enseignent », explique Stanislas Dehaene professeur au Collège de France où il occupe la chaire de Psychologie cognitive expérimentale, qui insiste : « Tout marche mieux que l’amphi traditionnel parce que le cerveau travail dans un mode prédictif en émettant des hypothèses. Le cerveau travail sur des erreurs de prédiction. Si elle est fausse le cerveau corrige le modèle mental prédictif ». Au bout d’un moment on n’entend par exemple plus la pluie ou les avions si on habite à côté d’un aéroport car le cerveau prédit que c’est normal. « On ne peut apprendre que s’il y a une erreur ou du moins une incertitude », reprend Stanislas Dehaene pour lequel « punir les erreurs bloque l’apprentissage car on anticipe la punition et le cerveau n’évolue plus ». Sa conclusion : « ll faut créer des situations d’apprentissages dans lesquelles l’erreur est normale et les bonnes réponses récompensées, le regard bienveillant de l’autre étant la première récompense ».

« Quand on donne l’initiative aux étudiants les universités deviennent une vraie marmite d’initiatives. Ils veulent s’installer, coopérer, un incubateur, un accélérateur, un Fablab, autant de lieux qui symbolisent un apprentissage par l’expérience », confirme Sophie Pène, professeure en sciences de l’information à l’Université Paris Descartes et vice-présidente du Conseil national du numérique qui préconise la création d’une « Agence nationale pour la pédagogie » sur le modèle de l’Agence nationale de la recherche (ANR), pour laquelle «  un professeur doit aujourd’hui dessiner les parcours dans lesquels va s’installer l’apprentissage et accorder de l’importance au savoir des étudiants plutôt que de se contenter de délivrer son cours ».

Comment rendre l’apprentissage le plus efficace possible ?

« Une information présentée auditivement est plus efficace dans l’apprentissage que visuellement mais le plus important est de pouvoir revenir sur son cours car la mémoire immédiate est très peu extensible », conseille Fabien Fenouillet, professeur de psychologie des apprentissages à l’Université Paris Nanterre, qui insiste sur l’efficacité de « la part active de l’apprentissage ». Mais à l’ère des MOOC, d’une information à disposition partout, ne faudrait-il pas accorder le plus d’attention possible au cours que prendre des notes ? « En comparant les résultats d’étudiants qui ont pris des notes pendant le cours, d’autres non, d’autres enfin qui n’ont fait que lire le cours sans y assister, on constate que ce sont ceux qui ont pris des notes plutôt que d’avoir tout le cours qui ont les meilleurs résultats », analyse Fabien Fenouillet, pour lequel « il faut décidément être actif pour apprendre en étant guidés par l’enseignant qui insiste sur les mots clé les plus importants ».

« Certaines techniques sont plus adaptées à certaines compétences que d’autres et il ne faut pas rejeter totalement le travail en amphi. L’offre pédagogique doit être également être adaptée à tous les publics et on sait que les élèves les plus en difficulté sont les plus sensibles au travail avec un professeur », confie Amélia Legavre, doctorante du Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) créé par François Taddei qui a d’abord étudié de manière très classique en droit avant d’aller au Québec où on privilégie la classe inversée avec « la nécessité de lire soi-même des centaines de pages chaque semaine » et enfin au CRI où on parle de « classe renversée » quand ce « sont les étudiants eux-mêmes qui enseignent ». Pas de méthode unique donc mais toute une gamme à utiliser selon les objectifs ou les étudiants.

Olivier Rollot (@ORollot)

Print Friendly