ECOLE D’INGÉNIEURS

Colloque annuel de la CTI : comment évoluer et s’adapter ?

Dirigée depuis un an par la directrice générale de l’Ensta ParisTech, Élisabeth Crépon, la CTI consacrait cette année son colloque des 11 et 12 février à Saint-Etienne au thème de « La qualité au service des formations d’ingénieurs ». « Face à la marchandisation de l’enseignement supérieur, à des droits de scolarités de plus en plus importants comme on les voit par exemple au Royaume-Uni les étudiants sont de plus en plus légitimes à réclamer la qualité de leurs formations et nous à la garantir », souligne Karl Dittrich, président du registre européen EQAR (European Quality Assurance Register for Higher Education) justement chargé de vérifier la qualité de l’enseignement supérieur en Europe.

Un rôle d’autant plus important que les étudiants sont de plus en plus nombreux à s’expatrier et donc de plus en plus demandeurs d’information validées sur la qualité des établissements qui les accueillent. « L’enseignement supérieur évolue constamment avec l’augmentation du nombre d’étudiants venus d’horizons de plus en plus divers. Le passage progressif de l’enseignement ex cathedra au blended learning et maintenant au gaming pour retenir l’attention de nos étudiants. Comment évaluer leur qualité », s’interroge le président, qui insiste : « Les universités doivent évoluer. Nous devons suivre. En prenant au sérieux ce que nous signalent le marché du travail ou les évaluations par les étudiants ».

  • La CTI sera elle-même soumise cette année à l’examen de l’ENQA (European Association for Quality Assurance in Higher Education) qui vérifie que la CTU respecte bien les « guidelines » européennes, de l’ENAEE (European Network for Accreditation of Engineering Education) pour le compte de laquelle la CTI remet le label européen Eur-ACE et enfin du registre européen EQAR (European Quality Assurance Register for Higher Education).
Élisabeth Crépon préside la CTI depuis un an.

 De plus en plus internationales. Dans le dernier classement de « l’Usine nouvelle » on peut voir que l’internationalisation n’est plus un critère aussi différenciant et donc plus autant pris en compte pour les écoles d’ingénieurs. C’est dire les progrès faits par les écoles en quelques années et qui ont marqué la Journée internationale du 11 février du colloque annuel de la Commission des titres d’ingénieurs (CTI). « Nous commençons à voir dans un certain nombre de recrutements la capacité à enseigner en anglais », note le directeur des Mines de Saint-Etienne, Pascal Ray, qui insiste sur la « nécessité de chasser en groupes pour se développer à l’international ».

C’est justement la nouvelle de l’année : les élèves d’ingénieurs n’auront plus dorénavant à passer deux années entières d’études ou de stages (18 mois et 6 mois respectivement) en France pour obtenir leur diplôme. Six mois pourront maintenant se dérouler au sein d’un établissement partenaire avec lequel l’école aura passé un accord de co-construction de programme dans le cadre d’un « partenariat très étroit ».

 

Des audits coordonnés CTI/HCERES en 2019. On les avait connues rivaux (du temps de l’Aeres), puis neutres, ils se rapprochent. En 2019 les deux grands évaluateurs des écoles d’ingénieurs françaises, CTI et Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur), vont travailler de concert dans la phase d’évaluation des école d’ingénieurs. Douze en tout dans la vague d’évaluation 2019-2020.

Si le dossier remis par les écoles sera unique, si les visites des équipes de chaque organisme seront coordonnées, il n’en n’y aura pas moins deux rapports différents in fine. « De plus il n’y pas une totale superposition entre les deux évaluations. En particulier la loi de 2013 rend obligatoire l’évaluation des écoles ayant la personnalité morale mais pas des composantes d’universités d’ensembles plus grands comme l’IMT (Institut Mines Télécom). Le Hcéres n’évalue pas donc toutes les écoles évaluées par la CTI », note le président du Hcéres, Michel Cosnard. « Le maître mot pour que cela fonctionne est la coordination entre les deux missions, le président d’audit du Hcéres et le rapporteur principal de la CTI, chaque équipe étant composée de quatre à six personnes », détaille Élisabeth Crépon.

  • Le Hcéres devrait également converger avec la Commission consultative nationale des instituts universitaires de technologie (CCN-IUT) cette année. « C’est plus compliqué avec la Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion (CEFDG) », concède Michel Cosnard.

Perspectives et débats. La question de l’impact du numérique dans les formations d’ingénieurs occupe plus que jamais les esprits des experts la CTI. Dans le cadre de sa campagne d’évaluation 2019-20 elle demande ainsi cette année aux écoles évaluées de remplir un document consacré au sujet séparé du dossier de demande d’accréditation. « Nous réfléchissons à comment l’impact du numérique devrait être pris en compte dans notre référentiel », commente le vice-président de la CTI, Jean-Marc Théret.

Jusqu’ici la CTI ne publiait sur son site que des avis et décisions détaillées. Or les guidelines européens auxquels elle est soumise exigent une totale transparence. Et donc la publication – à l’image de ce que fait le Hcéres – de l’ensemble de son rapport de mission complet. Avec le risque que – à l’image de ce qu’a fini par faire le Hcéres – ses rapports soient d’autant plus édulcorés qu’ils sont publics.

Dans les années à venir, la CTI va également devoir s’interroger sur différents dossiers qui interrogent son rôle même. Notamment quant au périmètre de son intervention limitée aujourd’hui, comme son nom l’indique, au « titre d’ingénieur » alors que les écoles sont de plus en plus multi-produits. « Nous avons déjà une double approche par diplôme mais aussi en évaluant la gouvernance des écoles, leurs partenariats ou encore leur démarche qualité », souligne Élisabeth Crépon qui n’entend évidemment pas se prononcer encore sur la mission Biot-Lévy sur le grade de licence qui doit d’ailleurs auditer la CTI début mars prochain.

Autre sujet sur lequel la CTI devra d’interroger : le passage éventuel du DUT à trois ans et la façon dont les écoles se positionneront sur l’accueil de leurs diplômés. De même il lui faudra examiner comment favoriser encore plus les passages entre les cursus des écoles d’ingénieurs, de management et de design. « Dès lors qu’on parle sciences des données, intelligence artificielle ou encore Big Data on voit des proximités très fortes entre écoles d’ingénieurs et de management », note Élisabeth Crépon. Enfin il faudra estimer comment la réforme du bac va influer sur le recrutement des écoles postbac.

  • En 2017-18 la CTI a évalué 250 cursus dans 47 écoles (ils étaient 88 en 2015-16 et 68 en 2016-17). 68,7% ont été accrédités pour la durée maximale, 31,3% pour une durée restreinte et 0,8% pas accrédités. Cinq dossiers ont reçu une injonction.
  • Le colloque 2020 de la CTI se tiendra les 11 et 12 février à Bordeaux.
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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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