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Campus Intelligent et accessibilité auditive

 

L’accessibilité est un facteur important à considérer dans un projet de campus intelligent : nous sommes tous concernés ! Auditeurs et formateurs ; campus anciens et nouveaux.

L’accessibilité auditive ne relève pas que du « réglementaire » et n’est pas réservée qu’aux personnes malentendantes : les « normo-entendants » sont parfois « durs de la feuille » et rencontrent des difficultés de concentration ou d’apprentissage liées à l’accessibilité auditive. Cette problématique « auditive » est donc propre à chaque client du campus, qu’il soit formateur, apprenant, ou visiteur. De nombreuses solutions remédient à ces maux tout en apportant de la valeur au travers de nouveaux usages. Bien évidemment, il faut que le tout fonctionne sans notice et en 60 secondes !

Jean-Michel Prin, fondateur de la société BoucleMagnetique.fr et spécialiste de l’accessibilité auditive répond aux questions de Gregor Maciak, directeur solutions digitales innovantes. Une étudiante d’école de commerce nous apporte son témoignage.

G. M : Qu’est-ce que l’accessibilité auditive?

J-M. P : L’accessibilité auditive permet à tous, malentendants comme normo-entendants de suivre efficacement un cours. Puisque 85% des informations échangées sont orales, on comprend bien l’importance du sujet.

Avant toutes choses, il faut savoir que presque personne n’a une audition parfaite ! Les personnes dites « normo-entendantes » sont parfois « victimes » d’une légère déficience auditive qui nécessite une concentration accrue pour suivre un cours ou une conversation.

Tant que cela ne nous gêne pas, nous n’en prenons pas conscience. Toutefois, dans un milieu bruyant comme la « Kfét » ou insuffisamment insonorisé comme de trop nombreuses salles de cours, on commence à éprouver des difficultés de compréhension.

En effet, les sources auditives sont nombreuses dans un campus et ce sont plusieurs centaines de personnes qui sont concernées. Nous en reparlerons.

Concernant les malentendants, il convient au préalable de distinguer les 4 degrés de surdité :

  • Légère : ces personnes ont parfois de la peine à suivre certaines conversations, surtout dans des endroits bruyants.
  • Moyenne : sans aides auditives, elles ont de la peine à suivre une conversation.
  • Sévère : ces personnes voient leur audition s’améliorer grâce au port d’aides auditives puissantes mais, même dans ce cas, elles doivent s’appuyer sur la lecture labiale. Certaines utilisent le langage gestuel.
  • Profonde : les personnes atteintes de surdité profonde entendent vraiment très mal et le langage gestuel et/ou la lecture labiale leur sont indispensables.

Et pour les campus, que faut-il retenir ?

Partons de l’hypothèse d’une voix normale forte (65 dB) perçue à 1 mètre. Cette voix perd 6 dB à chaque fois que la distance est doublée. Que font les formateurs ? Ils forcent leur voix pour avoir un rapport « signal-bruit » qui leur permette d’être entendus par tous. Les malentendants doivent, quant à eux, faire des efforts considérables pour suivre un cours. En effet, bien que très performants, les appareils auditifs ne sont réellement efficaces que sur une distance de 2 mètres autour du porteur. Pour suivre efficacement leurs cours dans une salle, les malentendants doivent donc être au premier rang et devraient s’installer avec le formateur sur l’estrade, dans un amphithéâtre !

Comment fonctionne un système d’accessibilité pour malentendants ?

Un système d’accessibilité pour malentendant  doit permettre de récupérer un signal clair et compréhensible de l’orateur quel que soit le niveau de bruit ambiant. Pour cela, il faut capter le signal au plus proche de la source à l’aide de dispositifs adaptés : micros directionnels, micros cravates. La captation de ce signal est utile tant pour les personnes présentes qu’à distance. A noter que l’investissement dans ces équipements hybrides (compensant un handicap), ouvrant de nouveaux usages, est à peine plus élevé que pour une sonorisation classique. S’ajoutent aux équipements standards (micros et enceintes), une boucle à induction magnétique (câble) et un boîtier fixe ou mobile.

Source: http://www.ffbatiment.fr/federation-francaise-du-batiment/laffb/mediatheque/batimetiers.html?ID_ARTICLE=2444

Un système auditif pour l’accessibilité auditive concerne-t-il l’apprentissage présentiel et distanciel ?

Absolument, la sonorisation du formateur et de la salle permet de spatialiser le son pour les apprenants à distance et les malentendants présents sur site. Pour cela, tous les équipements ne se valent pas et il est essentiel de se faire accompagner pour s’assurer que les choix techniques correspondent aux besoins d’accessibilité auditive et de confort. Une erreur assez classique consiste à déployer des solutions conçues pour la visio-conférence. Elles sont en effet prévues pour des réunions où l’on fait face à l’écran. Or, dans une salle ou un amphithéâtre, les formateurs sont très souvent dos à l’écran. La voix du formateur est donc très mal captée par les micros directionnels du dispositif.

