ECOLE D’INGÉNIEURS

Centrale Nantes : Arnaud Poitou candidat à sa succession !

On s’y attendait un peu sans vraiment y croire. Arnaud Poitou est candidat à sa succession à la tête de l’Ecole Centrale Nantes. Poste auquel la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, avait refusé de le maintenir fin août. Face à lui un seul autre candidat : Éric Martin, ancien recteur de l’académie de Besançon qui fut également président de l’université de Bretagne-Sud. Question : que fera la ministre si le conseil d’administration de Centrale Nantes choisit finalement de reconduire son choix d’Arnaud Poitou ?

Reprenons un peu l’histoire…

Le 7 juillet dernier le conseil d’administration de Centrale Nantes décidait de se retirer du projet d’Isite nantais pourtant retenu par le jury en février dernier. Une décision qui se révèle finalement fatale pour son directeur, Arnaud Poitou, que la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a décidé de ne pas reconduire dans son poste. Et cela, c’est exceptionnel, en dépit du soutien de son conseil d’administration, qui avait voté en faveur de sa reconduction le 15 mai dernier.

Frédérique Vidal à la rencontre des directeurs des écoles d’ingénieurs de la Cdefi le 22 septembre à Chimie ParisTech

La Cdefi face à la ministre

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle était attendue. Frédérique Vidal venait le 22 septembre rencontrer pour la première fois rencontrer des directeurs d’écoles d’ingénieurs passablement surpris par la mise à l’écart d’Arnaud Poitou de la direction de Centrale Nantes. Et qui l’avaient fait savoir par un communiqué.

Visiblement peu désireux de relancer le débat sur le départ d’Arnaud Poitou le président par intérim de la Cdefi, Jacques Fayolle, insistait seulement dans son propos introductif sur la nécessité à la fois de construire les regroupements « avec l’accord de tous » et le « soutien de la Cdefi aux accords nationaux ». Ce qui n’empêchait pas la ministre de consacrer l’essentiel de son discours au sujet en commençant pas un « A ceux qui diraient que les écoles d’ingénieurs veulent faire bande à part je dirais que c’est faux. Toutes ont la volonté de participer à un système qui met autour de la table tous les acteurs ». Et d’asséner à ceux qui n’auraient pas bien compris le message : « Prendre sa part dans une politique de site c’est accepter de faire route ensemble et sort commun. Ce n’est pas facile mais cela ne doit pas arrêter des écoles qui savent résoudre des problème complexes ». Et, dans le sens du poil un « Vous êtes de ceux dont on ne peut pas se passer et sur lesquels on compte » avant de réaffirmer : « Oui j’ai pris la décision de tirer les conséquences des choix fait par un établissement d’aller à l’encontre d’un accord couronné par le jury. Loin de moi l’idée de jouer contre l’autonomie. Je joue un rôle de facilitateur qui n’admet pas les remises en cause brutales ».

Le message d’autorité « jupitérienne » passé la ministre embrayait sur les possibilités de nouvelle organisation qui vous être ouvertes dans la loi de simplification dès que les ordonnances seront signées : « La loi de 2013 nous a fait entrer dans des boîtes alors qu’il fallait commencer par un projet. Vous pourrez organiser la gouvernance des regroupements comme vous l’entendez à condition que la stratégie soit portée par une gouvernance adaptée. » Les regroupements auront ainsi dix ans pour créer leur « boîte » avant que le mode d’organisation soit reconnu par décret. Et de conclure : « La seule question à ne jamais se poser lorsqu’on se rapproche est « qui est le chef » car alors ressort « qui est le plus agile », « le plus excellent », etc. Ce qu’il faut c’est partir du projet avec un temps d’expérimentation long. »

La conférence de presse qui suivait l’assemblée était l’occasion pour les trois membres du bureau de la Cdefi, Elisabeth Crépon, Jacques Fayolle et Marc Renner, de « se féliciter que la ministre réaffirme sa volonté d’être un point d’équilibre dans les regroupements » tout en affirmant que la perception qu’avaient eu les médias de leur communiqué « était allée bien au-delà du message ». « La Cdefi ne remet pas en cause la vision stratégique du MESRI mais partage l’inquiétude d’écoles dont les conseils d’administrations regroupent également des professionnels qui n’ont pas l’habitude de voir le ministère de tutelle aller contre leurs décisions », rappelait  Jacques Fayolle qui concluait sur le sujet : « Nous ne voulions agresser personne avec ce communiqué et la Cdefi n’a de toute façon pas vocation à se mêler de chacune des politiques de site ».

