EMPLOI / SOCIETE

Emploi : que veulent les Millenials ?

Mais que veulent les jeunes ? Dans un contexte de quasi plein emploi pour les jeunes diplômés issus des Grande écoles comme des titulaires des meilleurs masters universitaires les entreprises s’interrogent : comment recruter et surtout conserver les Millenials (Génération Y) et demain les Gen Z ? Une étude de Deloitte trace le portrait de jeunes qui demandent de plus en plus à leur entreprise d’adopter une vision sociétale face aux bouleversements dans la planète. Une autre d’Epoka sur les Attentes, comportements et préférences des étudiants & jeunes diplômés en 2019 rappelle que la rémunération n’en reste pas moins un point fondamental.

Vers l’entreprise sociétale ? A l’occasion de la 8ème édition de sa « Millennial Survey », Deloitte s’interroge sur les attentes des jeunes qui « pressent les organisations privées à changer pour relever les défis d’un monde qui va de plus en plus vite et interrogent leur capacité à muter vers une entreprise sociétale ». Des jeunes conscients des mutations en cours. 53% des Millenials (les « Gen Y » nés entre 1980 et 2000) et 48% des « Gen Z » français (nés depuis) pensent qu’avec l’industrie 4.0, il sera plus difficile d’obtenir un emploi ou d’en changer à l’avenir.

Dans ce contexte, les Millennials français ont des attentes fortes envers les entreprises : 20% d’entre eux pensent même qu’elles sont les plus à mêmes de résoudre les défis mondiaux les plus urgents, dont le changement climatique, la répartition des richesses ou encore la protection des données. Une confiance proche de celle qu’ils placent dans les gouvernements (28%) et dans les ONG (21%). Pour autant, s’ils sont 42% à considérer que les entreprises en général ont un impact positif sur la société, 83% des Gen Y sont d’accord avec l’idée qu’elles privilégient l’atteinte de leurs propres objectifs plutôt que de prendre en compte l’ensemble de la société.  « Les jeunes disruptent le monde d’aujourd’hui autant qu’ils sont disruptés. Leurs comportements et leur adaptation sont les signes de transformations profondes des modèles d’entreprise, d’emploi et de consommation, qui traversent en réalité toutes les catégories d’âge. Ils pressent fortement les organisations privées de changer pour relever les défis d’un monde qui va de plus en plus vite » analyse Laurence Monnet-Vernier, Human Resources Partner chez Deloitte.

Pessimistes comme des Français. Alors que dans le monde, 26% des jeunes interrogés pensent que la situation économique va s’améliorer dans les 12 mois seuls 12% des Millennials interrogés en France y croient (contre 33% en 2018). Si la France s’inscrit dans les tendances mondiales, il existe un écart entre elle et le reste du monde, caractérisé par une négativité plus forte sur la plupart des sujets. Cela se traduit notamment dans « l’humeur générale » des Gen Y qui atteint à peine respectivement 23 points sur 100 contre 48 points pour les pays émergents et 32 points pour les pays « matures ».

Point positif : les Gen Z français se démarquent par un leur optimisme : 65% d’entre eux sont d’accord avec l’idée qu’il n’y a pas de barrières les empêchant d’atteindre leurs ambitions de carrière contre 58% des Gen Z dans le monde.

Vers un nouveau modèle d’entreprise ? Les attentes des jeunes révèlent que, aujourd’hui, les entreprises sont jugées sur leur capacité à générer un impact sociétal positif à travers la nature des produits et des services qu’elles conçoivent. Cette recherche de sens passe également par les emplois alternatifs : 80% des Gen Z envisagent de rejoindre la « gig economy » (littéralement, « économie des petits boulots ») qui semble offrir la flexibilité et l’autonomie auxquelles ils aspirent.

45% des Gen Y français s’attendent d’ailleurs à quitter leur employeur actuel dans les 2 ans.

Les étudiants en écoles d’ingénieurs cherchent un engagement sérieux avec leur entreprise (52%), mais pas forcément sur la durée (33%) confirme la 7ème édition du baromètre annuel des entreprises préférées des étudiants et des jeunes diplômés menée par EPOKA et Harris Interactive. A l’inverse, les universitaires visent une relation durable (à 49%). Les étudiants en école de management sont partagés.

Etre bien payés ! Parmi les conditions invoquées pour s’investir dans leur entreprise, « Être bien payé » arrive en tête toutes catégories confondues (82%), devant «Travailler sur des sujets intéressants » (80%) et « Apprendre, monter en compétence » (67%) selon cette même enquête d’Epoka. Si la rémunération reste essentielle, d’autres raisons peuvent motiver un surcroît d’investissement. Les profils ingénieurs sont ainsi en attente de sujets et de projets intéressants (83%). Les profils managers sont logiquement sensibles à l’accès aux fonctions de management (49%) et aux opportunités à l’international (40%). Les universitaires seront pour leur part motivés par un apprentissage leur permettant une montée en compétences (70%).

 

Parmi les critères qui encouragent à postuler dans une entreprise, on trouve les conditions de vie au travail (54%), la politique de rémunération et les avantages sociaux (41%), le secteur d’activité (41%), la réputation de l’entreprise en matière d’ambiance de travail / culture d’entreprise (38%), la localisation géographique (35%), le prestige / image / réputation (35%) et la dimension internationale (33%).

Un site web d’entreprise « bien fait » est également un critère qui leur donne envie de postuler à plus de 95% (tous profils confondus). A contrario, un site « mal fait » peut les décourager (a hauteur de plus de 70%).

