EMPLOI / SOCIETE

Crise des « gilets jaunes » : l’enseignement supérieur préserve-t-il du déclassement?

A bien des égards la crise des « gilets jaunes » est une crise de classes : CSP+ contre CSP-, France des grandes villes contre France des campagnes et… France des diplômés contre France des sans diplômes. Il est même frappant de constater à quel point les étudiants sont loin de se lancer dans la contestation aux côtés des gilets jaunes. Seule la mobilisation contre l’augmentation des frais de scolarité des étudiants étrangers est parvenue jusqu’ici à mobiliser (quelques) universités.

Qui sont les «gilets jaunes » ? Un collectif de chercheurs a tracé cette semaine dans Le Monde le portrait des « gilets jaunes ». Si 20 % sont diplômés de l’enseignement supérieur ce sont les BEP et CAP d’un côté, les bachelier de l’autre, qui sont les plus représentés : 35 % pour les premiers et 29,3 % pour les seconds alors qu’ils ne représentent respectivement que 24 % et 16,5 % de la population française (les diplômés du supérieur sont 27 %). A l’inverse seuls 15,4 % ont un diplôme inférieur au brevet (contre 31,4 % de la population en général). Le tout alors que leur moyenne d’âge est de 45 ans (les 18-24 ans sont 6,2 % des participants). Se trace ainsi le portrait d’une « petite » classe moyenne relativement peu diplômée et souffrant d’un pouvoir d’achat en berne. Pour autant aucune revendication ne se faisait entendre sur l’éducation avant que les lycées entrent dans le danse.

L’enseignement supérieur reste un bouclier pour l’emploi. Selon la dernière édition de la référence annuelle qu’est L’Etat de l’école, ce sont en tout 43,1 % des jeunes de 15 à 29 ans qui poursuivaient leurs études initiales en 2017. Parmi les jeunes sortis de formation initiale depuis un à quatre ans, 68,6% sont en emploi, 14,8% au chômage et 16,6% sont inactifs. Comme on peut s’y attendre les situations de chômage ou d’inactivité sont d’autant plus fréquentes que le niveau d’études atteint est faible. Parmi les jeunes sortis récemment de formation initiale détenteurs d’un diplôme de l’enseignement supérieur, 84% sont en emploi. Parmi les détenteurs d’un CAP ou BEP, cette proportion est de 59%. Les jeunes peu ou pas diplômés, possédant le brevet ou aucun diplôme, se déclarent plus souvent inactifs (44%) ou au chômage (27%) qu’en emploi (29%).

Dans ce contexte, l’apprentissage reste la meilleure option pour trouver un emploi. À l’issue d’une dernière année de CAP par la voie scolaire, si seulement 29% des jeunes trouvent un emploi dans les six mois ils sont 59% à la faire quand ils le font en apprentissage. Après un BTS/DUT par apprentissage ou un brevet professionnel (préparé exclusivement en alternance), ils sont près de 79% à être en emploi.

Le tout alors que les taux d’emploi des jeunes diplômés ont augmenté de deux à cinq points par rapport à 2016. Pour autant notent les experts de la DEPP, « si les jeunes de la génération 2013 sont un peu moins exposés au chômage, leurs conditions d’emploi ne sont pas meilleures, voire se dégradent légèrement sur certains indicateurs tels que l’emploi durable ».

Une orientation subie. Particulièrement lorsqu’il est issu de l’enseignement professionnel près d’un jeune sur cinq estime qu’il n’a pas eu le choix de son orientation selon l’étude Comment l’école française aide-t-elle les élèves à construire leur orientation ? menées par Conseil national d’évaluation du système scolaire. En tout ce sont 71% des jeunes interrogés qui déclarent avoir écarté d’eux-mêmes une possibilité d’orientation qui les avait intéressés. Le coût des études est l’élément le plus dissuasif. 29% des jeunes déclarent avoir envisagé une autre orientation à cause du coût des études. 24% des enfants d’employés ont dû renoncer à l’orientation qu’ils envisageaient à cause de la durée des études (contre 15% des enfants de cadres). L’éloignement géographique est un motif de renoncement plus fréquent dans les communes rurales : 22% des jeunes ruraux, contre 15% de ceux habitant l’agglomération parisienne et 17 % dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. Autant d’éléments qui séparent la France de l’enseignement supérieur « choisi » de celle qui le subit ou doit même y renoncer…

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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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