Pourquoi est-il important de disposer de solutions adaptées au handicap ?

Au-delà du respect des exigences légales, on retrouve évidemment l’image de marque, mais également une logique de retour sur investissement.

Une grande partie des apprenants, notamment « Executive  MBA » ou masters de spécialisation et des enseignants sont sensibles au soin apporté à l’accessibilité auditive. Ils sont en effet un peu plus âgés que les étudiants en formation initiale et notamment plus exigeants quant à l’excellence de leur Student eXperience.

Une meilleure diffusion sonore de l’enseignement permet en effet un meilleur apprentissage, une diminution de la fatigue des auditeurs et au final de meilleurs résultats.

Qu’en est-il des nouveaux usages pédagogiques issus de ces solutions ?

Un dispositif d’acquisition audio comme un micro peut  se transformer en outil pédagogique innovant. La « catchbox », un cube en mousse fluo équipé d’un micro sans fil illustre bien cette évolution. Le formateur le lance aux étudiants pour les engager et maintenir leur attention. Pour le malentendant, c’est un moyen visuel très pratique lui permettant de savoir qui parle, tout en contribuant à la socialisation des apprenants.

Parmi ces nouveaux usages, on retrouve pour les durs de la feuille « normo-entendants » la possibilité de connecter son smartphone à la sonorisation, d’enregistrer le cours sur Onenote, et surtout, d’obtenir une transcription textuelle (speech to text) capable de prendre en compte le thesaurus de la matière enseignée.

Pour les malentendants, on retrouve également des dispositifs audio comme le « Roger Pen » qui permet de suivre une discussion à plusieurs orateurs comme c’est souvent le cas en travaux dirigés. Concrètement, il suffit de le poser sur la table et ça marche !

Comment aller vers ces solutions ?

Il faut en premier lieu distinguer les bâtiments neufs des anciens. Pour l’ancien, l’intégration de solutions individuelles ou collectives est contrainte par la structure de la pièce, les matériaux et matériels audio utilisés puisqu’ils impactent directement la réverbération des bruits et la captation du signal. Des études au cas par cas seront nécessaires pour mettre en œuvre les solutions adaptées.

Dans le cas de projets de campus intelligents « neufs », l’approche est différente. Elle doit être pensée et intégrée dès l’avant-projet. A titre d’exemple, une boucle à induction magnétique peut être intégrée directement dans le béton et le sol, dès la construction du bâtiment. Avantages : c’est invisible, la diffusion du signal est optimale et sa durée de vie (20 à 30 ans) considérablement augmentée.

Dans les deux cas, l’accessibilité auditive est à la fois une question sociétale relative à la discrimination au handicap et un levier business à intégrer dans tout projet de campus intelligent. En effet, une accessibilité auditive de qualité permet un apprentissage de meilleure qualité pour l’apprenant et un confort plus grand pour le formateur.

Si vous souhaitez aller plus loin dans la réflexion, n’hésitez pas à contacter les équipes d’HEADway et d’Econocom. contact.chroniquetech@econocom.com

Témoignage de Déborah, étudiante en école de commerce

« Je me suis sentie bien plus épaulée à l’école, au collège et au lycée que dans l’enseignement supérieur : les professeurs portaient un équipement autour du cou (micro) qui permettait d’envoyer directement le son dans mes prothèses auditives. Au lycée, l’audition de ma meilleure oreille a chuté, j’ai été équipée d’un implant cochléaire. A partir de là, j’ai commencé à avoir beaucoup plus de mal à suivre en cours et à sentir un réel décalage avec les autres élèves. Concrètement, je n’entendais plus grand-chose et j’étais incapable de prendre des notes en cours. J’étais obligée de reprendre les notes de mes camarades, de retour chez moi. Le plus dur a été la non-reconnaissance de mon handicap, invisible. Beaucoup de professeurs l’ont énormément sous-estimé et cela m’arrive encore aujourd’hui dans mon école POST-BAC. Cela est dû au fait que j’ai une élocution assez normale et une lecture labiale très performante couplée avec une bonne suppléance mentale. Je pallie à ma surdité en utilisant d’autres moyens que l’ouïe pour comprendre une conversation et je feins d’entendre très souvent sans qu’on ne le remarque.

Concrètement aujourd’hui, je vais en cours pour faire acte de présence et garder un semblant de vie sociale et c’est tout. Tout mon travail se fait en dehors des cours.

Le port du micro par les professeurs, la possibilité de  récupérer les cours en toute autonomie et une plus grande attention des enseignants et étudiants me seraient très utiles.

J’ai pu bénéficier de ces aides lorsque j’ai étudié aux Etats-Unis et ça a vraiment fait toute la différence. »

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