Arnaud Poitou

La Cdefi « inquiète »

Dans son communiqué la Cdefi s’interrogeait et s’inquiètait de la perception de la décision du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation (MESRI) de ne pas nommer Arnaud Poitou à la direction de Centrale Nantes : « Aller à l’encontre d’une décision prise en toute conscience et à une forte majorité par un conseil d’administration pose, d’une manière générale, question ». La Cdefi rappelle que « chaque établissement doit être libre de choisir les modalités de collaboration avec les autres établissements du site qui lui correspondent le mieux ».

Rappelons que dans sa lettre récusant finalement la nomination d’Arnaud Poitou à la tête de Centrale Nantes ce n’est pas tant sa décision de quitter l’Idex qui était remise en cause que son caractère « soudain et irréversible » alors que « des initiatives législatives permettant de lever les difficultés juridiques rencontrées par plusieurs sites, et notamment par le site nantais » sont en cours. Il n’en est pas moins clair que les directeurs d’écoles d’ingénieurs se sont collectivement sentis désavoués par une ministre – ancienne président d’université ! – qui a semblé donner la priorité à l’université en récusant un des leurs. Il va maintenant falloir beaucoup de doigté à Armel de La Bourdonnaye pour rapprocher les points de vue et préparer l’élection d’un nouveau directeur par le conseil d’administration. Il serait d’ailleurs cocasse qu’Arnaud Poitou lui-même se représente et soit encore une fois plébiscité…

Une décision « soudaine »

Dans sa lettre envoyée le 29 août au président de l’école, Gilles Guillon, les mots de la ministre sont particulièrement forts : « Les décisions de cette décision, qui apparaît soudaine et se présente comme irréversible, sont particulièrement lourdes, pour l’Ecole centrale et pour l’ensemble des acteurs du site. Elle aurait mérité d’être murie et largement discutée. Cela est d’autant plus vrai que, comme mon directeur de cabinet l’avait indiqué à M. Arnaud Poitou quelques jours avant la réunion extraordinaire du conseil d’administration, le gouvernement s’apprêtait justement à prendre des initiatives législatives permettant de lever les difficultés juridiques rencontrées par plusieurs sites, et notamment par le site nantais ». Le ministère avait d’ailleurs demandé que cette réunion du CA soit reportée.

Un administrateur provisoire

Dans l’attente d’un nouveau vote, c’est une personnalité extérieure au ministère de l’Enseignement supérieur, l’ex-président de la Cdefi en partance des Ponts ParisTech, Armel de la Bourdonnaye, qui va assurer l’intérim pour lancer un nouveau processus de recrutement en attendant la nomination d’un nouveau directeur le 1er janvier 2018. Un poste auquel il dit « ne pas postuler ne pouvant être juge et partie dans le cadre d’un processus électoral ».

Le successeur aura en tout cas fort à faire pour présenter un projet acceptable par toutes les parties. D’autant que la lettre de Frédérique Vidal, tout en récusant le renouvellement du mandat d’Arnaud Poitou, est totalement muette quant aux exigences de la ministre. Souhaite-t-elle un retour de Centrale Nantes dans le giron de l’Isite ? C’est vraisemblable car nécessaire pour que le site nantais conserve ses financements lors du réexamen de son dossier par le jury.

Rupture de l’Isite : l’analyse d’Arnaud Poitou

Cet été dans Presse Océan, Arnaud Poitou analysait ainsi l’échec du rapprochement avec l’université de Nantes : « On avait envisagé que l’École Centrale fasse un pas en acceptant de perdre son indépendance et en devenant une filiale de l’université. En contrepartie, l’université faisait un pas vers l’école en mettant les personnels de science et technologie, soit environ 1 300 personnes, à l’intérieur de Centrale. Mais aujourd’hui, l’université – dont je respecte la position – nous dit qu’il serait plus simple que Centrale fasse deux pas… » On était bien de l’équipe unie qui posait fin février dernier à la sortie de son audition par le jury…

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Olivier Rollot

Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives.
Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l’un des experts français de la Génération Y.
Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de « l’Essentiel du Sup » (newsletter hebdomadaire) et de « l’Essentiel Prépas » (webzine mensuel).
Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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