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Comment développer les EdTech françaises ?

Elles sont 436 selon l’Observatoire EdTech de Cap Digital et de la Caisse des Dépôts. 436 EdTech françaises. Plus d’une centaine sont aujourd’hui membres de Edtech France, association d’entrepreneurs français qui ont « décidé de rendre la technologie utile à l’éducation et à la formation ». Si certaines, comme Open Classroom ou Klaxoon, ont trouvé leur modèle économique beaucoup sont encore à sa recherche. Un univers que HEADway Advisory, EdTech France, ESCP Europe et l’EFMD vous proposent de rencontrer lors de la première édition du Edtech Investor Day le 24 octobre 2019 à Paris dans les locaux de ESCP Europe.

Trois grands niveaux. Les EdTech se développent à trois niveaux : le scolaire (K-12 pour “kindergarten to 12th grade”), l’enseignement supérieur et la formation professionnelle. « Le marché le plus porteur et qui a déjà atteint une certaine maturité est celui de la formation professionnelle et tout au long de la vie, avec des acteurs dynamiques, des enjeux stratégiques de transformation numérique, de formation et de montée en compétences des collaborateurs… », explique Rémy Challe, le directeur général de EdTech France. Beaucoup plus compliqué à développer en France est l’enseignement scolaire – pourtant le plus porteur dans le monde et notamment en Chine – tant les blocages administratifs sont nombreux.

L’enseignement supérieur se situe à la jonction de ces deux univers. « C’est certes un marché plus complexe que celui de la formation professionnelle, avec des moyens plus limités et des processus de décision souvent difficiles à appréhender pour les entrepreneurs, mais un marché beaucoup plus ouvert que celui du K-12 », soutient Rémy Challe.

De nouveaux services. Les applications du numérique dans l’enseignement supérieur sont multiples. Oscar Campus, Academ, AppScho ou encore Testwe proposent des solutions largement adoptées. Le « campus mobile » d’Appscho a ainsi déjà séduit plus de 75 établissements de HEC à l’université d’Evry en passant par Neoma ou l’Essec. « De leur accueil dans l’établissement à leur diplomation nous accompagnons avec nos applications 300 000 étudiants en renforçant le lien entre eux et leur établissement », explique le co-fondateur d’Appscho, Victor Wacrenier.

Une réflexion qui a pris un sens tout particulier à l’Edhec avec la création d’une direction dédiée à l’expérience éducative que dirige Anne Zuccarelli : « De la place de parking qui peut manquer, de la salle de classe qu’il faut trouver, du restaurant aux espaces de vie, des associations à la bibliothèque en passant par l’intégration et l’international nous avons tout mis à plat avec les étudiants. Ce que nous voulons c’est proposer à nos étudiants une expérience fluide qui leur permet de se concentrer sur l’essentiel, du début de leur cursus à leur premier emploi ». Résultat la création à la rentrée 2018 de « My Edhec », le « Campus Digital by Edhec » avec Appscho.

La pédagogie est largement autant impactée. Sous la direction d’Alain Goudey, son directeur de la transformation digitale, et Marie-Laure Massue, directrice du Teaching & Learning center, Neoma BS développe par exemple depuis deux ans les études de cas immersives en réalité virtuelle. L’objectif est de proposer aux étudiants de « vivre une expérience comme dans la vraie vie, car le monde de l’entreprise ce n’est pas une étude de cas figée sur le papier ». Plongeant les étudiants dans un magasin de téléphonie mobile à Reims, la première étude de cas a déjà été proposée à plus de 2000 étudiants. Depuis c’est la logistique d’un magasin E. Leclerc Drive qui a été mise en scène dans une deuxième expériences immersive.