Quelles entreprises les inspirent ? Apple, Airbus et Google sont cette année les trois entreprises de référence pour les jeunes diplômés et étudiants français selon Epoka. Le top 3 des étudiants ingénieurs est 100% aéronautique et français : Airbus, Dassault Systèmes et Dassault Aviation alors que du côté des étudiants en écoles de management c’est le luxe qui séduit avec Apple, LVMH et L’Oréal.

Le secteur le plus attractif pour les étudiants et les jeunes diplômés est, comme en 2018, celui des nouvelles technologies (41%). Il séduit aussi bien les profils ingénieurs qu’universitaires. En deuxième position, le secteur du luxe (32%) attire davantage les profils « management ». Viennent ensuite le conseil (26%), l’énergie (25%) et l’industrie (23%).

International et R &D. Pour entamer leur carrière, les grandes entreprises françaises bien implantées à l’international séduisent toujours une majorité de jeunes, même si elles accusent un léger recul (55% des jeunes privilégieraient ces entreprises, contre 58% en 2018) et sont rejointes par les grandes entreprises internationales (53% contre 54% en 2018). Suivent les PME (30%), désormais talonnées par les start-ups (28% contre 25% en 2018).

Parmi les fonctions plébiscitées, les étudiants et jeunes diplômés citent en premier lieu la recherche & développement et l’innovation (43%) suivie par la stratégie (38%) et le marketing (30%). Viennent ensuite les fonctions associées à la communication (26%), la production (23%), le digital (23%) et la finance (20%), ex aequo avec les fonctions vente/commerce.

La confiance dans le fait de trouver un emploi varie fortement en fonction de la formation suivie (et traduit la réalité du marché du travail) : elle est très élevée chez les étudiants en écoles d’ingénieurs (87%), atteint 69% dans les écoles de management et chute à 54% pour les formations universitaires. Interrogés sur les atouts qui leur permettront de poursuivre une carrière professionnelle, étudiants et jeunes diplômés citent prioritairement des « soft skills » : leur capacité d’adaptation (60%), leur polyvalence (46%), leur autonomie (43%) et leur qualité relationnelle (40%). La cote du diplôme arrive en sixième position, à 35%. Ils n’en estiment pas moins, à 76%, que leurs études les préparent convenablement à l’exercice de leur métier.

Comment ils s’informent. Pour s’informer et mieux connaitre un employeur, les étudiants et jeunes diplômés ont recours aux réseaux sociaux et favorisent LinkedIn (à 73% pour les profils universitaires, 77% pour les ingénieurs et à 86% pour les managers). La vidéo est un moyen efficace de capter leur attention : ils plébiscitent ce format à plus de 90% et apprécient particulièrement les prises de parole des collaborateurs sur leurs métiers (43%) et les vidéos mettant en scène l’ambiance, les locaux et la vie de l’entreprise (36%). Les engagements RSE et les prises de parole des dirigeants viennent loin derrière, avec respectivement 11% et 10%.

Étudiants et jeunes diplômés estiment qu’une entreprise s’inscrit bien dans l’ère du numérique lorsqu’elle propose un site web avec un contenu complet et attractif (56%) et qu’elle alimente régulièrement ses réseaux sociaux (40%). L’implication dans les start-ups n’est un marqueur que pour 19% d’entre eux. Ils sont par ailleurs intéressés par les différentes formes originales d’interactions avec les entreprises telles que les concours de start-ups (50%), les business games (50%), les escape games en ligne (39%), les hackatons (21%) ou encore les compétitions de jeux vidéo (13%).

Ils sont ainsi majoritairement intéressés par une participation à un événement de recrutement qui combinerait jeux vidéo et rencontres avec des entreprises pour des stages et des emplois : 54% des profils ingénieurs se montrent favorables à l’idée, 60% des profils universitaires et 63% des profils managers.

« A rebours des idées reçues, les jeunes étudiants et diplômés sont plutôt désireux de s’investir dans une entreprise, voire même de s’y engager durablement, mais à certaines conditions : bien entendu, ils formulent des attentes en termes de rémunération mais sont aussi très attentifs à l’image employeur, aux conditions de travail, à la culture de l’entreprise et aux opportunités offertes », commente Delphine Martelli Banégas, directrice du Département Corporate chez Harris Interactive. C’est pourquoi dans le processus de recrutement, ils attendent une grande transparence et cherchent à accéder aux avis des collaborateurs déjà présents dans l’entreprise, que ce soit via les sites de notation, les vidéos, ou les entretiens qu’ils peuvent passer. »

  • La « Deloitte Millenial Survey » a été réalisée en France auprès de 500 Millenials et 301 Gen Z. Les jeunes interrogés sont diplômés universitaires et salariés au sein d’une entreprise privée.
  • L’enquête Harris Interactive pour Epoka a été réalisée en ligne en mars/avril 2019 auprès de 15 408 étudiants et jeunes diplômés français des Grandes écoles d’ingénieurs et de management.
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Olivier Rollot
Ancien directeur de la rédaction de l’Etudiant, ancien rédacteur en chef du Monde Etudiant. Olivier Rollot a développé de nombreuses expertises au service des communautés éducatives. Son expérience fait de lui un expert confirmé des stratégies de relation presse et des enjeux de communication et d’image pour l’enseignement supérieur. Il est également un expert reconnu des pédagogies innovantes et des nouveaux publics de l’enseignement supérieur, il est en effet l'un des experts français de la Génération Y. Olivier Rollot est directeur exécutif du pôle communication de HEADway Advisory depuis 2012 et rédacteur en chef de "l’Essentiel du Sup" (newsletter hebdomadaire) et de "l’Essentiel Prépas" (webzine mensuel). Il anime également le blog HEADway et du blog du Monde « Il y a une vie après le bac ».

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