Essentiellement aujourd’hui dans le coding, aux côtés d’OpenClassrooms ou de l’école 42, de nouveaux acteurs connaissent un succès fulgurant. La formation intensive « FullStack » de 9 semaines au codage – RNCP niveau 2 – de Le Wagon est ainsi dispensée dans le monde entier ! Aujourd’hui Le Wagon compte 34 implantations dans le monde de Paris à Sao Paulo, d’Amsterdam à Shanghai. « Nous n’avons fait appel à aucun investisseur extérieur en privilégiant la voie de la franchise avec des opérateurs locaux auxquels nous livrons un produit parfaitement structuré pour pouvoir en contrôler la qualité », confie Romain Paillard, co-fondateur avec son frère d’une entreprise qui compte aujourd’hui 4700 alumni et en a formé plus de 2000 en 2018 (dont 700 en France, dont 40% de femmes). Son secret : une plateforme maison qui corrige automatiquement les exercices que font les étudiants et qui permet à leurs professeurs de suivre très finement les progrès de chaque binôme. « Nous formons des développeurs web autonomes, ce qu’on peut apprendre en un laps de temps raisonnable et que le marché réclame, mais pas de la « chair à canon » pour résoudre les carences du marché chez des intégrateurs web ou des sociétés de service », insiste Romain Paillard.

Quelles synergies entre les acteurs installés et les nouveaux entrants ?  L’Iéseg vient de conclure un accord avec Le Wagon pour délivrer deux cours obligatoires en UX (expérience utilisateur) et UI (User Interface) et deux modules plus techniques aux volontaires. Dès cette année 3000 étudiants du programme Grande école auront accès à ces cours. « Nous ne voulons pas former des experts en coding mais donner à nos étudiants un minimum de langage pour comprendre les équipes techniques en tant que futur manager qui doit travailler avec des équipes spécialisées », explique la directrice pédagogique de l’Iéseg, Caroline Roussel. Des accords similaires existaient déjà avec ESCP Europe ou Audencia alors que l’Iéseg entend aller plus loin en créant également avec Le Wagon un co-programme de niveau master « Tech et Leadership » en formation continue qui verra le jour en 2020.

Des synergies aujourd’hui, la concurrence demain ? « Je ne crois pas qu’à court et moyen terme, les “acteurs établis de l’enseignement supérieur” soient véritablement menacés, y compris par des organismes de formation qui seraient entièrement dématérialisés. Les diplômes, comme les noms de ceux qui les délivrent, continuent de garder une réelle importance pour ceux qui les obtiennent, comme pour les recruteurs. On ne crée pas une marque, une réputation, un réseau, une expertise aussi facilement que cela ! », commente Rémy Challe, qui n’en observe pas moins qu’« à plus long terme, la menace pourrait être réelle pour ces acteurs s’ils continuaient d’ignorer les nouveaux entrants, dont il ne faut pas sous-estimer la capacité d’innovation et, pour utiliser un terme déjà galvaudé, de disruption. Posez donc la question à un chauffeur de taxi parisien… »

 Comment développer les EdTech ?  Selon une étude publiée par le cabinet d’études américain Metaari ce sont près de 7,7 milliards d’euros qui ont été investis dans 813 entreprises EdTech dans 122 pays en 2017. Soit une progression de 160% de 2014 à 2017 dans laquelle les Etats-Unis et la Chine se taillent la part du lion. Selon le fond d’investissement Educapital, ce sont plus de 4,5 milliards de dollars qui ont été investis en 2018 dans la filière EdTech chinoise, contre seulement 246 millions de dollars en France… Alors les financements sont-ils aujourd’hui suffisants en France pour faire émerger une industrie des Edtech puissante ? « Le problème n’est pas tant celui des financements que celui des marchés… Les investisseurs sont là, et les montants des levées de fonds en France connaissent ces dernières années une croissance à deux chiffres. Simplement, la plupart des deals concernent des entreprises qui interviennent sur le marché de la formation professionnelle, moins sur l’enseignement supérieur, et très peu sur le K-12 », répond Rémy Challe, qui insiste : « Lorsque le marché de l’enseignement supérieur montrera davantage de garanties et de signes de maturité, et que les entreprises auront davantage de visibilité, les fonds suivront ».

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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